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Yves Robert, réalisateur de l’ouest

Il y a de l’Anjou dans La guerre des boutons

la Guerre des boutons Yves Robert, l’acteur et cinéaste dont l’enfance est angevine, a su mieux que personne adapter l’œuvre de Pergaud à l’écran. Mais il l’a dit : son film est aussi un peu autobiographique !

Vous vous souvenez des Longeverne et des Velrans, les deux bandes rivales de La guerre des boutons, inventées par Louis Pergaud, jeune instit’ du Doubs, en 1912 ? Inventées, c’est beaucoup dire, car l’homme avait déjà du vécu derrière lui. "Roman de ma douzième année", écrit-il en sous-titre du bouquin publié au Mercure de France.

Les douze ans de Pergaud, c’était en 1894, en pleine époque "revancharde", à mi-chemin entre l’invasion prussienne de 1870 et la Grande Guerre. À cette époque, on gardait bien au chaud le fusil de grand-papa au cas où, et on se racontait les mauvais souvenirs, tout comme les vieux grognards d’avant, etc., etc. Dans leurs jeux de plein air, les gamins s’entraînaient à garder haine et courage contre un voisin à leur mesure. On a même vu des écoles où l’exercice de gym consistait à des batailles rangées avec de faux fusils de bois ! Bref, Pergaud n’a pas oublié le contexte, ni ses camarades de Guyans-Vennes (Doubs) qui "raccompagnaient" ceux du hameau de Grand Chaux à coups de pierres le dimanche après la messe. Il a écrit son roman pour faire rire d’un sujet pas si drôle que ça, mais réaliste. Et si les sauvageons (sic) de Pergaud sont franchement batailleurs, la vraie violence vient des parents à l’heure du retour dans les foyers.

Coup de pied, coup de poing

Yves Robert et Danièle Delorme dans les années 70Yves Robert et Danièle Delorme dans les années soixante-dixCinquante ans après le bouquin, en 1962, La guerre des boutons est récupérée par le cinéma. Un deuxième clap, en fait. C’est Yves Robert, cinéaste d’origine angevine, qui s’y colle avec talent. Il tourne entre Chartres et Rambouillet, près de sa propriété, à Armenonville-les-Gâtineaux (Longeverne) et à Orphin (Velrans).

Né à Saumur de parents mayennais, Yves a passé six années de son enfance à Pouancé, où la famille a dû déménager alors qu’il n’avait que quatre ans. Le père, prothésiste dentaire, a commis quelques indélicatesses professionnelles qui l’obligent à prendre le large. Dans ce beau village médiéval, sa mère l’inscrira chez les Frères des écoles chrétiennes. Il s’en souvient à l’heure de la sortie de La Guerre des boutons : "Il m’a fallu revivre mes années d’écolier et ceci m’a ramené par la pensée à l’école Saint-Joseph, à ses classes et à sa cour, à mes professeurs, à mes condisciples d’alors. Oui, si tant de souvenirs n’avaient pas été merveilleusement présents dans ma mémoire, je ne me serais jamais senti capable de faire La guerre des boutons."

Les déménagements continuent et notre queniau1 changera autant d’école que de village. Il en parle dans sa biographie parue en 1996 chez Flammarion2 : "Comme j’étais souvent le nouveau, épreuves coups de pied, coups de poing, là j’étais bon !" Dans un entretien de 1962 avec Claude Santelli pour l’ORTF3, il évoque sa découverte du livre, acheté à 13 ans sur les quais, à Paris… "Le premier que j’ai lu de mon plein gré alors que j’avais rempli des pages de dictées signées Louis Pergaud ! La guerre des boutons, ça m’a rappelé des moments vécus à la campagne ; nous aussi on faisait la guerre avec les gars de La Prévière, avec les garçons de l’école libre ou laïque selon les revers de fortune de mes parents." Vrai qu’à deux kilomètres de Pouancé, le village de La Prévière était l’ennemi idéal.

Le lapin de La guerre des boutons

En réalité, quand Yves Robert découvre le roman de Pergaud, il s’y retrouve totalement. C’est son enfance angevine que le Franc-comtois a dépeint là-bas, loin vers l’est ! Mémoires publiées, à propos de Pouancé, toujours : "J’ai fait mes humanités pendant mon enfance. Il y a un peu tout cela dans La guerre des boutons. Surtout les bandes de gosses et les bagarres. Les gosses se frottaient aussi sur le champ de foire, ou le jeudi, à la pêche. Je connaissais bien des mômes comme Grand Gibus et Petit Gibus, qui habitaient à cinq kilomètres de l’école et y venaient à pied. J’entends encore le bruit de leurs godasses cloutées qui résonnaient sur le chemin gelé..."

Invité dans son village d’enfance par l’amicale laïque pour les 50 ans des congés payés, en 1986, puis pour les dix ans du festival culturel Graine de curieux (en 1995, en compagnie de son épouse, Danièle Delorme), Yves Robert détaillait encore ses souvenirs de Pouancéen : au printemps, il "jouait" Saint Jean-Baptiste à la Fête-Dieu, et les petites filles lui jetaient des pétales de roses… Concours auquel a participé Yves Robert, réalisateur du film la Guerre des boutons Le parc de la belle maison XIXe de la Roierie (aujourd’hui la mairie) que ses parents partageaient avec un notaire lui faisait un peu peur, mais il y a découvert la nature. Ils s’étaient lancés dans l’élevage de lapins, de canards et de poulets ! D’où cette photo de réclame du "Bagatelle-élevage - Mme Henry Robert" qui lui servit de support pour répondre à un concours d’enfant (voir ci-contre, collection privée). Au bas de ce bulletin de réponse de fortune, le petit Yves écrit que le livre qui lui fait "le plus envie" est Frère lapin. C’est qu’il les aime, les longues oreilles ! De là à penser que le petit compagnon à pattes de Lebrac – dans le film – est un souvenir de Pouancé, il n’y a qu’un bond.

