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    Chomlaik, ép. 14

    Mexique - Juan Carlos Cob Yam : un jeu de balles théâtral

    Juan Carlos Cob Yam Juan Carlos Cob Yam - © Marion Gommard-Jouan

    Juan Carlos est de culture maya. Il a quarante ans et vit avec sa famille dans la petite communauté de Chapab, dans l’État du Yucatan au Mexique. Juan Carlos travaille à la sauvegarde du Pok Ta Pok, le jeu de balle des anciens mayas, dont les terrains de jeu centenaires peuvent être observés dans les sites archéologiques de la région. Il dirige ainsi la première équipe de Pok Ta Pok du Mexique, organise des spectacles hebdomadaires dans la ville de Merida et entraîne son équipe pour les compétitions internationales. Juan Carlos est également artisan et gagne sa vie en fabriquant des sacs-à-mains ; mais il utilise surtout ces compétences pour créer les costumes de ses coéquipiers, en s'inspirant des anciens mayas. Il espère ainsi sauver la culture de ses ancêtres. (Quatorzième épisode du feuilleton Chomlaik).

     

    Quelles sont les règles du Pok Ta Pok ?

    En ce qui concerne le Pok Ta Pok antique, selon les ressources archéologiques, nous pensons que le jeu pouvait durer des heures, des jours, des semaines, voire des mois… Il ne finissait que lorsqu’un joueur passait la balle dans l’anneau, ce qui était très difficile. Mais le jeu tel qu’il est pratiqué aujourd’hui est légèrement plus facile.

    Le Pok Ta Pok se joue sur un terrain ou dans la rue, en peignant au sol les limites de l’aire de jeu, qui est comme un double « I » ou un double « T ». Au milieu, il y a l’anneau. Chaque équipe a cinq joueurs et représente une tribu… Par exemple, « los Cupules » contre « los Contrachives », ou les jaguars contre les cerfs… Pour commencer le jeu, on jette la balle depuis l’extrémité du terrain. Chaque fois qu’une équipe réussit à passer la balle dans l’anneau, elle marque un point. Il y a aussi des fautes : si on aplatit la balle au sol, on marque un point contre son équipe. Il y a différentes manières de frapper la balle : on peut la frapper juste au-dessus du sol, ou après un rebond, ou directement en l’air. On ne peut frapper la balle qu’avec ses hanches.

     

    Comment avez-vous commencé à recréer le Pok Ta Pok ?

    J’ai commencé à travailler à la renaissance du Pok Ta Pok il y a dix ans. Un jour, un instituteur est venu s’installer dans ce village. C’était José Manrique. Il avait déjà en tête ce jeu de balle antique, et il partagea son idée avec nous. Certains d’entre nous l’ont soutenu. C’est un professeur d’éducation physique, alors il voulait inclure les jeux traditionnels dans son programme. Mais nous sommes allés plus loin. José est maintenant notre leader ; avec lui, nous avons commencé à étudier comment fabriquer la balle, comment la frapper… Il nous demandait d’essayer différentes manières de jouer, et nous affinions le mouvement jusqu’à parvenir à de beaux échanges de balle. Cela nous a pris beaucoup de temps ! Nous avons d’abord commencé avec une balle de foot, mais nous trouvions qu’elle ne rebondissait pas bien. Alors on a essayé une balle de basket, puis d’autres balles. Finalement nous avons décidé que nous devions fabriquer notre propre balle et nous avons réuni les matériaux nécessaires pour vulcaniser le caoutchouc. Mais la balle ne rebondissait pas. Un ami est alors parti au Belize et au Guatemala, et il nous a raconté que là-bas ils produisent toujours le hule, le caoutchouc naturel, de l’arbre Castilla. Alors nous nous sommes procurés du hule, le « lait » brut, ou la résine, de cet arbre. Et c’est ainsi que nous avons réussi à créer notre propre balle de Pok Ta Pok. Un membre de notre groupe s’est donc spécialisé dans la fabrication des balles, et heureusement maintenant nous en avons plusieurs en stock !

