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    Exposition Tromelin, l’île des esclaves oubliés

    Max Guérout, archéologue sous-marin et… insulaire

    Visuel de l'exposition Visuel de l'exposition - © S. Savoia Collection Aire Libre. Dupuis-J.F Rebeyrotte

    Max Guérout a mené, depuis 2004, les recherches sur l’histoire des naufragés de l’île Tromelin, au milieu de l’Océan Indien. Avec l’archéologue Thomas Romon (Inrap), il est le commissaire scientifique de l’exposition qui s’ouvre au musée d’histoire de Nantes (château des ducs de Bretagne)1. Une exposition sur "une histoire forte", liée à l’expansion coloniale française, qui a marqué les esprits du XVIIIe siècle à nos jours. En forme d’hommage aux quatre-vingts esclaves naufragés abandonnés à leur sort au milieu de l’Océan Indien durant quinze ans.

    Max Guérout a connu une première vie d’officier de marine, mais "Dès que j’ai eu un grade suffisant pour vivre de ma retraite, je suis parti"... pour vivre sa passion d’archéologue sous-marin. Très vite, il s’intéresse à l’histoire de l’esclavage. C’est ainsi qu’il travaillera, au début des années quatre-vingt-dix, avec le soutien de la ville de Nantes, dans l’estuaire de la Loire à la recherche d’épaves de navires négriers alors que se monte la grande exposition Les Anneaux de la Mémoire - Nantes-Europe / Afrique / Amériques (1992 - 1994) qui fit date à Nantes et bien au-delà.

    Les prospections que Max Guérout mène alors avec son équipe du Groupe de recherche en archéologie navale (GRAN) permettront de repérer de nombreuses épaves au large du Croisic notamment, dont certains bateaux perdus après la Bataille des Cardinaux (1759), mais pas de navires négriers. Qu’à cela ne tienne, il travaillera aussi au Sénégal et surtout, pendant dix ans, en Martinique dans le cadre d’un inventaire plus global des ressources archéologiques de Madinina, l’île aux fleurs… qui fut aussi jusqu’en 1848 une terre d’esclavage.

    La route de l’esclave

    Vue panoramique de l'île de Tromelin. C’est en 2003, alors qu’il opère des fouilles sous-marines dans la baie de Valparaiso (Chili), qu’il est alerté par le courriel d’un météorologue, Joël Mouret, séjournant régulièrement sur Tromelin.

    Depuis 1954, en effet, Tromelin – îlot de corail et de sable de l’Océan Indien – est le siège d’une mission météorologique permanente qui s’intéresse particulièrement à la formation des cyclones. Le météorologue cherche à attirer l’attention des historiens et des archéologues – sans réussite jusque-là – sur l’histoire particulière de cette île qui débute dans la nuit du 31 juillet au 1er août 1761 avec le naufrage de L’Utile, navire de la Compagnie française des Indes orientales. Le bateau, qui transporte cent soixante captifs déportés en esclavage, se fracasse sur les récifs de corail qui entoure l’Île des Sables, ancien nom de Tromelin. La moitié des captifs meurt dans le naufrage et les survivants seront abandonnés sur ce bout de terre durant quinze ans (voir aussi L’histoire de Tromelin et de ses naufragés)…

    Le signalement de Joël Mouret ne sera pas vain. Max Guérout pressent qu’il s’agit là d’un bel objet de recherches et d’un sujet susceptible d’intéresser un large public. D’autant plus qu’il collabore depuis plusieurs années avec l’Unesco2 dans le cadre de son programme intitulé La route de l’esclave. Or 2004 est l’année internationale de la commémoration de l’abolition de l’esclavage décrétée par les Nations unies et le directeur de l’Unesco demande alors au patron du GRAN s’il n’existe pas un projet qui puisse être soutenu par son organisation ayant, si possible, l’océan Indien pour cadre. Cela tombe bien : les esclaves oubliés de Tromelin vont pouvoir se rappeler au souvenir de nos contemporains !

    Première plongée dans… les archives

    Max Guérout au centre lors de la mise en place de l'exposition au château de Nantes Max Guérout au centre lors de la mise en place de l'exposition au château de Nantes.

    Max Guérout se met donc au travail avec une première plongée dans… les archives et la documentation. Heureusement pour le chercheur, l’histoire de Tromelin et du naufrage de L’Utile a laissé des traces écrites avant même, parfois, que la fin de l’histoire ne soit connue : ainsi, un document de colportage de huit feuillets sera imprimé qui racontera, du seul point de vue de l’équipage, et en les dramatisant, le naufrage et la perte du bateau. Des esclaves, il n’en sera guère question.

    Il a aussi le récit de l’écrivain du bord qui était évidemment aux premières loges. Un récit qui n’est pas un rapport officiel mais qui est destiné à sa propre famille.

