Actualités :

Recherche

Les ebooks à la Une


Folles journées
Folles journées Après Nantes voyage, les Romanciers Nantais ont réalisé un nouveau recueil en partenariat avec un événement phare de la…


Le FC Lorient
Le FC Lorient Troisième club professionnel breton, le FC Lorient est une valeur sûre du football français. De la première saison au…


C'était Ginette
C'était Ginette Première femme députée du Maine-et-Loire, comme l'indique le sous-titre du livre qui lui est dédié, Ginette Leroux était une…




  • Les feuilletons à la Une


    C'est vous qui le dites
    C'est vous qui le dites Puisqu'on vous le dit ! Cet espace vous est en effet réservé, sous réserve de prendre vous-mêmes la parole. Un point de vue à partager, un nouveau…


    Dans la roue d'Europ'raid
    Dans la roue d'Europ'raid La journaliste Delphine Blanchard embarque à bord d'une Peugeot 205 qui participe à l'édition 2017 d'Europ'raid. En 23 jours, elle va traverser 20 pays et parcourir plus…


    Chomlaik
    Chomlaik Marion Gommard-Jouan est partie à la rencontre "des artistes qui donnent à voir le monde". Au fil des histoires glanées sur plusieurs continents, et notamment à chaque…




  • Nos partenaires

    

    Du Puy du Fou à un village d'artistes vendéens

    Robert Favreau, la création en cascades

    Robert Favreau et en arrière-plan William, céramiste. Robert Favreau et en arrière-plan William, céramiste. - © Annie Rapin / Terri(s)toires

    Ancien cascadeur équestre et aventurier dans l’âme, Robert Favreau, 52 ans, a fini par donner un sens à sa carrière avec un projet fou. À Saint-Laurent-sur-Sèvre (85), il réhabilite une teinturerie industrielle abandonnée en un village d’artisanat d’art. Un concept hissé à hauteur d’homme, sans autres bagages que sa force de menuisier, ses trouvailles de bricoleur et sa capacité à imaginer. Une cascade de plus, pour "la beauté du geste".

    Un site à l’image du projet. Un trésor de nostalgie. Des milliers de mètres carrés de friche industrielle creusée dans les vallons en bord de Sèvre. Une forteresse de briques, de toits en cascades, des dizaines d’ateliers exhumant une fumée froide, et cernés par des murs de pierre. Il fut un temps où l’on y pressait l’emblématique mouchoir de Cholet. Il fut même un temps où la teinturerie, créée en 1867, fut le fleuron et le poumon de l’industrie saint-laurentaise avec 400 emplois, à son apogée. Un lys dans la vallée.

    "Quand je suis arrivé ici en 2001, c’était Germinal. Mais ça m’a plu. J’y ai vu un potentiel énorme… Je ne connaissais pas la finalité, mais je savais que j’allais trouver." À 41 ans, Robert Favreau venait d’acheter l’une des maisons bâties dans l’enclave du site ; s’y était installé avec femme et enfants. Depuis quatre ans, il était alors comédien cascadeur au Puy du Fou. Chef de la horde viking, chef de village, ou encore Saint Philibert dans La légende de Philibert, premier gouverneur dans l’arène gallo-romaine, à raison de sept représentations par jour. "À l’époque, j’étais le recordman des spectacles, au Grand Parc. Je pouvais jouer jusqu’à 7 h dans une journée." L’adrénaline. 6 000 spectateurs dans la fosse, ça fouette les tempes. "J’y ai appris à chorégraphier les combats à l’épée, à décomposer les étapes du risque. Je me suis découvert une véritable passion pour le jeu, l’esthétique du geste. J’adorais ça. Mais au bout de sept ans, j’étais rompu de fatigue. Et puis un problème aux cervicales m’a fait décrocher".

    Robert Favreau. Crédit photo Annie Rapin. Le regard se perd. En face de Robert, ses chevaux broutent devant le décor improbable du "Pôle Art" ; réveillent l’âme du cavalier déchu. Et resurgissent les souvenirs, bien avant l’apparition du Viking.

    Plusieurs vies

    Comme souvent chez les Vikings, tout commence par les chevaux. "Mon parcours a été dès le départ lié au milieu de l’équitation : je suis devenu très tôt accompagnateur en tourisme équestre et en parallèle cavalier professionnel en sauts d’obstacles. En 1985, j’ai mis le pied un peu plus haut à l’étrier en créant un centre d’équitation et sports de nature à Saint-Aubin-des-Ormeaux. Un travail de passion. Ça a duré neuf ans… jusqu’à ce que je me sépare de mon associé".

