Festival Vague de jazz dans le Sud Vendée

Impros à tous les étages

Festival Vague de jazz dans le Sud Vendée Festival Vague de jazz dans le Sud Vendée

Depuis bientôt quinze jours, la 9e édition de Vague de jazz dépose sur les rivages vendéens, entre Longeville sur Mer et Les Sables d'Olonne, son lot de musiciens et de concerts. Véritable hymne à l'improvisation, celle-là même qui nourrit depuis des lustres ces musiques que l'on appelle jazz, il fait souffler, au cœur de l'été, sur le Sud Vendée, un vent de renouveau, entre jazz, rock, free, slam et pop… Esprits formatés s'abstenir !

Qu'il s'agisse de piliers de la scène jazz à l'image de Louis Sclavis, fidèle du festival, de Médéric Collignon, son parrain,  de Joëlle Léandre, grande dame de la contrebasse, ou de jeunes musiciens bouillonnants de talents et d'énergie comme Jeanne Added ou encore Thomas de Pourquery, la programmation de Vague de jazz est chaque année de haute volée ! Bien loin des festivals poids lourds de Vienne, Marciac, ou encore Antibes, Vague de jazz trace son chemin contre vents et marées. Il fait partie depuis huit ans de l'association des festivals innovants en jazz et musiques actuelles (Afijma). Une consécration méritée… Depuis neuf ans, son chef d'orchestre, Jacques-Henri Béchieau, concocte chaque édition avec passion et envie de partage. Une véritable gageure au regard du budget limité dont il dispose et d'un territoire peu rompu aux musiques innovantes et improvisées. Rencontre.

 

Comment est né le festival Vague de jazz ?

"Je me suis toujours intéressé au jazz. C'est une musique qui donne envie de danser, mais c'est aussi une musique de révolte, celle des Noirs. J'ai notamment contribué à la création de la Cave dimière, à Argenteuil, un haut lieu du jazz et des musiques improvisées des années quatre-vingt, quatre-vingt-dix. Et il y a 22 ans, j'ai intégré le conseil d'administration du festival Banlieue bleue. Non seulement j'avais besoin d'écouter du jazz, mais le fonctionnement et l'économie de ce milieu m'intéressaient. J'ai rencontré des tas de gens comme Philippe Carles, le rédacteur en chef de Jazz magazine, ou encore le photographe Guy Le Querrec (ndr : spécialisé dans la photo de musiciens de jazz) qui sont devenus des amis. Les deux m'ont mis au défi de monter un festival chez moi, à Longeville sur Mer, d'où je suis originaire. À l'époque, il n'y avait rien dans le Sud Vendée. Et même si je séjournais trois mois par an dans ma maison longevillaise, à l'exception d'amis estivants comme moi, je n'y connaissais plus grand monde. Cela a donc mis du temps. J'ai passé l'été 2002 à aller à la rencontre des gens avant de créer l'association Pour un festival de jazz à Longeville sur Mer (ndr : l'association a depuis été rebaptisée Vague de jazz). Très vite, nous nous sommes retrouvés quelque 280 adhérents. Nous nous sommes fait connaître auprès des institutions, de la Drac, etc. Le maire de Longeville sur Mer a tout de suite accepté de nous subventionner. Et l'année suivante, la première édition voyait le jour avec Médéric Collignon, de l'Orchestre national de jazz, pour parrain. Avec lui sont venus plein de musiciens professionnels contents de participer à la naissance de ce festival."

 

Festival Vague de jazz dans le Sud Vendée
Festival Vague de jazz dans le Sud Vendée
Festival Vague de jazz dans le Sud Vendée
Festival Vague de jazz dans le Sud Vendée
Festival Vague de jazz dans le Sud Vendée

Dès cette première édition, vous êtes sortis des sentiers battus ?