    De son côté, Bernardin de Saint-Pierre – l’auteur de Paul et Virginie, connu pour ses prises de position anti-esclavagistes – écrit dans son Voyage à l’Isle de France… (1773) un long paragraphe sur le naufrage de L’Utile et sur le sort des Malgaches mais il le laissera dans son manuscrit, sans doute par crainte des réactions violentes que cela aurait pu susciter. Néanmoins, le manuscrit a été retrouvé aux Archives municipales du Havre, et le passage en question sera reproduit dans l’exposition de Nantes.

    Autre auteur de renom, Condorcet va publier un texte qui s’appuie sur cette histoire et l’abbé Rochon, astronome qui travaillait pour la Marine royale, proche de la famille Tromelin, écrit un texte très radical en s’élevant avec véhémence contre le sort qui a été fait aux Malgaches. Mais nous sommes en 1791, alors que les diatribes contre l’esclavage sont déjà très nombreuses. La première abolition de l’esclavage qui interviendra en 1793 est déjà en marche…

    Quatre missions de 2006 à 2013

    Emplacement géographique de Tromelin. Fort de la qualité du sujet et du travail documentaire réalisé, comme du soutien de l’Unesco, Max Guérout arrive à embarquer avec lui les autorités locales de La Réunion. Malgré les coûts inhérents à l’isolement de Tromelin. Et il réussit à monter une première mission en 2006 qui sera suivie de trois autres en 2008, 2010 et 2013. Soit un total de six mois de présence effective sur l’île. "Compte tenu des difficultés d’accès, il a fallu passer le matériel sur plusieurs voyages, se souvient Max Guérout. À l’époque, il n’y avait qu’une rotation d’avion par mois." Et pas moyen d’accéder par bateau sauf par temps très calme.

    La première mission est consacrée aux fouilles sous-marines avec des risques importants en matière de sécurité, le premier caisson de décompression hyperbare se trouvant un peu loin de là… "Nous étions à peu près certains de ne pas trouver grand-chose, connaissant la violence des cyclones dans cette région du monde, mais il fallait le faire pour que l’on n’ait aucun regret a posteriori". Ce qui fut fait et bien fait : ont été ainsi retrouvés le lest du bateau, l’artillerie, les ancres et des petits objets qui seront présentés dans l’exposition.

    "Nous nous sommes ensuite intéressés aux sépultures éventuelles des victimes du naufrage qui ne pouvaient se trouver que dans le haut de la plage. En bas, le sable est trop mou et, plus haut, nous avions un matériau très dur à creuser – le beachrock – une sorte de béton naturel formé par l’accumulation du corail. Mais nous n’avons rien trouvé. Puis, en dernière semaine, nous avons travaillé sur la partie haute de l’île. Et là, nous avons trouvé un mur qui, de toute évidence, avait été construit par les naufragés, recoupé par un bâtiment moderne de la météorologie, et, tout autour, nous avons trouvé différents objets comme des récipients que les derniers naufragés avaient laissé là au moment de leur départ en 1776. À partir de ce moment, nous avons su que nous n’étions pas venus pour rien !".

    La marque d’une société reconstruite

    Timbre postal dédié à l'île de Tromelin.Ainsi, la campagne 2008 a permis de trouver l’essentiel du matériel archéologique. En 2010, les archéologues ont pu étudier la manière dont les bâtiments avaient été construits et, enfin, en 2013, ils ont pu identifier les différentes phases d’occupation du site sur cette période de quinze ans. "C’est une période archéologique très courte, mais cela nous a permis d’identifier quatre modifications de l’habitat. Ce qui, pour nous, avait une grande importance car, au-delà des conditions matérielles de la survie des Malgaches, ce que l’on cherchait à connaître, c’était aussi les conditions sociales et humaines de leur existence. Le fait qu’ils ont adapté leur habitat et qu’ils ont géré leur environnement est la marque certaine d’une société reconstruite."

    C’est là que réside, selon Max Guérout, l’intérêt premier de l’exposition : "Il est rare de réunir les deux bouts d’une histoire relative à l’esclavage. Souvent, il y a un point de vue historique à partir de ce que l’on connaît des colons et du bateau négrier, alors que beaucoup d’expositions se racontent à partir de ce que l’on sait des esclaves. Or, ici, on peut réunir les deux côtés : le côté historique avec le naufrage, la survie d’une partie de l’équipage à travers les relations écrites qui en ont été faites et, l’autre côté, avec le travail archéologique qui témoigne de l’existence des esclaves oubliés. Et aussi dramatique que soit cette histoire, elle est positive pour les esclaves qui ont montré que, laissés à eux-mêmes, il se sont pris en main et ont réussi à recréer une société pour assurer leur survie."

    La définition de ce qu’on appelle la civilisation ?

