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    Nantes : Jinks, un graffeur qui n'a pas sa langue dans le pochoir

    Jinks peint sur des objets de récup', notamment sur des skates. Jinks peint sur des objets de récup', notamment sur des skates.

    Des graffs et des pochoirs, il y en a partout. Sur les murs du salon, sur les feuilles de papier qui débordent de l'étagère et sur des skates empilés dans un coin. Lorsque Jinks ouvre la porte de son appartement de la Maison Radieuse, à Rezé, on entre dans un petit musée. Son musée à lui. Récemment, il a dégainé ses bombes de peinture dans l'ancienne prison de Nantes. Il a graffé le mur d'une cellule, à l'occasion de la soirée Trickart Palace, coorganisée par le label Trickart et Humanit'Art, association dont il a fait partie pendant deux ans. Rencontre avec ce graffeur au grand cœur.

    Sweat noir, crâne rasé et regard vif : au premier coup d’œil, difficile de croire que Jinks a 38 ans. Et déjà une riche expérience artistique derrière lui. Avec un grand-père céramiste et un père photographe, c'est tout naturellement qu'il a fait ses premiers pas d'artiste.

    "J'ai commencé le graff sur papier à la fin des années quatre-vingt. À l'époque, j'habitais en campagne, à Vevey, en Suisse. Un été, un cousin m'a ramené un magazine sur les graffitis. On s'est mis à les recopier." Il ne s'est plus jamais arrêté. Il a continué à s’entraîner sur papier. Les choses sérieuses ont commencé en deux mille, avec ses premiers graffs sur les murs.

    "J'adore me prendre la tête"

    "Sur papier, c'est plus simple, il y a le contact du crayon sur la feuille. Alors que la bombe ne touche pas le mur. Ce que j'aime, c'est la complexité. J'adore me prendre la tête, se marre Jinks. C'est pour ça que je me suis mis au pochoir".

    Il désigne un dessin, qui trône fièrement sur un mur, à côté du canapé. "J'ai superposé une dizaine de couches de pochoirs pour arriver à ça." Le résultat, c'est une toile minutieuse composée d'une déclinaison de touches blanches, grises et noires. On y voit un groupe de femmes voilées passer devant une épicerie marocaine. "J'ai reproduit une photo que j'avais prise moi-même, à Meknès."

    Car Jinks a l'esprit vadrouilleur, et aime aussi faire voyager ses toiles. Il les expose en Belgique, en Angleterre, en Suisse, en Italie, en passant par l'Espagne, le Mexique, l'Australie, jusqu'aux États-Unis.

    Un pied dans la peinture, l'autre dans les projets solidaires

    "J'ai participé à l'organisation du festival Tanja street art, en 2011, à Tanger. Et j'ai aussi organisé un raid humanitaire au Niger, lorsque j'étais président de l’association Humanit'art, en 2012." Le but de l'opération : amener un 4x4 rempli de matériel médical à la population nigérienne. Tout en profitant des escales pour réaliser des graffitis ou organiser des concerts avec la population locale.

    Jinks ne tient pas en place et tout est prétexte à la création. Pour les 20 ans de la disparition de Serge Gainsbourg, il décide de réaliser le portrait de l'artiste en assemblant plus de 20 000 filtres de cigarettes. Un soir d'hiver, avec des Lego®, c'est le visage de Mandela qu'il reproduit, pièce après pièce. Les paris un peu fous, il en est accro. "Cette année, on a fêté les 30 ans de Tetris. Avec un autre artiste, Mose, on a lancé un projet de mur artistique". Une soixantaine d'artistes ont découpé des pièces en bois, façon Tetris, qu'ils ont ensuite graffées, selon un code couleur précis.

    Des planches de skate contre un dessin

    "L'art, c'est ma vie, je ne fais que ça." Jinks "gagne sa croûte" grâce aux expos auxquelles il participe. "Pour réduire mes coûts, je n'achète plus de toiles, j'essaie de trouver des supports moins chers. Je peins sur des objets de récup', sur des vinyles, des skates..." Pour trouver du matériel, il colle des annonces partout. "Soit les gens me donnent leur skate, soit je fais du troc. Si on me ramène plusieurs planches, même cassées en deux, j'offre un dessin."

    Jinks brandit fièrement un tout petit skate qu'on lui a donné récemment. "Avec le drapeau Suisse dessus, en plus ! Il est parfait !" Serait-il un tantinet chauvin ? "Un peu, je dois l'avouer. Mais de moins en moins, car je trouve les décisions suisses de plus en plus connes. Notamment le vote contre la construction de nouveaux minarets. Ça m'a révolté."

