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    Économie du livre

    Rencontre avec Éric Pessan : l’écrivain qui vit de sa plume, espèce en voie de disparition ?

    L'écrivain Éric Pessan L'écrivain Éric Pessan

    Certains disent qu’un écrivain, ça vit d’amour, d’eau fraîche et de belles lettres. Bien sûr… Et de sa plume alors ? Ça, c’est moins sûr… Pour le savoir, nous sommes allés parler droits d’auteur, à-valoir et charges avec Éric Pessan, écrivain reconnu qui vit à Saint-Fiacre-sur-Maine (44).

    Si vous passez le seuil d’une librairie, vous entendrez une fois sur deux quelqu'un – qui un client, qui le libraire – vous dire que "Les gens lisent de moins en moins". De fait, les chiffres du Centre national du livre (CNL) ne sont pas très encourageants, avec une baisse de 3,1 % en volume et 2,3 % en valeur. Ajoutez à cela ceux qui achètent un PDF à télécharger sur leur liseuse et ceux qui piratent. Car, oui, le piratage n’est pas réservé à l’industrie du cinéma. Selon le Syndicat national de l’édition (SNE), 14 % des lecteurs de livres numériques admettaient, en 2013, avoir déjà téléchargé une œuvre piratée.

    Malgré ce climat morose, Éric Pessan arrive tout sourire à notre rencontre. L’auteur de En voie de disparition et Parfois je dessine dans mon carnet revient tout juste du Pouliguen où il a participé à un salon du livre consacré aux petites maisons d’édition. Dans quelques heures, il file à la gare prendre un train pour Bordeaux afin de clôturer des ateliers d'écriture menés avec "Permanences de la littérature". Un homme bien occupé, donc… Loin de l’image d’Épinal de l’auteur passant ses journées derrière son bureau à écrire et boire des litres de café. Flaubert est mort, vive les auteurs contemporains !

    Tout de go, il lâche : " Je ne fais aucune concession sur ce que j’écris, mais j’en fais pour vivre". Et d’ajouter : "Il est évident que si je gagnais ma vie en tant qu’auteur, je ne ferais peut-être pas autant de rencontres littéraires, d’ateliers d’écriture et d’animations diverses…"


    Dessin d'Eric Pessan

    Dessin d'Eric Pessan

    Dessin d'Eric Pessan

    © Eric Pessan

    Le menu fretin du droit d’auteur

    Car là, on ne vous parle pas de faire une rencontre en librairie ou une séance de dédicaces dans un salon du livre. Ces activités inhérentes à toute promotion lors de la publication d’un ouvrage seraient pour le moins "normales". Non, non, Éric Pessan fait bien plus. "Je fais du para-littéraire" explique-t-il. "C’est parfois fatigant, mais j’ai malgré tout cette chance d’y trouver du sens". Le sens ? "Faire découvrir l’écriture à des collégiens. Redonner le plaisir de la lecture à des lycéens. Faire comprendre aux gens que la littérature contemporaine existe". Sans ce sens-là, tout cela ne serait qu’alimentaire… Bien loin des rêves littéraires.

    Pourquoi un auteur est-il forcé à cela aujourd’hui ? Parce que si l’auteur nantais est pourtant prolifique, ses droits d’auteur restent une petite part de ses revenus. Environ 10 % sur un roman ou un essai. 7 % pour un livre jeunesse. Sur un roman à 16,50 €, 1,65 € revient donc à son auteur. À cela, il faut ajouter un à-valoir versé par certains éditeurs. Pour son avant-dernier roman, Muette, Éric Pessan a vendu 5 000 livres papier. Dans ce cas-là, il a gagné 8 250 € de droit d’auteur. Mais quand il vend 500 exemplaires de son dernier roman paru chez Albin-Michel, Le Démon avance toujours en ligne droite (vendu lui à 20 €), qu’il considère lui-même comme un "échec commercial", il gagne 1 000 €… sur une année ! Alors, oui, l’auteur peut toujours se remettre en question sur les raisons de cet insuccès… Mais en attendant, il faut aussi manger.

