Cafés cultures VS pouvoirs publics

Offensives Bar-bars

Photo d'un chanteur devant un bar Photo d'un chanteur devant un bar

Et c’est parti pour une tournée des bars ! Avec, en bonus, concerts, spectacles et expos. Du 25 au 27 novembre, la 9e édition du festival culture Bar-bars réunit 130 cafés dans 23 villes, d’Angers à Rennes en passant par Toulouse et Lille. Ce long week-end artistique dans les troquets est la vitrine du collectif Bar-bars, né à Nantes. Il milite à l’échelle régionale et nationale pour "le droit à la fête et au vivre ensemble". Rencontre avec David Milbeo, chargé de développer le réseau de l’association.

 

Pourriez-vous résumer le festival Bar-bars en quelques mots ?

"Bar-bars, c’est plus de 400 spectacles en tout genre dans 130 bistrots, à travers toute la France. Le cœur du festival est cependant en Pays de la Loire, car c’est à Nantes que nous avons lancé le mouvement, en 1999. Le principe est très simple : des cafés-cultures, qui agissent tout au long de l’année, se mobilisent ensemble sur un week-end, du 25 au 27 novembre. Musique, slam, théâtre, expos… chaque patron définit sa propre programmation. C’est donc un moment de fête, un temps fort qui sert de vitrine à notre collectif. On estime qu’approximativement 40 000 personnes ont participé, l’année dernière. "

 

Pourquoi un collectif Bar-bars ? Le café-culture serait-il une espèce menacée ?

"En quelque sorte. Les patrons de cafés-cultures sont confrontés à des problèmes récurrents. Ils sont stigmatisés parce qu’ils vendent de l’alcool, et leurs établissements sont régulièrement menacés de sanctions administratives. D’une manière générale, la législation est inadaptée et incohérente. C’est souvent plus facile de taper sur un bar plutôt que de trouver les fauteurs de troubles ou de réfléchir à des solutions pratiques.

Il faut bien avoir conscience que les cafés-cultures sont un maillon essentiel pour les artistes, et une alternative à la culture institutionnelle. Ils contribuent aussi au dynamisme des quartiers et au lien social. Il faut donc les respecter au même titre que les riverains.

Le collectif est né de ce constat partagé par plusieurs gérants nantais et a rapidement pris de l’ampleur. Nous voulons créer des dialogues avec les collectivités et les habitants, faire évoluer les mentalités et les lois. C’est une question de vivre ensemble."

 

C’est justement pour transformer ces préjugés que vous menez des actions de prévention ?groupe de musique Les carreleurs américains

"Cela fait des années que nous avons mis en place un système pour raccompagner gratuitement les gens chez eux pendant la nuit, sur toute la durée du festival. Nous distribuons plus de 6 000 éthylotests et des plaquettes pédagogiques. Nous mettons aussi à disposition du public des boules Quies et des préservatifs."

 

Cela fait plus de 10 ans que vous militez ; qu’avez-vous obtenu pour l’instant ?

"À Nantes, nous dialoguons plutôt bien avec les collectivités. Nous avons défendu avec succès l’extension à l’année des transports publics, la nuit : le samedi soir, le tramway circule jusqu’à 2 h 30 et des bus surnommés "lucioles" prennent ensuite le relais. Nous avons aussi signé avec la mairie une charte de vie nocturne.

À l’échelle de la France, le collectif Bar-bars, soutenu par le pôle régional des musiques actuelles, a donné naissance à une plateforme nationale des cafés-cultures. Elle vient tout juste d’obtenir une modification de la loi pour les spectacles amateurs. Désormais, un bistrot peut accueillir des musiciens amateurs non rémunérés sous réserve qu’ils soient des départements limitrophes, que les prix de l’entrée et des consommations ne soient pas majorés, et qu’il n’y ait pas de publicité ou de communication autour de l’événement. A contrario, s’il s’agit d’artistes professionnels ou d’un événement lucratif, le patron devra automatiquement payer. Ce n’est pas un accord parfait, mais c’est un bon début qui permet de clarifier la situation et de mettre fin à pas mal d’hypocrisie."

 

groupe de musique The CashLe bruit est au cœur du problème. Quelles solutions proposez-vous ?

"On ne cherche pas à ouvrir la boîte de Pandore, mais à trouver des compromis acceptables pour tous. Il faut savoir que la législation varie d’une ville à l’autre et qu’elle est souvent intenable. Tout va dans le sens du voisin. On peut parfaitement cohabiter avec 30 personnes dans une rue, mais il suffit qu’il y en ait une seule qui ne tolère jamais le moindre bruit pour avoir de sérieux ennuis.

Il faut bien entendu poursuivre des travaux d’isolation des salles et des immeubles. Mais nous militons aussi pour un processus de concertation obligatoire entre patrons de bars et voisinage, après une plainte. Nous voudrions également faire respecter le principe d’antériorité : si une personne emménage à proximité d’un bar, elle doit s’engager à accepter du bruit de temps à autre."

 

Il y a aussi un problème sur la licence d’entrepreneur du spectacle…

"Oui. L’activité principale des cafés-cultures est dans le débit de boissons, pas dans l’organisation de spectacles, et ils disposent de petites jauges, moins de 200 places. Malgré tout, certaines commissions les font parfois basculer dans une catégorie d’établissement recevant du public de type N (débits de boisson) à L (lieux de spectacles). Cela implique des obligations d’aménagement de l’espace et des normes de sécurité similaires à celles de grosses scènes. Les cafés culturels n’en ont absolument pas les moyens. Il faut donc mettre fin à ce surclassement."

 

Quels sont vos défis pour ces prochains mois ?

"Nous sommes en train de mettre en place une fondation d’aide à l’emploi artistique. Une part des cotisations sociales dues aux artistes sera versée directement aux caisses d’allocations. Elle pourra varier de 20 % à 80 % en fonction du nombre de personnes sur scène. C’est un système de financement mixte public-privé qui implique aussi bien des brasseurs que la Société des auteurs-compositeurs et éditeurs de musique (Sacem). Il devrait permettre de lutter contre les déserts culturels et aider les patrons de bars à accueillir davantage d’artistes."

 

Site de bar-bars : www.bar-bars.com

Un article détaillé sur le site du Centre d’information et de ressources sur les musiques actuelles

Alexandra Jore - Journaliste
Alexandra Jore - Journaliste

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