En 1957, Yves Robert tourne Ni vu, ni connu avec Louis de Funès dans le rôle d’une sorte de Raboliot angevin. Il explique : "Le concours de pêche du film est une reproduction de ceux que j’ai connus dans mon enfance (à Pouancé). À l’aller, la fanfare municipale précédait les pêcheurs jusqu’à l’étang, puis la fanfare catholique, l’Orphéon Saint-Joseph, fermait le ban. Au retour, les Saint-Joseph étaient en tête, et tous les autres derrière, bourrés comme des coings…". "Rond comme un boudin", aurait dit Grand Gibus. Mais il parlait de son petit frère.

 

1 gamin en patois angevin

2 Yves Robert, un homme de joie – Dialogues avec Yves Tonnerre

3 Pour les moins de 40 ans : office de radiodiffusion télévision française. C’était une courte émission littéraire intitulée "Livre mon ami".

 

Pourquoi la guerre des films ?

Affiche de la Guerre des boutons L'une des affiches du film dans les années soixantePergaud (déchiqueté en 1915 par un obus français alors qu’il n’était que blessé) a dû se retourner dans sa tranchée de la Meuse : cinq films ont été tirés de son livre. Le premier - La guerre des gosses – tourné en 1936 par Jacques Daroy et Eugène Deslaw, semble perdu ; le second est celui d’Yves Robert. En 1995, une libre adaptation est réalisée par l’Anglais John Roberts qui transforme les Longeverne et les Velrans en petits catholiques et protestants irlandais : War off the buttons, titre traduit par La guerre des boutons, ça recommence.

Enfin, cet automne 2011, deux producteurs français ont pensé faire leurs choux gras du sujet dont les droits sont tombés dans le domaine public. Les réalisateurs, Yann Samuell pour La guerre des boutons et Christophe Barratier pour La nouvelle guerre des boutons, prétendent avoir lu le livre et se défendent d’avoir plagié le film d’Yves Robert. Qu’ils nous expliquent alors où ils sont allés chercher la scène où Petit Gibus se fait baptiser à la goutte par les parents de l’Aztec, la démolition de la cabane avec un engin agricole et le départ en pension de Lebrac ? Pas dans le roman de Pergaud, c’est sûr ! Ne boudons pas le plaisir, cependant, d’avoir souri à certains passages de l’un et de l’autre de ces nouveaux films.

Résultat des courses : les deux dernières "guerres" ont à peine atteint 1,5 million d’entrées, exactement l’audience réalisée par la rediffusion du "Robert" sur France 3 le 24 octobre dernier, en plein après-midi. Cette adaptation qui reste dans le cœur de nombreux francophones après 50 ans avait attiré dix millions de spectateurs… sans parler des DVD qui se vendent toujours avec la sortie, en octobre 2011, d’une version numérique restaurée ! Sa veuve et complice à l’écran, Danièle Delorme, explique ce succès par "l’envie d'Yves de tourner ce qu’il avait dans le cœur". Elle a été fêtée comme une maman par les anciens "jeunes acteurs" de "sa" Guerre des boutons en septembre 2011 dans les villages du tournage en Eure-et-Loir : Petit et Grand Gibus, Lebrac, l’Aztec, Marie Tintin… Tous quinquagénaires et plus !

 

Sources

- La Guerre des boutons (Louis Pergaud, 1912)
- André Neau (Article dans Les cahiers du Pouancéen)
- Le Courrier de l’Ouest
(12 janv. 1962)
- Ouest France (27 nov. 1995)

 

Liens

- L’intéressant entretien d’Yves Robert avec Claude Santelli pour la télé en 1962 : www.ina.fr/media/entretiens/video/I00017196/yves-robert-sur-la-guerre-des-boutons.fr.html

- Un blog perso qui raconte en détails l’anniversaire du tournage du film à Bailleau-Armenonville (Eure-et-Loir) le 24 septembre dernier : http://encreviolette.unblog.fr/2011/10/03/les-50-ans-du-tournage-de-la-guerre-des-boutons-dyves-robert

- Le site de Jean-Denis Robert, petit-fils d’Yves et photographe, invité de la ville de Pouancé à l’Atelier Legault du 2 mars au 14 avril 2012 : www.jeandenisrobert.com

- L’école Saint-Joseph de Pouancé fréquentée par Yves Robert : www.ec49.org/ecole-stjoseph-pouance

 

la classe du tournage de La Guerre des boutons à Armenonville

l'ancienne demeure de La Roierie où les Robert habitèrent (aile gauche) de 1924 à 1930

la tombe d'Yves Robert à Montparnasse est jonchée de boutons

la classe du tournage de La Guerre des boutons à Armenonville

La classe du tournage de La Guerre des boutons, à Armenonville. L'ancienne demeure de La Roierie où les Robert habitèrent (aile gauche) de 1924 à 1930. La tombe d'Yves Robert à Montparnasse est jonchée de boutons.

Clin d’œil, une classe de 9e (CE2) l'année du tournage du film ; le bâtiment n'a pas changé.

Henri Boillot - Journaliste
Henri Boillot - Journaliste

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