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Claude Miche et Thérèse Le Busier se rencontrent sur le parvis de l’église Saint Clair. Il est 11 h 35, et comme chaque dimanche, Thérèse assiste à la cérémonie religieuse tandis que Claude, comme chaque dimanche, va chercher son poulet cuit chez son boucher.
- Bonjour ma chère voisine, dit Claude tout enjoué en voyant Thérèse dans son bel ensemble du dimanche, t’es pas avec Pascal et les enfants ?
- Ne commence pas à me charrier Claude ! répond Thérèse, visiblement agacée, tu sais très bien que Pascal n’est pas plus croyant que toi, quant aux enfants, ils grandissent et maintenant, ils préfèrent écouter Justin Bieber ou Katy Perry plutôt que "Radio fidélité".
- C’est comme ça ma brave Thérèse, comme on dit à juste titre, il faut de tout pour faire un monde, et puis les différences alimentent les débats. Heureusement qu’il y a d’autres croyances, d’autres façons de penser, d’autres façons de vivre. T’imagines si comme au temps des rois, l’église avait encore un grand pouvoir sur notre société ! Moi en tout cas, même si rien n’est parfait, j’me sens bien dans notre époque. Quelle chance nous avons d’être dans cette France Républicaine et laïque. On a quand même cette liberté de conscience et on peut s’exprimer librement ! C’est super important ça !
Tiens ! Ça me fait penser à la dernière soirée qu’on s’était faite chez toi avec Mimine. Te rappelles-tu qu’avec ton mari, on avait débattu sur la liberté d’expression et le délit d’opinion ? Ce serait sympa qu’on se refasse la même chose avec un autre sujet, disons cette fois-ci chez nous, en novembre, je vous ferai un pot au feu et je déboucherai un bon bordeaux.
- Ha ça, c’est à voir Claude ! C’est à voir ! Faudrait pas que ça se passe comme la dernière fois où vos discussions nous ont menés jusqu’au petit matin. Sous l’emprise de l’alcool, vous ne saviez même plus ce que vous disiez, et c’était pour ta femme et moi, un vrai calvaire de vous supporter !
Claude subitement se fait silencieux, il regarde les derniers fidèles sortir de l’église suivis du curé. Thérèse détourne la tête en direction de la boucherie, elle s’étonne de voir la file d’attente s’étendre jusqu’au N° 19 de la rue Maxime Maufra.
- Ben dis donc ! S’exclame Thérèse en s’adressant à Claude pour rompre la glace, t’as vu le monde à la boucherie ?
- Oui, Thérèse.
- C’est impressionnant !
- Oui, c’est très impressionnant, j’ai même l’impression que moins les gens vont à la messe, plus ils remplissent la boucherie.
- T’as fini d’être mordant ! Non mais franchement, t’es lourd mon pauvre Claude, t’es lourd comme une montagne d’intolérance. Ah, toi ! Tu ne risques pas de rentrer dans un lieu saint, tu ne crois en rien et tu n’as aucune spiritualité !
- Ah, pardon Thérèse ! D’abord, je ne crois pas en rien et ce n’est pas parce que je suis athée que je me sens dénué de spiritualité. La spiritualité n’est certainement pas réservée aux religions. Et puis, je vais peut-être te surprendre, mais d’être athée ne m’empêche pas de rester fidèle à certaines valeurs chrétiennes. Après tout, c’est ma culture, j’en suis imprégné et quelque part je me sens même attaché à la tradition. Tiens ! Pour que tu puisses mieux me comprendre, Je te passerai un bouquin d’André Comte-Sponville, c’est un philosophe qui à mon sens parle très bien de la spiritualité sans Dieu.
- Non merci ! Je ne veux pas de ton livre, désormais je ne prendrai de ta part en matière de lecture que les recettes de cuisine et encore !
- Tu vois que t’es mordante toi aussi Thérèse, bon ! Je m’excuse, on fait la paix ? On ne va peut-être pas continuer à se brouiller comme des œufs. J’avoue que j’ai un petit côté con et que même en tant que voisin, ce n’est pas toujours facile de me supporter.