    Robert part à l’usine ; le regard s’assombrit. "Pendant six mois, j’ai fait les trois huit à Cholet, de la mise sous film." Dans l’enfer du rythme et des machines, le moral est en chute libre. "C’est à ce moment-là que Bruno Boisliveau est venu me chercher". Un ovni vendéen de la création équestre à la rescousse. Le fondateur des Cavaliers de l’aventure (compagnie de théâtre équestre) prend Robert sous son aile en 1995. Le début des années fastes. Et Robert, lui, se prend à jouer sa vie. "Ça a été le début de la grande aventure. En tant que cavalier animalier pour la troupe, je pouvais dresser aussi bien des cochons ou des dromadaires qu’un troupeau de moutons ! Et les chevaux…"

    Une période d’intermittence s’ouvre au fil des courants : l’année sur les routes, et l’hiver, les puissantes montées d’adrénaline à Paris, sous un chapiteau de 6 000 places. L’été, Robert intègre par le jeu des opportunités une société spécialisée dans la décoration événementielle. "À Cap Image, j’ai appris à bricoler, j’ai découvert la culture de l’objet, de l’objet d’art. J’ai même participé à la scénographie d’une exposition autour de Tintin et le Capitaine Haddock, au musée de la Marine." En 1997, c’est en conquérant que Robert entre au Puy du Fou. Jusqu’à ce que le rideau tombe.

     

    L’heure du choix

    "Quand je suis parti du Puy du Fou, je me suis interrogé sur mes expériences passées : quel était le lien qui les unissait… C’était le flou artistique, sans doute une déformation professionnelle ! Puis un jour, ça m’a sauté aux yeux. Les objets, les décors de spectacles, la rénovation… tout se recoupait avec la beauté du geste."

    Robert se forme à la menuiserie ; démarre quelques missions intérimaires d’agencement de cabines de bateaux et de prototypes. "De la grosse industrie. Je ne maîtrisais ni mon temps ni ma charge de travail. Le côté individualiste me manquait, je voulais créer mon propre emploi… et puis je savais que je ne deviendrais un bon menuisier qu’une fois arrivé à la retraite". Et le site de l’usine s’étale déjà sous ses pieds. Robert en trouve la finalité ; remise le casque de comédien, entame une formation de "responsable développeur de projet" et "s’arrache pour dégoter des aides". C’est la difficulté des projets innovants : "Il n’y a aucune case pour les accueillir".

    Pôle Art

    L'ancienne teinturerie industrielle, autrefois fleuron de l'économie à Saint-Laurent-sur-Sèvre. Crédit photo Annie Rapin. La teinturerie deviendra un village d’artistes. 2008, Robert achète une partie de l’ancienne usine : près de 1 500 m² à réhabiliter en ateliers et logements. "Je ne suis pas un investisseur, mais je sais qu’on peut limiter les risques au maximum. Alors j’ai commencé par revendre des milliers de bobines de fil en Tunisie, puis j’ai tout conçu comme si j’allais y vivre, avec le moins d’aides extérieures possibles. Hormis une aide régionale pour la toiture, aucune collectivité ne m’a soutenu financièrement". Deux ans de travaux. Transformer une usine à caractère historique en complexe artistique, c’est la dernière cascade qu’il revendique. Une sacrée pirouette, en plein début de crise économique. Et ça fonctionne.

    "Cinq artisans d’art habitent dans des logements adjacents à leurs ateliers. Ici, ce ne sont pas des bêtes de zoo, mais un endroit qui équilibre l’intimité due à la création et le rapport au public." William opine du chef. Jeune céramiste, il a fui la fébrilité nantaise. "Pôle Art est un endroit antiparasite, où se conjuguent facilement rigueur et ouverture. C’est un formidable moteur pour l’inspiration, un antidote au ramdam de la ville". Nathalie, elle, est sellière maroquinière. Formée aux ateliers Hermès, Vuitton, elle est tombée amoureuse du site et tente une carrière en indépendante.

    Robert Favreau. Crédit photo Annie Rapin. À terme, le Pôle Art accueillera sept ateliers d’artistes dont quatre équipés de logements. Tableaux et sculptures investiront les coursives. Des stages artistiques seront proposés au public. "Ce qui me fait le plus plaisir, c’est de sentir les artisans bien dans ce milieu", poursuit Robert. "Ils ont la banane ! Et il y a une émulation insoupçonnée". Un laboratoire artistique et humain, en quelque sorte, respectueux du processus de création ; un espace que Robert entend laisser vivre et évoluer avec bienveillance. "Aujourd’hui, c’est le geste des autres que je souhaite mettre en lumière. J’apprendrai à travers eux". Fin de l’aventure ? Non. Dans quelques semaines, Robert part faire le tour du monde avec sa famille. L’inspiration n’est pas prête de le quitter.



    Pôle Art, route de Roger, 85290 Saint-Laurent-sur-Sèvre.

    Contact : Robert Favreau au 06 22 56 70 24.

     


    Annie Rapin - Journaliste
    Annie Rapin - Journaliste

    Voir tous ses articles
    Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.
    Partager cet article :

    Dans la même rubrique :

    Vous n'avez pas le droit de laisser un commentaire ! Veuillez vous connecter ou vous abonner si vous n'avez pas encore de compte...