    Ses révoltes, c'est précisément ce qui l'inspire. Ses pochoirs déclinent tour à tour des scènes de guerre, d’étendards qui flottent et de poings levés. Ou bien ce visage de Nicolas Sarkozy, collé dans les trams de Nantes, sous la bannière "Wanted, pour usurpation d'identité, pot-de-vin, abus d'autorité...". "En ce moment, je boude les murs de Nantes. J'ai moins de plaisir à peindre dans cette ville. Je préfère aller ailleurs, au Maroc surtout. Là-bas, c'est les débuts du graff et du street art. C'est intéressant de travailler là-bas, il y a des choses à faire."

    Et des choses à faire, il lui en reste plein la besace. De la pointe de son cutter, Jinks découpe les contours d'un univers qui lui est propre. Un monde où les panneaux "sens interdit" se transforment en crucifix. Un monde où les murs des prisons se changent en galerie d'art, délivrant un poignant message d'espoir (voir encadré). En découpant ses pochoirs à la lame, Jinks dévoile ce qu'il a au fond de l'âme.

     

    À savoir : Jinks organise des journées portes ouvertes, sur demande, pour présenter son travail, les 13 et 14 décembre au 31, Maison Radieuse, 44400 Rezé.

    Tél. 06 27 57 62 05. Mail : Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

     

    Pour en savoir plus sur son travail, c'est ici : www.jinkskunst.com

     

    Jinks nous fait visiter son appartement

    Cliquer sur l'une des images pour voir la galerie

     

    Un peu zinzin les soirées en zonzon ?

    Dans le cadre des soirées organisées dans l'ancienne prison de Nantes, les organisateurs ont demandé à Jinks de graffer le mur d'une cellule. © Jinks. Elles ont un succès fou. Les trois soirées organisées dans l'ancienne maison d’arrêt de la rue Descartes, à Nantes, ont affiché complet en seulement trois jours. Au programme de ces soirées, organisées les samedis 1er, 8 et 15 novembre : de la musique électro, des arts graphiques et des expos. Pour l'occasion, les organisateurs, le label Trickart en partenariat avec l'association Humanit’Art, ont demandé à Jinks de graffer le mur d'une cellule. Le résultat est saisissant. Sur fond noir se détache le profil d'un homme, torse nu, le poing serré, poussant un stupéfiant cri silencieux. À côté de lui, en lettres majuscules blanches, est inscrite la phrase "L'important est de ne jamais désespérer".

    "Pour ce graff, je devais bosser sur le thème carcéral", indique Jinks. "Ces soirées organisées dans l'ancienne prison, ça me rappelle ce qui se passe dans une auberge de jeunesse à Londres. Pour une trentaine d'euros, tu peux dormir dans une ancienne geôle. Je trouve ça hyper fun." Proposer des événements ludiques dans un lieu où des milliers de détenus ont souffert, ça n'est pas du goût de tout le monde, car certains s'indignent de voir une ribambelle de fêtards "s'enjailler" en geôle pour s'offrir le grand frisson. C'est notamment le cas du blogueur nantais Frap.

    En septembre dernier, dans un billet publié sur son blog, il s'insurgeait déjà contre l'organisation d'un dîner privé dans l'ancienne prison par la société événementielle All 6. Il fustigeait l'initiative en ces termes : "Nantes ne manque pas de lieux originaux et festifs, où des soirées « décalées » ne demandent qu’à fructifier. (…) Un dîner étoilé dans la rue, juste devant les portes de Pôle emploi ? Mieux encore (plus cher aussi) : une techno-parade sur le Mémorial de l’abolition de l’esclavage, avec le rythme dans la peau jusqu’au bout de la nuit ?..."

    Mais selon Jinks, proche des organisateurs, l'intention des membres du Label Trickart n'est clairement pas de bafouer les lieux. "C'est à 200 % pas ça. Ça ne peut pas être ça : on est en contact avec des anciens détenus. Donc l'idée, ça n'est vraiment pas de choquer. C'est surtout de réaliser un défi artistique, dans la même idée que la Tour 13, à Paris." Les organisateurs des trois soirées ont prévu de reverser une partie des recettes à une association intervenant en milieu carcéral.

    Pauline Jahan - Journaliste
    Pauline Jahan - Journaliste

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