Ils sont sept, assis en silence dans une salle de l'école de musique de Rezé. Hommes, femmes, adolescents, quinquagénaires.... ils forment un petit "orchestre d'habitants" des plus hétéroclites. À
leurs pieds, guitares, clarinette et violons. Des instruments qu'ils maîtrisent plus ou moins, voire très peu, pour certains. Face à eux, en rang d'oignons, La Pompe, un groupe de jazz manouche bien connu dans la région nantaise. Le quatuor ouvre la séance de travail en interprétant successivement Minor Swing de Django Reinhardt, La Partida (valse vénézuelienne) et Les yeux noirs (musique traditionnelle d’Europe de l'Est). De temps à autre, l'assistance laisse échapper des soupirs aussi admiratifs qu'effrayés... nous sommes un soir de mai, et dans moins de deux mois, le 18 juin, amateurs et professionnels devront interpréter ensemble ces morceaux lors du festival Antibémol. D'ici là , il ne leur reste que quatre répétitions, sur un total de six, pour être fin prêts.
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La Pompe Ce quatuor nantais
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"Il n'y a pas d'enjeux. Ni pour eux, ni pour nous. Nous les soutiendrons sur scène et chacun pourra trouver sa place, quel que soit son niveau", tempère Gérard Vandenbroucque. Le violoniste de La Pompe est d'autant plus confiant qu'il a d'ores et déjà expérimenté l'exercice à Guisseny (29), Chemillé et Vern d'Anjou (49). Pour l'heure, il répartit les participants en sous-groupes. Ses acolytes, Lorenzo Muccio, Youssef Ghazzal et Arnaud Bouquin, s'éparpillent dans des salles annexes avec des élèves. Gérard garde avec lui quatre solistes et leur demande d'accorder leurs instruments. Premier blocage. Une jeune femme, Ingrid, avoue timidement son statut de débutante. Gérard saisit alors son violon et remarque aussitôt qu'il s'agit d'un produit chinois. Une révélation qui semble gêner la demoiselle. "Ne t'inquiète pas, on est tous passés par là ", lui murmure sa voisine.
Transmission orale
Place au travail. Les solistes doivent fredonner Minor Swing à tour de rôle. Ingrid, et Gaël, un jeune adolescent qui pratique la clarinette depuis 6 ans, restent muets. Gérard moque alors ses propres talents de chanteur pour les encourager à surmonter leur pudeur... et parvient ainsi à persuader la jeune fille de murmurer la mélodie. "Chanter permet de mémoriser le morceau, et donc de s'affranchir des difficultés de lecture. Les élèves nous demandent systématiquement des partitions, mais ils ont tendance à trop s'y accrocher. Nous préférons privilégier le mimétisme et la transmission orale". Tout ce qui peut simplifier les cours est en effet bienvenu, car les élèves doivent déjà assimiler les bases du jazz à vitesse grand V. "Jouer un thème, accompagner, improviser.... le programme est chargé ! ". Pour faciliter l'exercice, La Pompe a donc volontairement choisi des musiques connues ; "elles sont déjà dans les têtes et on les trouve sans problème sur Youtube".
Pour l'instant, deux violonistes s'entraînent pendant qu'une troisième marque le tempo en claquant des doigts. Gérard en profite pour expliquer le rythme ternaire. Il inscrit des accords au tableau et demande à Ingrid si elle comprend. "Non, c'est du chinois", avoue-t-elle malicieusement. "Eh bien, il faut bien commencer à apprendre le chinois un jour ou l'autre, et pour toi, c'est aujourd'hui ! ". Après quelques explications, il interroge ensuite Françoise, violoniste visiblement plus avertie : "C'est quoi ce rythme, du 3/4 ou du 6/8 ? ". "Du 3/4", répond-elle en hésitant. "Perdu. Bon, maintenant on va parier de l'argent, vous allez apprendre très vite ! ". À côté, Sarah est tout sourire. Comme tous ses camarades, elle connaissait La Pompe et a sauté sur cette opportunité, d'autant plus accessible qu'elle est entièrement gratuite. Cette expérience est aussi pour elle l'occasion de jouer un répertoire différent, après 10 ans de musique classique.
L'heure tourne. Professionnels et amateurs se réunissent tous en cercle. Quelques ultimes conseils et ils se lancent dans l'interprétation des trois morceaux. Gaël improvise avec dextérité tandis qu'Ingrid, suivant les conseils de Gérard, abandonne provisoirement les notes pour se concentrer sur le rythme. Peu à peu, les sons s'harmonisent, les doigts se faufilent de plus en plus rapidement sur les cordes... et la musique se met bel et bien à swinguer.
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Musiques du monde, rencontres entre artistes amateurs et professionnels, lectures et débats autour du thème de l'immigration... Pour sa 1re édition, le 18 juin, le festival Antibémol affirme d'emblée un caractère festif et militant. L'objectif d'Antibémol ? "faire vibrer les voix des minorités, l'énergie des musiques et le poids des mots pour encourager les dialogues". Samedi 18 juin, ce nouveau festival entame en beauté sa première édition avec six concerts gratuits et en plein air. Sur scène, Staff Benda Bilili, un orchestre de paraplégiques congolais apte à faire danser les morts, les Marseillais Lo Cor de la Plana qui interprètent des chants sociaux à l'aide de percussions, les Berlinois 17hippies, et enfin les Nantais de Tribeqa (hip-hop teinté d'afro-jazz) et du groupe La Pompe (jazz manouche multiculturel). Autant d'artistes reconnus avec lesquels les festivaliers pourront dialoguer sous des tentes marocaines. Une ouverture d'esprit qui s'affirme également sur scène, via la présence d'habitants de Rezé aux côtés du groupe La Pompe, mais aussi avec Cantatas Inmigrantes, une création contemporaine sur l'exil, interprétée par des mélomanes amateurs. Ce festival, organisé par la mairie de Rezé, fait donc tout son possible pour impliquer son public. Il n'hésite pas non plus à s'engager sur un plan clairement politique : débats sur l'immigration, lectures-spectacles sur le thème du racisme, témoignages de migrants recueillis par la Cimade* et diffusés via des cabines téléphoniques...
Festival Antibémol, samedi 18 juin 2011, en plein air, espace Diderot, à Rezé. De 15 h à 1 h du matin. Entrée libre et gratuite. Plus d'infos sur le site de la mairie de Rezé.
*association d'aide aux étrangers, aux réfugiés et aux demandeurs d'asile |





















