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    Chomlaik, ép. 3

    Tibet : Yeshi Lhundup, passeur de patrimoine

    Hou Cheychanrith Hou Cheychanrith - © Marion Gommard-Jouan

    Yeshi a quitté le Tibet lorsqu'il était jeune pour aller étudier en Inde. En février 2013, depuis Dharamsala (Inde), il a créé Tibet World qui est devenue une organisation reconnue. Cette plateforme participative favorise les rencontres entre le Tibet et le reste du monde. L'objectif est d'encourager les échanges culturels, de préserver la culture tibétaine, de scolariser les réfugiés tibétains et de les accompagner vers l'autonomie. Chaque semaine, l'organisation accueille aussi des spectacles folkloriques avec de la musique, de la danse et des contes. (troisième épisode du feuilleton Chomlaik)

     

    Comment avez-vous débuté dans le milieu artistique ?

    "Enfant, lorsque j'étais au Tibet, j'adorais la musique Peewang qui était très populaire. Mon frère aimait danser et chanter, mais il n'avait jamais essayé de jouer de l'instrument Peewang*. J'avais envie d'apprendre, mais personne n'en avait dans ma famille. Un jour, j'ai demandé à un ami charpentier de m'en fabriquer un. Il m'a répondu "Reviens demain, aujourd'hui je n'ai pas le temps". Je suis revenu le lendemain, et il m'a dit "Reviens demain, aujourd'hui je n'ai pas le temps". Ça a duré trois mois, jusqu'au moment où il m'a dit qu'il fallait que je lui apporte le bois pour fabriquer l'instrument. Mais je n'avais pas de bois, et il en faut un bien spécifique, qu'on ne peut trouver qu'en haut des montagnes. Je suis donc allé voir mon frère aîné et je lui ai demandé de m'aider. Il m'a répondu "Reviens demain, aujourd'hui je n'ai pas le temps". Le lendemain, rebelote. Ça a duré six mois de plus, et il a fini par aller dans la montagne pour me ramener le bois dont j'avais besoin. Au bout de quasiment un an, j'ai fini par recevoir mon premier instrument Peewang.

    J'étais berger, donc je chantais lorsque je marchais dans la montagne. Je n'avais pas une belle voix, mais dans la nature je pouvais faire autant de bruit que je voulais et ça me rendait très heureux. Parfois, je grimpais en haut de la montagne, dans des zones rocheuses, et je chantais puis écoutais l'écho de ma voix. J'ai commencé à apprendre la musique ainsi, par moi-même. C'est comme cela qu'on apprend là-bas, lentement ! En ville, c'est beaucoup plus facile d'apprendre la musique… mais, au moins, j'avais une chance : les moutons ne se sont jamais plaints de mes chants ! La musique faisait alors partie de notre quotidien, tout simplement.

    Sans l'art, la vie serait très ennuyeuse. Surtout aujourd'hui, car le monde est si bruyant : on entend des "ding ding ding" partout et tout le temps. Je trouve que la musique traditionnelle est très paisible et mieux connectée à notre nature profonde. C'est pourquoi je l'adore."

     

    Pourquoi les arts tibétains sont-ils importants ?

    "Avec la mondialisation, le monde devient plus petit. Tout est connecté. Mais si vous voyagez à travers l'Inde et que vous allez à Dharamsala, vous sentez quand même une différence. La culture y occupe vraiment une place particulière. La préserver est donc important, pas seulement pour les Tibétains, mais pour tout le monde, car toutes les cultures à travers le globe appartiennent à tout le monde. Aujourd'hui, nous sommes dans la recherche perpétuelle de nouveautés, et nous oublions les savoirs du passé. Les danses, les chansons et les contes du folklore tibétain sont très anciens, et c'est devenu très difficile de le retrouver dans la modernité du XXIe siècle. Mais ils font partie du patrimoine mondial, et si nous les préservons aujourd'hui c'est pour que tout le monde puisse en profiter. Les arts tibétains sont très liés à la paix et à la nature, et je pense que le monde a besoin de ça. Nous sommes responsables de la préservation de cet héritage, mais tout le monde peut nous aider, et au bénéfice de tous."

     

    Comment envisagez-vous le futur des arts tibétains ?

    "Je crois que les arts tibétains sont uniques et qu'ils peuvent apporter beaucoup au monde. Ils se déclinent en tellement de chants, de prières et de musiques bouddhistes, mais aussi beaucoup de pratiques qui améliorent l'harmonie avec la nature. Je pense donc qu'ils vont continuer à vivre. C'est bien entendu une bonne chose que les Tibétains puissent apprendre d'autres genres musicaux, mais il faut que des personnes d'autres pays et d'autres cultures puissent venir au Tibet pour apprendre sa musique. J'envisage de créer des programmes d'échange permettant le partage de cultures, et j'espère qu'en faisant cela les arts tibétains pourront vivre de nombreuses générations.