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Mais tu sais, j’voudrais tellement que les croyants et les non croyants se comprennent mieux, qu’ils laissent là leurs désaccords et qu’ils se préoccupent davantage de ce qui les unit, de ce qu’ils connaissent d’expérience et de cœur. Pour moi, le croyant est un ignorant au même titre que l’incroyant qui lui ne peut pas plus prouver que Dieu n’existe pas. Mais si ensemble nous mettions toute notre énergie dans ce que notre humanité nous a permis de voir et de comprendre : la valeur d’une vie humaine, la qualité d’une relation d’amour, la compassion, la solidarité, la justice dont on est capable…
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La laïcité, c’est le nom de notre entente. La laïcité, c’est l’ouverture aux autres, l’esprit de tolérance, le pluralisme… Elle nous permet surtout d’être capable de vivre ensemble dans le respect de nos différences, que l’on soit athée comme moi, agnostique, catho comme toi, juif, protestant, musulman, bouddhiste…
Et si à Nantes on construisait la première maison laïque qui enseignerait l’humanité à l’humanité. T’imagines, toi et moi, et tous les citoyens du monde venir en ce lieu chercher l’enseignement. T’imagines tous les dimanches de 10 heures à 12 heures, plus personne dans les cafés, les boulangeries et les boucheries. T’imagines que tes enfants viendraient aussi, qu’ils écouteraient des humanistes avec autant d’intérêt qu’ils écoutent Justin Bieber.
- Mais qui viendrait porter la bonne parole mon brave Claude ?
- On pourrait très bien imaginer des philosophes, des sociologues, des historiens, des ethnologues et toutes sortes de personnes qui pourraient apporter de l’eau au moulin.
- Mais pour accueillir tous les citoyens, ce n’est pas l’envergure d’une église qu’il te faudrait, c’est au moins une cathédrale !
- Oui t’as raison ! Une cathédrale qui serait en quelque sorte une université populaire, sans vitraux, sans murs, sans bon Dieu, sans porte à devoir pousser, pour que chacun, se sentant libre et sans complexe puisse gratuitement et à son rythme se cultiver. Les nefs Dubigeon feraient bien l’affaire! Et en plus, on accueillerait les citoyens avec un éléphant en toile de fond. Ça te changerait du crucifix Thérèse !
- Mais dis donc Claude ! Dans ton délire, tu as juste oublié une petite chose !
- Ah bon ! Et quoi donc ?
- Tu as simplement oublié que le dimanche, à partir de 10 heures 30, c’est l’heure de ma messe.
- Ah mince ! Au temps pour moi, j’avais oublié, excuse-moi.
- Tu parles d’un beau discours que tu me fais là  ! Je ne dis pas que ton idée soit mauvaise, mais simplement je doute que tu mettes en pratique tout ce que tu m’as chanté là . Bon ! Embrasse ta femme pour moi et à un de ces jours.
- Bisous chez toi Thérèse, et sans rancune, j’espère !
Thérèse Le Busier est rentrée chez elle vers midi quinze. Elle a rencontré Mme Pageot qui lui a parlé de son chat. En famille, elle a mangé un "goulash" qu’elle avait préparé la veille.
Claude Miche a fait la queue chez son boucher durant 25 minutes et fut déçu de manger des paupiettes de veau parce qu’il n’y avait plus de poulet cuit.
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Un œil sur la ville Authenticité, humanité, solidarité, fraîcheur... les nouvelles de Dominique Guilmaud, 51 ans, sont à l'image de leur auteur. Né rue des Hauts-Pavés, à Nantes, il a vécu toute sa vie dans la Cité des Ducs, au contact de la ville et de ses habitants. "Enfant, j'étais souvent dehors, et j'aime cette faune de commerçants, de gens de la rue. Observateur, je me suis toujours intéressé à l'humain", affirme-t-il. En situation de handicap "non visible" depuis 32 ans, il a tour à tour dû abandonner différents métiers dans l'artisanat avant de devenir... créateur de marionnettes ! Actuellement en recherche d'emploi, il s'est senti concerné par l'appel à contributions de Ma ville demain (www.mavilledemain.fr) et en a profité pour partager ce qui lui tient à cœur. "J'ai envie de parler des gens autour de moi et de leurs souffrances, transmettre des bribes de la vie quotidienne, être le témoin d'une réalité à la fois dure et légère."
Thibaut Angelvy |





