     

    Dessin d'Eric Pessan

    Dessin d'Eric Pessan

    Dessin d'Eric Pessan

    © Eric Pessan

    L’auteur se mue en médiateur

    Le salut vient souvent des résidences d’écriture. Éric Pessan revient d’une qui s'est déroulée à Saint-Gervais-les-Bains (Haute-Savoie). Le CNL verse alors une enveloppe de 2 000 € brut par mois à l’auteur pour accomplir cette mission. Le deal est simple : 40 % de son temps pour la médiation et 60 % pour la création personnelle.

    Mais là encore, "le cahier des charges est de plus en plus épais". Parce qu’il y a moins d’argent public mis dans la culture et les actions éducatives. Alors l’auteur se mue parfois en médiateur et animateur socio-culturel. Là où la structure accueillante aurait pu recruter une personne dédiée il y a quelques années, l’écrivain pallie… et pâlit aussi parfois ! "Je travaille de plus en plus pour maintenir mon train de vie modeste. Ma part de droits d’auteur est stable, elle. Mais c’est le para-littéraire qui devient plus compliqué". Et énergivore. "Entre la préparation des ateliers d’écriture, la rédaction de publireportages pour promouvoir la ville d’accueil, les animations de rencontres littéraires… je sors parfois d’une résidence sans avoir écrit une ligne de mon roman en cours".

    Et puis quand on est aussi un mari et un père, il est compréhensible que les trois mois de résidence – sans toujours avoir la possibilité de fractionner – soient parfois difficiles à envisager. "J’ai l’impression que ces dispositifs sont pensés pour accompagner de jeunes écrivains. Alors qu’on a besoin de cela toute une vie". Pour couronner le tout, la Caisse nationale de retraite complémentaire des artistes auteurs vient d’augmenter son taux de cotisation de 5 % en 2016 pour atteindre 8 % en 2020. " Sarkozy en rêvait, Hollande l’a fait", sourit jaune Éric Pessan.

    "Pas un fétichiste du papier"

    Dessin de Gilles Bachelet

    Il y a deux mois, une étude commandée par le ministère de la Culture et de la Communication montrait que le revenu moyen d’un auteur avoisine les 1 500€ brut/mois. Si vous croyiez que tous les auteurs se vautraient dans le champagne comme Amélie Nothomb, vous vous trompiez ! Et Éric Pessan qui publie chez Albin-Michel, comme sa consœur chapeautée, sait très bien qu’il faut de gros succès à la Nothomb pour que son éditeur publie des textes plus confidentiels.

    "D’ailleurs, le marché du livre numérique touche bien plus les auteurs de best-sellers que les petits auteurs comme moi. C’est un succès papier qui assure le succès numérique. Personnellement, pour Muette, j’ai vendu… 17 livres numériques ! Je suis loin d’être un fétichiste du papier. La seule chose que le numérique fait apparaître – et ce sur quoi il va falloir être vigilant – c’est l’écart entre des auteurs confidentiels et des auteurs très connus qui se réduit considérablement. Ce qui laisse beaucoup moins de place pour les auteurs intermédiaires". Mais le souriant Éric Pessan conclut par un tonitruant : "La littérature ne mourra pas. Il y aura toujours des livres qui toucheront des gens. Et une solidarité entre ces réserves d’Indiens que sont les auteurs".

    Bon, ça nous rassure un peu… Et s’il fallait encore une bonne dose d’optimisme, il poursuit : "C’est super de voir un môme écrire des textes géniaux. C’est merveilleux de rencontrer un lecteur qui a fait 150 km pour voir la tête de l’auteur. Le livre garde encore une certaine importance. Quand je vois ces élèves me dire : “Je n’ai pas aimé votre roman, mais c’est vachement bien qu’il y ait des gens qui écrivent des livres”, je trouve ça optimiste. C’est la misère, c’est la crise, mais on continue !" Éric Pessan prend son sac à dos. Dernier au revoir. Ultime sourire bienveillant. Il file prendre son train. Il y a encore tant d’élèves à convaincre. Tant de livres à écrire. Tant de lecteurs à séduire… Les Indiens résistent !

     

    Pour en savoir plus :

     

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    Delphine Blanchard - Journaliste
    Delphine Blanchard - Journaliste

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