    Ce qui est incroyable, c'est que dans les montagnes tibétaines des gens vivent encore en harmonie avec la nature. Comme en Europe au XIIIe siècle, mais aujourd'hui. C'est très paisible et naturel, et cela se ressent dans l'art. Ils ne chantent pas pour se mettre en avant ou faire l'éloge d'une personne, mais pour célébrer la nature ! J'ai le sentiment qu'aujourd'hui nous sommes trop matérialistes et que nous n'apprécions plus la vie. C'est un problème, mais le monde change doucement. Si nous préservons les anciens savoirs, nous pourrons en découvrir de nouveaux. Si nous vivons dans la nouveauté en oubliant nos racines, la vie authentique, le monde court à sa perte. J'ai l'impression que certains pays sont déjà perdus… Le Tibet a été envahi, les Tibétains ont fui et se sont dispersés dans de nombreuses régions différentes, ce qui complique la préservation de la culture. Mais même dans des pays dans lesquels il y a des institutions d'État, la culture se perd.

    Préserver les traditions est donc l'affaire de tous, et cela ne signifie pas nécessairement dédier sa vie aux arts. Commencez par les apprécier : si vous vous intéressez aux arts et que vous partagez les bonnes choses avec le reste du monde, c'est déjà super."

     

    Avez-vous un message à faire passer ?

    "Je voudrais encourager tout le monde à garder vivantes les traditions de leurs parents et de leurs grands-parents. Et, en même temps, je voudrais les encourager à découvrir de nouvelles choses. Ne voyez pas votre culture comme la vôtre, mais comme la nôtre. Ce monde est notre foyer, donc rendons-le paisible, amical et joyeux ! Ayez de la compassion et de l'attention pour les autres, gardez la planète propre, et vous participerez à un monde plus pacifique."

     

    * Le Peewang est un type de viole tibétaine.

     

    Texte original de Marion Gommard-Jouan sur www.chomlaik.com (traduit de l'anglais).

     


     

     

    Près de Dharamsala, la nature inspire les artistes © Marion Gommard-Jouan

    Cliquer sur l'une des images pour l'afficher en grand.

     

     

     

    L'auteure

    Marion Gommard-Jouan, globe-trotteuse des arts vivants

    Marion Gommard-Jouan

    Marion n'a pas perdu de temps. Des études brillantes, une belle expérience professionnelle à l'étranger, un mariage d'amour, et maintenant un tour du monde comme voyage de noces… pas mal à seulement 26 ans. Après avoir grandi au Mans, la jeune femme aussi douce et souriante que déterminée a fait ses études à Nantes : une classe préparatoire, puis l'école prestigieuse Audencia, qu'elle a choisie pour son master spécialisé sur les organisations culturelles et son ouverture sur l'international. "Avant d'être diplômée, je suis partie au Cambodge. J’y ai été embauchée et en parallèle, j'ai suivi des cours du soir et ai terminé là-bas mon master en management des institutions culturelles."

    Elle occupe pendant près de quatre ans le poste de responsable communication pour Cambodian Living Arts et rencontre de nombreux artistes traditionnels. Leur vision de l'art l'interpelle et lui donne envie de la confronter à celle d'autres professionnels de l'art traditionnel à travers le monde. Un projet qui rejoint un autre rêve, planifié depuis des années avec son petit copain David Jouan, 29 ans aujourd'hui, amoureux de la Bretagne et marin aguerri : un tour du monde à la voile. Fin 2014, le couple fait un aller-retour vers la France pour se marier et Marion trouve une nouvelle mission, "six mois pour le festival Musiques Métisses à Angoulême". L'été dernier, ils achètent leur voilier, un monocoque en acier de 10 mètres.

    Après un voyage d'un mois et demi en Inde, Marion et David ont entamé leur tour du monde à la voile le 11 novembre dernier. À chaque escale, ils rencontrent des acteurs de l'art traditionnel, dénichés grâce à des associations locales, au réseau des Alliances françaises… et directement sur le terrain. Les interviews sont rassemblées sur un site, Chomlaik.com. "En khmer, chomlaik signifie étrange, bizarre. C'est un clin d’œil au Cambodge où est né le projet, et j'ai choisi ce nom parce qu’en faisant dialoguer ces artistes du monde, il ressort des similarités mais aussi parfois des différences étonnantes. On prend souvent l’autre, l’inconnu, l’étranger pour bizarre."

    En savoir plus : www.chomlaik.com / Marion Gommard-Jouan sur Linkedin

     

    Bonus : la danse magique de dauphins autour du voilier de Marion et David...

    Dolphins from Marion Gommard on Vimeo.

     

    Thibaut Angelvy

     

    Lire tous les épisodes du feuilleton Chomlaik

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