"Oui, en effet. Nous avons voulu mener des actions musicales dans des lieux où il n'y avait pas de musique. Nous sommes allés  jouer dans des associations, à l'hôpital psychiatrique, sur le blockhaus de Longeville, dans le moulin de Nicolas Deman… Musicalement, dès le début, nous nous sommes appuyés sur l'esthétique développée par l'ONJ de Claude Barthélémy, une esthétique qui n'avait pas peur d'aller vers le rock, le free, le slam et la pop. Des gens ont été surpris dès le premier concert. Notre objectif était de faire écouter au public - composé de Longevillais et d'estivants - de la musique qu'il n'avait pas l'habitude d'écouter. Nous ne voulions pas forcément flatter le goût des uns et des autres ou faire venir des grandes vedettes. Mais l'idée était plutôt de donner à entendre la musique qui se crée en ce moment, celle que j'entends tout au long de l'année (j'assiste à 200 concerts environ). Cela n'a pas été simple. Non seulement, les gens ont été un peu déroutés, mais j'ai eu aussi à faire face à de nombreuses réticences. Malgré ces oppositions larvées ou plus gueulardes, je n'ai jamais cédé. Aujourd'hui, l'association compte plus de 300 adhérents dont une cinquantaine de bénévoles très dévoués qui assurent le fonctionnement de l'association, et le festival est reconnu par les institutions comme la Région, le Spedidam1, la Drac2, la Sacem3, l'Afijma, etc., et participe au CRDJ4."

 

Comment construisez-vous chaque programmation ?

"Au risque de paraître vaniteux, je pourrais programmer chaque été 200 concerts ! C'est à peu près le nombre de spectacles que je vais voir dans l'année. Dans les musiques émergentes, les musiques que j'appelle du XXIe siècle, il y a une grande diversité. Je puise dans cette diversité. Même s'il y a beaucoup de jeunes musiciens dans nos programmations, je touche toutes les générations. Je fais partie de ces gens qui s'intéressent au jazz depuis plus de 50 ans. Et je peux dire qu'aujourd'hui, il y a des musiciens vraiment extraordinaires grâce notamment à l'existence des conservatoires. On peut citer des artistes comme la chanteuse Jeanne Added, pressentie pour les Victoires du jazz, ou encore les saxophonistes Thomas de Pourquery et Alexandra Grimal, etc. Tous ont choisi de ne pas jouer dans un grand orchestre, mais plutôt de créer leur musique. Et puis il y a aussi des autodidactes très talentueux, comme Marc Ducret qui reviendra l'année prochaine."


Que réserve ce cru 2011 ?

"Cette année, Vague de jazz affiche une ligne féminine avec sept femmes (Hélène Labarrière, Jeanne Added, Élise Caron (photo de Une), Alexandra Grimal et Joëlle Léandre, Judith Wekstein, Fanny Lasfargues) qui seront présentes dans près des trois quarts des concerts ! Il y a aussi plusieurs récitals de contrebasse, instrument emblématique du jazz, mais dont la pratique a beaucoup évolué. À noter aussi la venue d'un violoncelliste extraordinaire avec Vincent Courtois qui débutera ici sa résidence en Pays de la Loire. Ce sont tous des coups de cœur. L'idée est de programmer de jeunes musiciens qui me semblent avoir quelque chose d'exceptionnel !"

 

D'une façon générale, prenez-vous des risques ?

"Oui. Mais même si les gens repartent mécontents, il faut montrer que cette musique existe. On ne veut pas être consensuel. Un jeune percussionniste, Edward Perraud qui est originaire de Loire-Atlantique, a cité un jour Edgard Varèse alors qu'il jouait : "Je ne fais pas de la musique pour charmer. Refusez la musique qui est là pour flatter vos oreilles !" C'est la profession de foi de notre festival."

 

Le public s'y retrouve-t-il ?