    Désormais, nous sommes environ vingt personnes à se dédier aux jeux traditionnels. Nous nous efforçons d’empêcher leur disparition. Nous avons commencé un vaste travail de recherche, de recréation et de transmission à nos enfants. Ce jeu a été perdu pendant 400 ou 1000 ans, et nous ne voulons pas qu’il disparaisse de nouveau. Je suis fier que nous ayons réussi à recréer le Pok Ta Pok, et nous ne le laisserons jamais tomber aux oubliettes.

    Le prochain objectif de José est d’inclure les jeux traditionnels dans les programmes de sport à l’école. Dans notre culture, nous avons le Pok Ta Pok, le trompo, le tinjoroch, le tira-hule, et une myriade d’autres jeux traditionnels. Dans notre village, les enfants apprennent déjà ces jeux à l’école.

     

    Quel est votre rôle dans le groupe ?

    Je suis Président du club, appelé Wayanune. Je suis un membre de l’équipe et l’entraîneur, et je suis responsable du groupe. Mais le véritable directeur du projet est José Manrique. Il est le Président de l’Association des Jeux et Sports Autochtones et Traditionnels (Asociación de Juegos y Deportes Autoctonos y Tradicionales) du Yucatan, dont nous faisons partie.

     

    Que représente le Pok Ta Pok pour vous ?

    C’est un symbole. Le Pok Ta Pok est très important, parce qu’il était joué il y a plus de 400 ans, et maintenant nous l’avons de nouveau. Nous nous sentons très fiers d’avoir ramené ce jeu à la vie. C’est un héritage de nos ancêtres. Il nous appartient.

    Nous pouvons voir un retour positif du public également. Au début, c’était plus difficile, cependant. Les gens se moquaient de nous, à cause de nos costumes. À cause de cela il nous a fallu redoubler d’efforts. Se procurer le matériau, les outils et les costumes représentait déjà beaucoup de travail ; mais recevoir en échange la moquerie des autres était une véritable difficulté morale.

    Certaines personnes ne valorisent pas leur héritage, ils ont honte de leurs racines. Ces gens-là ne veulent pas que les autres sachent qu’ils sont des descendants des mayas, alors ils arrêtent de parler le maya. Mais nous, nous sommes mayas, et nous parlons maya.

     

    Pourquoi est-il important de sauvegarder les traditions anciennes ?

    Parce qu’elles sont vraiment à nous. Elles sont nos racines. En les faisant renaître, nous leur redonnons leur importance. Il y a aujourd’hui un mouvement de revalorisation de leur héritage culturel par les indigènes. La langue maya est désormais enseignée à l’école, alors qu’avant seul l’espagnol, ou l’anglais, pouvait être appris. Mais maintenant on exige des écoliers qu’ils apprennent le maya. Cela nous aide beaucoup à sauver notre langue.

     

    Comment sauve-t-on quelque chose qui a déjà disparu ?

     

    Nous avons constitué une base d’images à partir de sites et d’ouvrages historiques. Il y a notamment un livre ancien appelé le Popol Vuh, qui a été écrit par les anciens mayas [et raconte les mythes créateurs mayas]. Ces textes antiques mentionnaient déjà le Pok Ta Pok. Nous avons également visité les terrains de jeu antiques dans les différents sites archéologiques, et nous y avons étudié les bas-reliefs représentant le jeu, ainsi que les décorations des bâtiments. C’est là que nous avons trouvé notre inspiration pour recréer le jeu, mais aussi pour faire nos costumes et nos peintures corporelles. Nous sommes également allés voir nos anciens pour leur poser des questions. Tout cela a été un long processus. Petit-à-petit nous avons mené nos recherches et nous avons fait la lumière sur ce jeu, en en améliorant sans cesse la reconstitution. Il n’y avait pas de Maître pour nous enseigner ! Alors, avec les autres joueurs de l’équipe, j’ai étudié chaque détail : la balle, les costumes, etc.

     

    Nous fabriquons nos costumes nous-mêmes, en essayant de les faire les plus proches possibles de ceux représentés sur les images historiques. Nous avons essayé différents vêtements et protections, remarqué que certains ne marchaient pas très bien, amélioré les autres… jusqu’à trouver les plus adéquats.

     

    Avant que vous ne commenciez ce projet, le jeu de balle ancien était-il toujours pratiqué dans certaines régions ?

