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    Rémy Ledoux : Wikipédia, c'est lui (aussi)

    Rémy Ledoux, Wikipédien nantais. Rémy Ledoux, Wikipédien nantais.

    Rechercher des informations sur Wikipédia est devenu un réflexe pour beaucoup d'internautes. Mais pour d'autres, les mettre à disposition est un loisir ! Comme le Nantais Rémy Ledoux, des milliers de personnes se plaisent à contribuer dans l'ombre à l'encyclopédie participative en ligne. Une communauté extraordinaire qui commence à déborder sur le monde réel. Rencontre avec ce passionné qui passe son temps libre à publier, corriger et vérifier les articles du site, fier d'être membre de la grande tribu de l'intelligence collective.

    Rémy a 61 ans. Vous le lisez peut-être sans le savoir, de temps en temps : cela fait 10 ans qu'il agit sur Wikipédia. Il y est arrivé par hasard. "On m'avait parlé de ce site à l'époque en me disant que c'était pratique. Puis, en lisant un article sur les bateaux qui était mal fichu, je me suis mis à corriger les fautes. C'est alors que j'ai reçu un mail d'un contributeur qui était très content que je corrige ses erreurs".

    À ce moment, il comprend la vraie valeur du mot "collaboratif ". Car sur Wikipédia, tous les talents et les regards se complètent au nom du savoir. Un savoir que les Wikipédiens souhaitent le plus pur et référencé possible. Dès lors, Rémy décide d'en être. "Je lisais déjà des bouquins sur la marine ancienne et les batailles navales. J'ai écrit une synthèse de mes premières lectures. Ça avait l'air de plaire, alors j'ai continué !"

    Loisir chronophage

    Sur le maigre chapitre "marine ancienne", il y avait de quoi faire, à l'époque. Et, si Rémy Ledoux avait déjà une bibliothèque bien fournie, Wikipédia l'a poussé à puiser dans de nouvelles sources. "Là, je dois avouer que ça s'est "aggravé ", je suis carrément passé à la littérature anglo-américaine, car c'est une source importante sur ce sujet. Du coup, je me suis mis à bien lire l'anglais, alors que ce n’était pas vraiment mon truc !", admet-il dans un sourire.

    Pour lui, c'est un loisir. "Particulier certes, mais un loisir". Qui prend du temps. Pourtant, malgré ses heures hebdomadaires passées penché sur le clavier, Rémy est considéré comme un petit contributeur. "C'est variable, selon le temps que j'ai : au pire, je passe une heure et demie par jour. Sinon, c'est une heure et demie par semaine." Il y a de quoi y passer sa vie. Car s'il faut certes enquêter pour trouver la bonne information, il faut aussi surveiller les articles. "Je garde à l’œil environ 3 000 articles". Gloups. "Je suis alerté à chaque modification, mais il y en a 2 500 qui ne bougent jamais !", rassure-t-il.

    Multiplication des éditathlons : une chance pour le patrimoine local

    Comme cela se fait ailleurs, le groupe local des Wikipédiens nantais s'allie avec les musées et autres institutions pour élargir le savoir ensemble. Ils ont débuté, il y a peu, un partenariat avec le musée Dobrée, où il s'agit notamment de former les membres du personnel sur ce qu'ils peuvent attendre de Wikipédia et comment ils peuvent y contribuer. L'idée serait d'organiser des journées, comme il en existe ailleurs, où les contributeurs s'associent aux spécialistes des musées qui fournissent les ressources pour compléter des pages sur un thème précis.

    "On l'a fait au Cadre Noir de Saumur, une école historique d'équitation, qui avait envie d'améliorer les articles en lien avec ses sujets de prédilection et nous a contactés. Nous nous sommes installés avec nos ordis dans leur bibliothèque avec les conservateurs, et nous avons travaillé les thèmes qu'il manquait sur l'équitation", précise le Wikipédien nantais Rémy Ledoux.

    Dans le même genre, le Musée d'histoire naturelle de Toulouse a, lui, répertorié ses réserves, jamais exposées, dans Wikipédia, ce qui a contribué à étendre le savoir "caché ", et a attiré aussi bien des internautes que des visiteurs en chair et en os vers leur institution.

    Des pages d'engueulade

    C'est cette surveillance accrue qui garantit l'intégrité (toujours discutée et discutable) de l'encyclopédie. Tout y est formellement organisé. C'est ce que Rémy aime expliquer. Lors de la modification d'un article, il est d'abord scanné par plusieurs robots, dont un au drôle de nom : Salebot. Grâce à un algorithme, celui-ci reconnaît les grosses bêtises. Puis ce sont les patrouilleurs qui vérifient, et ensuite les contributeurs qui contrôlent leurs listes d'articles, et discutent des modifications qui ont passé les premiers filtres.

