C'est vous qui le dites ! #4

Fête de la musique : fête de l’oreille ?

Tribune sur les risques de la musique pour l'audition Tribune sur les risques de la musique pour l'audition - © Terri(s)toires

Chaque année, le 21 juin, la musique se voit honorée. C’est ce jour-là une fête symbolique, dédiée au seul plaisir de l’écoute et de la communion avec toutes les musiques. L’oreille est le vecteur physiologique de l’accueil musical, passage obligé avant l’intégration cérébrale et l’épanouissement quasi chimique provoqué par les mélodies et leurs interprètes. Une oreille saine est donc nécessaire pour faire de cet instant privilégié un moment de délice. Et si la musique pouvait nuire à vos oreilles ? (par le Docteur Patrick Petit)

 

Quelques notions de prévention face à l’agression sonore doivent être mises en avant pour protéger un capital auditif unique, sanctuaire fragile et irremplaçable d’un lien primordial avec le monde.

L’oreille est un organe neurosensoriel d’une grande complexité anatomique et fonctionnelle. Les découvertes les plus récentes nous informent très régulièrement de la panoplie insoupçonnée des multiples fonctions des cellules de l’oreille. Livrées au nombre de 15 000 par oreille à la naissance chez l’homme, elles ont un seul inconvénient : celui de ne pas pouvoir être remplacées en cas de lésion et de destruction. C’est dire le caractère primordial de la protection de notre capital auditif. Toute sollicitation inappropriée de nos oreilles devient ainsi très vite une source de dégradation irrémédiable de la qualité de notre audition.

Nulle menace dans le propos, mais seulement une volonté de faire prendre conscience à chacun de l’importance de prendre soin de ses oreilles, même le 21 juin... et surtout le 21 juin.

Jusqu’à quelle puissance sonore soumettre son oreille sans risque?

La législation du travail a lancé les bases d’un accord international sur la puissance sonore à ne pas dépasser : 85 décibels (dB). Retenons ce chiffre, en sachant qu’un bruit industriel est différent dans sa composition physique d’un son musical, mais que la limite ainsi définie a le mérite d’être admise par la communauté scientifique et de représenter un seuil à ne pas franchir. Il convient d’ailleurs de rappeler que la musique est tout aussi dangereuse qu’un bruit quelconque.

La loi française prévoit de limiter la puissance de sortie des baladeurs à 100 dB, et le niveau dans les discothèques à 105 dB. On se situe déjà entre le moteur d’un camion en marche et le marteau-piqueur ! Pour le niveau sonore dans les concerts, la réglementation est beaucoup plus laxiste, et l’exemple célèbre de la prestation d’un groupe de rock irlandais il y a quelques années, enregistrée à 130 dB au pied des colonnes d’enceintes, est troublant. Quelques cas de surdité définitive ont été diagnostiqués à la suite de l’événement. Cette puissance sonore est, il est vrai, celle d’un moteur d’Airbus…

La première mesure à prendre est donc de ne pas aller au-delà de ce que l’oreille est capable de supporter. La durée de l’exposition à la musique est un deuxième élément digne d’intérêt. Pour différentes raisons, une oreille saine se lasse après une heure d’écoute et n’est plus capable de gérer le risque traumatique sonore. Savoir reposer son baladeur, avoir la sagesse de sortir de la discothèque quelques instants sont autant de mesures simples pour donner au système cellulaire le pouvoir de ne pas se dégrader.

Des signes annonciateurs de souffrance de l’oreille existent-ils ?

 

Qui n’a pas connu cet inconfort à la sortie d’une discothèque ou après un concert, cette phase pendant laquelle l’oreille vous témoigne de sa fatigue en sifflant ? Les fameux acouphènes disparaissent le plus souvent après une nuit de repos, parfois moins rapidement. Le sifflement, le bourdonnement, le chuintement, appelez-le comme vous voulez, est la manifestation d’une atteinte toxique du contingent cellulaire de l’oreille interne. Derrière la satisfaction de constater une disparition des acouphènes, les dégâts sont malheureusement irréversibles. La plupart des scientifiques admettent aujourd’hui que parmi la génération MP3, les jeunes qui abusent des baladeurs et autres "casques" auront une presbyacousie (gêne auditive liée au vieillissement naturel de l’oreille) plus tôt que d’autres personnes du même âge. On passe ainsi d’un âge médian de 50-55 ans à un âge médian de 40-45 ans. Éviter d'anticiper de 10 ans cet écueil sensoriel du fait d’une agression sonore régulière mérite sans doute une certaine hygiène.

 

Concrètement, quelle attitude adopter ?

- Rappeler à nos adolescents le danger réel d’une écoute trop forte de la musique. Une enquête publiée en 2010 par une agence indépendante révèle que 30 % des 14-17 ans ignorent qu’une intensité de 100 dB est nocive et que l’écoute de plus de deux heures sans interruption présente un risque certain…

L’information se doit d’être précise, régulière, forte. Il n’est pas question, par un discours scientiste, de devenir des "empêcheurs d’écouter en rond", mais le message doit être repris dans de nombreux médias, notamment ceux inhérents à la musique.

- Rappeler également qu’il faut être à l’écoute de ses oreilles et que la persistance d’un acouphène au-delà de 48 heures après une exposition à un moment musical doit inciter à consulter un médecin O.R.L. afin d’établir un diagnostic et d’initier un traitement approprié.

- Rappeler enfin que les sujets déjà touchés par une presbyacousie doivent envisager un suivi médical et s’équiper le plus tôt possible d’une solution auditive, comme un assistant d’écoute ou une prothèse auditive.

 

Parce que les bonnes idées se partagent…

… et parce que nous croyons qu'il faut toujours favoriser le partage des idées, Terri(s)toires ouvre ses pages aux prises de parole des acteurs des territoires. Notre rubrique "C'est vous qui le dites !" est une chronique où nous souhaitons accueillir les points de vue les plus divers, ceux de simples particuliers et ceux d'experts patentés, parlant en leur nom propre ou pour le compte d'une organisation, d'une association ou d'un groupe… pour en tout cas provoquer le débat.

Parmi les thématiques que nous privilégions, il y a celles qui intéressent la communauté des "Terri(s)toriens" : les initiatives sociétales de tous ordres, les modes de vie, et la culture dans son sens le plus large. Nous choisissons cependant de ne pas limiter les sujets potentiels, car c'est bien la nouveauté ou l'originalité des analyses, des opinions et des points de vue qui nous intéresse… et qui intéressera les lecteurs de Terri(s)toires.

La rédaction se réserve le droit d'agréer les propositions qui lui seront faites. Pour proposer un texte, il suffit de nous contacter sur redaction@terristoires.info.

Docteur Patrick Petit, O.R.L.

Partager cet article :

Dans la même rubrique :

Vous n'avez pas le droit de laisser un commentaire ! Veuillez vous connecter ou vous abonner si vous n'avez pas encore de compte...