    Il y a des gens, dans certains endroits, qui jouent des jeux de balle – comme dans l’État du Sinaloa par exemple, mais ce qu’ils jouent est l’Ulama [une autre version de l’ancien jeu de balle mésoaméricain]. Certaines communautés au Guatemala jouent également d’autres types de jeu de balle. Mais le véritable Pok Ta Pok des mayas avait bien disparu. Personne ne le jouait avant que nous ne commencions à travailler à sa renaissance. Chapab est le « recréateur » du Pok Ta Pok !

     

    En ce qui concerne la musique qui est jouée durant vos représentations – avez-vous eu à faire le même travail de recréation ?

    Nous avons dû recréer certains instruments : le tunkul [un petit tambour incisé], le zacatan [un gros tambour fait d’un tronc d’arbre], les grelots, les conches… La musique est très importante, elle fait entièrement partie du jeu de balle maya.

     

    Quelle est votre principale difficulté ?

    Nous n’avons aucun endroit approprié pour nous entraîner, et nous ne percevons aucune rémunération… Alors il faut que nous travaillions à côté. Nous sommes paysans, artisans… Nous menons une vie « normale », et pendant deux ou trois heures deux fois par semaine, nous nous réunissons au terrain de sport ou dans la rue pour nous entraîner.

     

    Il semble que le Pok Ta Pok fait de vous un sportif autant qu’un acteur. Vous jouez parfois de véritables tournois, mais vous organisez aussi souvent des représentations. Pour vous, est-ce plutôt un sport ou un spectacle ?

    C’est une autre manière de faire du sport. Le Pok Ta Pok est un sport, mais c’est aussi un rituel, et c’est une partie de la culture de nos ancêtres. Le spectacle que nous offrons au public toutes les semaines à Merida est un rituel. Ce sont nos chamanes qui le dirigent. Ils appellent les cinq points cardinaux [quatre plus un au centre, ainsi qu’il est communément accepté dans la culture maya], ils font les purifications, et seulement après cela nous pouvons jouer. Le chamane est l’autorité du jeu, il est l’arbitre. C’est lui qui purifie le terrain et les joueurs avec l’encens de copal. C’est une partie essentielle de la cérémonie. Nous ne pouvons pas juste faire le jeu, il faut inclure cet aspect rituel. Pour les anciens mayas, le Pok Ta Pok n’était pas seulement un jeu, c’était parfois une dispute pour des terres ou des récoltes. Ils convoquaient le jeu pour différentes raisons.

     

    Comment envisagez-vous le futur du Pok Ta Pok ?

    Dans l’avenir, je voudrais que beaucoup de gens jouent le Pok Ta Pok, comme aujourd’hui ils jouent au foot ou au basket. Je voudrais voir les enfants jouer les jeux traditionnels dans la rue. Ce serait bien si les jeunes faisaient plus de sport, plutôt que de boire de l’alcool ou de prendre des drogues.

    Mais la situation est difficile. Les jeunes ne l’aiment pas trop. Ils trouvent que la balle est lourde et au début ça fait mal. Alors ils jouent plutôt au foot. Donc c’est assez difficile, mais pas impossible. Regardez-nous, nous sommes adultes et nous supportons les bleus ! L’un de nos membres a cinquante ans, et jouer n’est pas un problème pour lui. Un autre a dix-sept ans. Donc j’ai espoir que les jeunes se mettront au Pok Ta Pok. Nous sommes régulièrement invités dans différents endroits pour présenter le jeu, et ainsi petit-à-petit nous sensibilisons la population à cette réappropriation de notre héritage.

     

    Qu’est-ce que la coupe du monde de Pok Ta Pok ?

    Nous avons participé à la coupe du monde – enfin, cela concernait quatre équipes au total ! Les autres équipes venaient du Guatemala, du Belize, et une autre équipe du Mexique. C’était une très belle expérience. J’ai adoré rencontrer des gens d’autres pays, autour de notre jeu commun. Nous parlions maya entre nous ; mais leur maya est en fait assez différent du nôtre, alors parfois c’était juste plus simple en espagnol ! La coupe du monde sera organisée de nouveau l’année prochaine, certainement au Guatemala.