    Car, oui, derrière chaque article Wikipédia se cache une discussion (onglet en haut à gauche) à laquelle vous pouvez accéder en un clic ! "On se dispute, on râle... Jusqu'au consensus. Il y a des kilos octets d'arguments pour des détails infimes ! Par exemple, sur l'article "Endive", il y a eu des pages et des pages d’engueulades sanglantes pour savoir si on allait écrire Chicon ou Endive !" C'est le genre de choses qui se passent dans la communauté. "Ça peut être rigolo ou désolant", résume le passionné en haussant légèrement les épaules.

    Jeu de piste et communauté mondiale

    Communauté, tribu, famille, ce sont des mots qui reviennent souvent dans la bouche de Rémy. "C'est bon enfant, car on partage la même aventure. Ce qui est bien, c'est que chacun fait ce qu'il veut faire. Certains sont par exemple satisfaits de simplement corriger les fautes, ou d'ajouter des liens hypertextes. Je connais une retraitée, en Charente, qui, elle, se plaît à fournir des illustrations des mairies et églises de son département, qu'elle prend elle-même avec son appareil photo !"

    Le tutoiement est de rigueur, l'entraide est de mise. Et, signe particulier des communautés internet : chacun est armé d'un pseudo, nul besoin donc de dégainer l'âge, le sexe ou les compétences. "Un jour, je me suis retrouvé à contrer les arguments d'un ancien officier de marine marchande, je ne savais pas qui il était à ce moment-là ! C'était rigolo. Mais j'avais mes arguments ! Désormais, je viens vers lui si j'ai des questions."

    Rémy est conquis. Pouvoir partager sa passion avec un Wikipédien exilé au Chili, fan de marine, ou un autre à Hawaï, le comble de plaisir. Entouré de ses bouquins, il s'installe dans son fauteuil, chaque soir, pour se mettre à la tâche. Parfois, il se lance des défis, comme par exemple farfouiller partout pour trouver de la documentation sur "les biscuits de mer", un article difficile à compléter vu l'exotisme du sujet (vous ne savez pas ce que c'est ? Wikipédiez l'article de Rémy !). "C'est comme une sorte de jeu de piste, ça m'occupe, ça me détend. Quand ça ne m'amusera plus, j’arrêterai. Je ferai ce qu'on appelle dans le patois wikipédien un wikibreak !"

    Un groupe local à Nantes

    Rémy n'est pas très proche du portrait robot du Wikipédien moyen, c'est-à-dire un jeune homme universitaire. Pas loin de la retraite, il travaille dans l'informatique au bureau d'étude du ministère de la Finance local, où ses collègues l'appellent d'ailleurs "M. Wikipédia".

    Car le passionné est allé plus loin depuis quelque temps : il s'est chargé de la mission "évangélisation", comme il le dit en rigolant. Comprendre : convaincre les sceptiques que Wikipédia n'est pas le mal incarné, si on en connaît les ressorts et subtilités. "Déjà, il faut rappeler la base : Wikipédia ne crée pas de savoir, elle reporte le savoir qui existe". Pour sensibiliser le public, il organise donc des rencontres et des ateliers d'initiation à la contribution*.

    Pour cela, un groupe local nantais s'est formé il y a un an. "Nous sommes des gens qui, au même endroit, jouent au même loisir, et qui ont envie de parler de l'outil. On est une demi-douzaine pour le moment." Tous les groupes locaux sont affiliés à l'association Wikimédia France, agréée par le Wikipédia américain. "Si quelqu'un veut contacter l'institution, sur le territoire, nous sommes les référents".

    17 000 Wikipédiens en France

    Rémy Ledoux est avenant, calme, ouvert. Et quand on lui parle de sa générosité, du fait de donner de son temps gratuitement pour le bien commun, il secoue la tête. "C'est comme donner une pièce à quelqu'un dans la rue ou prévenir son voisin que sa fenêtre est mal fermée, ce sont des gestes bienveillants qui ne nécessitent pas de retour ou de reconnaissance ! D'ailleurs, ce temps bénévole pourrait être donné ailleurs !"

    La somme de ces gestes désintéressés aboutit à un travail commun extraordinaire : l'encyclopédie existe en plus de 200 langues, et contient rien qu'en France 1 593 968 d'articles (sur 27 millions d’articles en tout dans le monde). Selon l'encyclopédie, ils seraient 17 000 à agir comme Rémy sur le territoire français. Qu'est-ce qui les guide tous ? Un même goût pour le partage ? "Je me suis déjà posé la question ! Certes, j'ai été scout dans ma jeunesse, je suis habitué à mettre en commun les énergies vers un résultat collectif. De là à dire que tous les Wikipédiens sont scouts ! Je ne pense pas. Mais c'est sûr que c'est une histoire de fou : chacun apporte une petite pierre, tout le monde regarde si c'est bien calé et ainsi de suite, la maison grandit."

     

    *Le groupe local nantais organise des rencontres dans les médiathèques de l'agglo (Orvault, Vallet...) et prévoit même de le faire dans les cafés et bars de Nantes. Contact : Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

     

    Pour aller plus loin :

    Jeanne La Prairie - Journaliste
    Jeanne La Prairie - Journaliste

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