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In vitraux avec Antoine Le Bihan

Antoine Le Bihan, artisan verrier Chez les Le Bihan, on est artisan verrier de génération en génération. Créer et rénover les vitraux s'apprennent de père en fils, voire de mère en fils. Antoine Le Bihan est le petit dernier de cette grande famille de magiciens de la lumière dont les premiers vitraux sont sortis des ateliers en 1791. Même si les ateliers ont officiellement été liquidés le 11 septembre 2009, Antoine poursuit sa route, au sein d'une coopérative du bâtiment. Il réalise des vitraux aux quatre coins de la Bretagne et de la France et le travail ne manque pas !

C'est au bord de l'Odet, pas très loin du chemin de halage, qu'un artiste œuvre paisiblement, loin de l'agitation urbaine. Dans son atelier quimpérois, Antoine Le Bihan imagine et rénove les vitraux de Bretagne et d'ailleurs.

Dans cet atelier, l'artiste discret s'affaire à la création de vitraux pour la petite église de Kernascleden, près du Faouet, dans le Morbihan. Tout autour de lui, sont suspendues de drôles d'affiches. Maquettes, tracés et calques ont pris possession des murs. Des dessins précis et précieux. Tout un travail réalisé en amont qui est indispensable avant de s'attaquer à la moindre découpe. La sacro-sainte découpe, c'est le moment critique de l'artisan verrier. Chaque pièce est découpée grâce à des outils de précision. Il faut suivre une forme réalisée grâce à un gabarit. La moindre imprécision peut se révéler désastreuse. Pourtant la perte est inévitable, elle fait même partie du jeu: "il faut compter environ 30 % de chutes", déplore Antoine.

L'art de réaliser un vitrail est loin d'être simple. À chaque étape, la faille est possible. Après la découpe, Antoine applique une grisaille, la "patte" des Le Bihan. "Cela va donner un effet de mouvement", explique-t-il.

Ensuite, ce sera la cuisson du verre, dans un four très ancien, et là encore le résultat peut se révéler surprenant. Ce jour-là, Antoine est d'ailleurs un peu déçu d'un rouge qu'il espérait moins vif. "Le vitrail est là pour mettre en avant les fresques, il doit se faire oublier. Les tons trop vifs ne vont pas", assure-t-il. Au fond, réaliser un vitrail, c'est énormément de technique et de précision. "Il faut être patient, délicat, et travailler au calme", décrit Antoine. Tant et si bien qu'il n'est pas rare de retrouver des femmes dans ces professions...

Du haut de ces ateliers, trois siècles vous contemplent !

Antoine Le Bihan, artisan verrier L'histoire des ateliers Le Bihan débute peu après la révolution française. Le jeune Pierre Saluden et son frère créent leur atelier à Saint-Pol-de-Léon en 1791. Quelques années plus tard, Pierre prend le large et crée son propre atelier 45 km plus bas, à Landerneau. Puis l'entreprise se transmet entre héritiers. En 1908, l'affaire est gérée par Anna et Auguste Saluden, petits-enfants du fondateur. Ces derniers décident de déménager l'atelier à Brest. Mais les bombardements de la Seconde guerre mondiale vont réduire à néant leurs bâtiments. Ils déménagent alors à Quimper. Le gendre d'Anna Saluden, Yves le Bihan, reprend les rênes. Les ateliers Saluden deviennent alors les ateliers Le Bihan.

Mais avec le temps, les difficultés commencent à se faire sentir pour la famille de verriers. La concurrence est rude et les coûts doivent être diminués. "Lors des appels d'offres, le chantier est toujours attribué au moins offrant", explique Antoine. Les marchés de rénovation de vitraux sont donc attribués à des artisans qui utilisent du verre industriel, moins cher que le verre soufflé à la bouche, utilisé par les Le Bihan... L'entreprise perd alors des chantiers et c'est malheureusement la fin de l'histoire. Le 11 septembre 2009, les ateliers Le Bihan sont mis en liquidation judiciaire. Malgré cette déconvenue, Antoine n'a pour autant pas raccroché son tablier. Il continue à œuvrer en tant qu'artisan verrier en s'inscrivant au sein d'une coopérative du bâtiment. Pour lui, l'aventure continue...

Les grands chantiers

Antoine Le Bihan, artisan verrier Des vitraux à rénover, ce n'est vraiment pas ce qu'il manque. Rien qu'aux quatre coins de la Bretagne, on ne compte plus les vitraux détériorés ici ou là. Les causes de ces détériorations sont multiples et parfois surprenantes. Bien sûr, il y a les petits plaisantins, très jeunes ou très éméchés, qui détruisent des œuvres de grande valeur sans le savoir. Mais pas que. Parfois, c'est dame Nature qui fait des siennes. Par exemple des oiseaux, un peu distraits, qui foncent dans les vitraux la tête la première. Plus dure sera la chute !

Parfois, c'est la mauvaise conception d'un édifice qui, avec le temps, conduit les vitraux à exploser en mille morceaux. Tout cela amène du pain sur la planche d'Antoine. "J'ai dernièrement restauré des vitraux réalisés par mon arrière-grand-mère à la chapelle Notre Dame du Crann de Spezet. Les bougeoirs avaient également été volés, mais on les a retrouvés quelques jours plus tard dans un champ des environs." On imagine que c'est sûrement le résultat d'un pari douteux...

Antoine Le Bihan, artisan verrier Le carnet de commande des ateliers le Bihan a été rempli de chantiers prestigieux. Ainsi, entre 1989 et 2000, ils ont rénové les vitraux de la cathédrale Saint-Corentin de Quimper ; "C'est sans doute le chantier le plus long de notre existence", se rappelle Antoine. Un véritable travail de titan. Pour ce chantier, les travaux ont même été subventionnés par le ministère de la Culture.

Dernièrement, Antoine a réalisé la rénovation des vitraux de l'église de la Martyre, tout près de Brest. Un lieu très connu des Bretons, qui revêt une véritable valeur sacrée. Les baies avaient été totalement détruites du fait d'une erreur de construction de la chapelle, car elles étaient en effet disposées sur des structures métalliques qui ont rouillé avec le temps... Résultat, ces dernières ont pris du volume et ont finalement fait voler en éclat les magnifiques baies. Antoine a donc dû jouer pendant plusieurs mois à reconstituer ce gigantesque puzzle et à recréer les pièces endommagées. Au final, le verre est aujourd'hui bel et bien consolidé. Seul hic, il va maintenant résister au temps et les artisans du verre n'y reviendront sans doute plus ! Antoine est finalement victime de son succès...

Catherine Chantepie - Journaliste
Catherine Chantepie - Journaliste

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