     

    Quel est votre meilleur souvenir dans cette aventure ?

    Nous aimons toujours nous retrouver pour jouer une partie. Mais la meilleure chose avec ce projet est qu’il nous permet de voyager et de visiter d’autres endroits ! Nous n’aurions jamais pu voyager autrement, parce que nos métiers ne nous permettent pas de gagner beaucoup d’argent. Nous sommes allés à Vérone en Italie, et nous avons beaucoup voyagé dans le Mexique, à Acapulco, Guadalajara, Michoacan, Oaxaca, Mexico…

     

    Avez-vous un message pour le monde ?

    Je suis très fier du travail que nous réalisons. Nous ne laisserons jamais les jeux traditionnels disparaître de nouveau. Je vous encourage à venir regarder une partie de Pok Ta Pok, et même d’en faire ! Dans la culture maya il n’y a pas de frontière. Donc n’importe qui peut jouer au Pok Ta Pok... et cela c’est très beau.

     

    ---

    Vous pouvez voir l’équipe de Juan Carlos jouer au Pok Ta Pok tous les vendredi à 20h en face de la cathédrale de la ville de Merida, dans l’État du Yucatan au Mexique.

    La coupe du monde de Pok Ta Pok est organisé par l’Association Centraméricaine du Pok Ta Pok (Asociación Centroamericana del Pok Ta Pok)

    A lire également : So Foot a publié un article plutôt décalé sur le Pok Ta Pok.

     

    Texte original de Marion Gommard-Jouan sur www.chomlaik.com (traduit de l'anglais).

     

     

     

    L'auteure

    Marion Gommard-Jouan, globe-trotteuse des arts vivants

    Marion Gommard-Jouan

    Marion n'a pas perdu de temps. Des études brillantes, une belle expérience professionnelle à l'étranger, un mariage d'amour, et maintenant un tour du monde comme voyage de noces… pas mal à seulement 26 ans. Après avoir grandi au Mans, la jeune femme aussi douce et souriante que déterminée a fait ses études à Nantes : une classe préparatoire, puis l'école prestigieuse Audencia, qu'elle a choisie pour son master spécialisé sur les organisations culturelles et son ouverture sur l'international. "Avant d'être diplômée, je suis partie au Cambodge. J’y ai été embauchée et en parallèle, j'ai suivi des cours du soir et ai terminé là-bas mon master en management des institutions culturelles."

    Elle occupe pendant près de quatre ans le poste de responsable communication pour Cambodian Living Arts et rencontre de nombreux artistes traditionnels. Leur vision de l'art l'interpelle et lui donne envie de la confronter à celle d'autres professionnels de l'art traditionnel à travers le monde. Un projet qui rejoint un autre rêve, planifié depuis des années avec son petit copain David Jouan, 29 ans aujourd'hui, amoureux de la Bretagne et marin aguerri : un tour du monde à la voile. Fin 2014, le couple fait un aller-retour vers la France pour se marier et Marion trouve une nouvelle mission, "six mois pour le festival Musiques Métisses à Angoulême". L'été dernier, ils achètent leur voilier, un monocoque en acier de 10 mètres.

    Après un voyage d'un mois et demi en Inde, Marion et David ont entamé leur tour du monde à la voile le 11 novembre dernier. À chaque escale, ils rencontrent des acteurs de l'art traditionnel, dénichés grâce à des associations locales, au réseau des Alliances françaises… et directement sur le terrain. Les interviews sont rassemblées sur un site, Chomlaik.com. "En khmer, chomlaik signifie étrange, bizarre. C'est un clin d’œil au Cambodge où est né le projet, et j'ai choisi ce nom parce qu’en faisant dialoguer ces artistes du monde, il ressort des similarités mais aussi parfois des différences étonnantes. On prend souvent l’autre, l’inconnu, l’étranger pour bizarre."

    En savoir plus : www.chomlaik.com / Marion Gommard-Jouan sur Linkedin

     

    Bonus : la danse magique de dauphins autour du voilier de Marion et David...

    Dolphins from Marion Gommard on Vimeo.

     

    Thibaut Angelvy

     

    Lire tous les épisodes du feuilleton Chomlaik

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