"C'est avant tout un festival d'adhérents. Mais au fil des années, on a repéré plusieurs typologies de publics : il y a les connaisseurs qui viennent de partout en France pour quatre-cinq jours de concerts, les adhérents qui savent qu'ils vont entendre des choses dérangeantes ou qui vont leur plaire d'emblée, ceux qui viennent par hasard, surtout aux concerts gratuits, et des jeunes musiciens amateurs qui viennent en stage. De 2 400 spectateurs en 2003, nous en avons comptabilisé plus de 5 000 l'an passé malgré une mauvaise météo. C'était pas mal. Cela étant, il faut relativiser : 5 000 spectateurs, c'est ce qu'accueille le grand chapiteau de Marciac ! Mais notre festival coûte moins cher qu'une soirée à Marciac. Je regrette juste le manque de jeunes. À l'exception de ceux qui viennent en stage, on compte peu de jeunes dans l'association. C'est dommage que l'on n'arrive pas à en attirer plus. Pourtant, nous avons besoin d'être nombreux pour avoir un impact auprès des pouvoirs publics et des médias, et pour lutter contre les habitudes consensuelles dans un paysage culturel qui est parfois délabré. Alors nous nouons des partenariats avec le musée de l'abbaye Sainte-Croix aux Sables d'Olonne, avec la scène nationale de la Roche-sur-Yon ou encore le conservatoire de la Roche-sur-Yon. Cela légitime un peu notre action."

 

Et les musiciens, pourquoi acceptent-ils de se produire dans un petit festival comme Vague de jazz ?

"Il y a d'abord de vrais liens d'amitié avec beaucoup d'entre eux. Mais ils savent aussi qu'ils peuvent trouver ici un lieu de création et d'expérimentation, et que les reproches du public, même s'ils me touchent, ne me feront pas changer ma ligne. C'est pourquoi beaucoup d'entre eux reviennent régulièrement comme Andy Emler, Thomas de Pourquery, Médéric Collignon, Jeanne Added, Hélène Labarrière, Vincent Courtois, Maxime Delpierre, Michel Portal, etc. La programmation de 2012 est d'ailleurs déjà surbookée ! Il va falloir faire du tri. Car si on a de l'argent, j'aimerais ouvrir le festival pour la première fois à des musiciens américains."

 

Comment parvenez-vous à pérenniser ce festival ?

"La pérennité de ce festival en Vendée relève du miracle. Mais on est toujours dans la fragilité. Par exemple, nous voulions organiser un récital de contrebasse avec Hélène Labarrière et Claude Tchamitchian dans deux petites églises romanes près de Longeville. Cela nous a été refusé sous prétexte que l'on ne pouvait pas jouer n'importe quoi dans une église ! Je n'ai pas voulu engager la lutte, mais pour moi, c'est un échec. Nous sommes au XXIe siècle sur la côte, on entend des discours sur la modernité, mais malheureusement, les mentalités restent intégristes. La musique d'Hélène Labarrière n'a rien d'irrespectueux à l'égard de la religion et du culte. Certains proches me soufflent de monter un festival ailleurs, mais moi je suis d'ici et je ne vois pas pourquoi on nous empêcherait de poursuivre, alors que l'on apporte de l'innovation !"

 

Quelle est la place de Vague de jazz dans les 540 festivals de jazz recensés en France par l'Irma (Centre d'information et de ressources pour les musiques actuelles) ?

"C'est l'un des festivals les plus petits d'un point de vue budgétaire (70 000 € en 2011), mais avec une réussite artistique qui le place au sommet. Il fait partie depuis huit ans de l'Afijma, c'est le top ! Mais nous n'avons pas les moyens pour le moment de grossir beaucoup plus. Cette année, nous avons eu beaucoup de mal à trouver des partenaires. La commune de Longeville sur Mer et le conseil général de Vendée ont réduit leurs subventions. Si je sentais qu'il y avait une envie de faire plus grand avec des moyens, je n'hésiterais pas. Nous avons le savoir-faire !"

 

Programmation du festival vendéen Vague de jazz1 Spedidam : Société de perception et de distribution des droits des artistes-interprètes

2 Drac : Direction régionale des affaires culturelles

3 Sacem : Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique

4 CRDJ : Collectif régional diffusion jazz

 

Pour en savoir plus : www.vaguedejazz.com

Télécharger la programmation en cliquant sur l'affiche ou  ici


Photos : © Caroline Pottier

Séverine Le Bourhis - Journaliste
Séverine Le Bourhis - Journaliste

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