     

    1 Exposition reconnue d’intérêt national par le ministère de la Culture et de la Communication, à Nantes, du 17 octobre 2015 au 30 avril 2016, puis à Lorient jusqu’en octobre 2016, puis au Musée d’Aquitaine à Bordeaux, à Bayonne (port d’armement de L’Utile) et Marseille (port qui a pratiqué la traite des esclaves dans l’Océan Indien à la même époque). Renseignements : www.chateaunantes.fr, T. 0811 46 46 44.

    2 Organisation des Nations unies pour l’Éducation, les Sciences et la Culture basée à Paris.

     

    L’histoire de Tromelin et de ses naufragés

    Petit bout de terre française perdu dans l’Océan Indien à 450 km à l’est de Madagascar et à 535 km au nord de La Réunion, l’île Tromelin, appelée aussi île des Sables, est une sorte d’atoll surélevé — sans doute d’origine volcanique — qui ne dépasse pas sept mètres d’altitude pour 1 700 mètres de longueur sur 700 mètres de large.

    À l'écart des routes de navigation, Tromelin n’aurait intéressé personne si elle n’avait été le théâtre d’un accident maritime aux conséquences très particulières. En effet, dans la nuit du 31 juillet au 1er août 1761, L’Utile fait naufrage sur les récifs coralliens de l'île. Île qui a été découverte en 1722 et figure bien sur les cartes depuis 1739, mais que nul bateau n'a reconnue depuis cette date. L’Utile sera le premier… Armé à Bayonne, son équipage est composé de 182 hommes et 160 captifs — hommes, femmes et enfants malgaches — embarqués à Foulpointe, sur la côte orientale de Madagascar, pour être vendus comme esclaves à l'île Maurice malgré l'interdiction décrétée par le gouverneur (qui, il est vrai, trafiquait lui-même de son côté et ne voulait pas de concurrence).

    Au cours du naufrage, les marins et quelque 80 Malgaches arrivent à mettre le pied sur l'île alors que tous les autres captifs périssent noyés, n’ayant pu sortir des cales. La suite sera l’histoire d’une survie qui n’effacera pas les différences entre hommes libres et esclaves. Bien au contraire puisque les matelots, aidés par les Malgaches, réussiront à construire un bateau de fortune en deux mois avec les débris de L’Utile. 122 hommes d’équipage parviendront à monter à bord, mais laisseront derrière eux les Malgaches, avec quelques vivres et… la promesse de revenir les chercher. Promesse qui ne sera pas tenue : alors que l’embarcation réussit à regagner Madagascar en un peu plus de quatre jours, le gouverneur Desforges-Boucher refusera toujours qu’une expédition soit formée pour secourir les Malgaches. Il est en effet furieux de la perte du bateau et du fait que le capitaine Lafargue — qui décédera dans le voyage de retour vers l’île Bourbon — lui ait désobéi à propos des esclaves.

    Ce n’est que le 29 novembre 1776, soit quinze ans après le naufrage, que le chevalier de Tromelin, commandant la corvette La Dauphine, parviendra à récupérer les survivants. Sur les 80 Malgaches abandonnés sur l’île, il ne reste que huit personnes : sept femmes et un enfant de huit mois. Le capitaine pourra constater que, sur ce territoire désolé, sans arbre ou presque, battu par les vents et les cyclones, une société humaine aura pu s’organiser et subsister en maintenant un feu allumé en permanence et en se nourrissant essentiellement d’oiseaux et de tortues marines. Les huit captifs seront affranchis par l’intendant de l’île de France, Jacques Maillart, et l’enfant sera baptisé Jacques-Moïse. Sauvé des eaux, mais pas du paternalisme colonial hypocrite…

     

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    Pleine palanquée de livres pour une petite île

    • Les Naufragés de l'île Tromelin d’Irène Frain (2009) aux éditions Michel Lafon, sur la base de la documentation réunie par Max Guérout.

    • Tromelin - L'île aux esclaves oubliés de Max Guérout et Thomas Romon (2010). Nouvelle édition revue et augmentée. CNRS Éditions, coédité avec l’INRAP. Ouvrage scientifique destiné au grand public.

    • Les esclaves oubliés de Tromelin, bande dessinée de Sylvain Savoia. Aire libre, Dupuis.

    • Tromelin. Mémoire d’une île de Max Guérout. CNRS Éditions, collection Alpha. L’histoire de ce grain de sable depuis le XVIIIe siècle jusqu’à nos jours.

    • Esclaves et Négriers de Max Guérout traitant notamment de l'expédition Esclaves oubliés à Tromelin. Collection Voir l’Histoire. Fleurus Jeunesse. Inclus le film Les esclaves oubliés de Tromelin réalisé par Emmanuel Roblin et Thierry Ragobert.

    • Voyage aux îles de la Désolation, récit dessiné d’Emmanuel Lepage qui relate une rotation du Marion Dufresne 2 vers les terres australes, dont un passage à l'île Tromelin.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Franck CASSARD

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