L'automne se drape de son écharpe en laine. L'hiver n'a pas encore enfilé son cache-nez, oscillant entre quelques rudes gelées matinales et de courtes, mais salvatrices après-midi lumineuses, peut-être par nostalgie d'une fin d'été à ranger dans l'album photo. Petit plongeon dans le passé d'un doux début de soirée sur l'ultime marché nocturne de Concarneau.
Le bambou du calligraphe
La ville close profite des derniers rayons de soleil de cette fin d'été pour faire bronzer ses vieux remparts. À quelques encablures, des badauds se promènent nonchalamment entre les allées du marché nocturne en devenir. Les camelots s'activent fébrilement. Les parasols fleurissent et les stands renaissent. Au milieu de ce sourd brouhaha, une discrète silhouette dispose calmement de petits tableaux sur un sobre tissu noir. Les formes épurées, délicatement ciselées, invitent l’œil curieux à un apaisant voyage aux confins d'une inspiration exotique. Le Maghreb. L'Atlas. La calligraphie arabe s'est invitée sur les étals bretons. L'artiste, Lahcen Oujddi, ne cesse d'arborer
un doux et accueillant sourire tout en conversant avec les passants sur les techniques de son art. Il travaille essentiellement avec des encres de chine et différents pigments naturels. Comme "plume", il utilise un calame (cf. dernière photo) qu'il sculpte lui-même à partir de bambou.
Arrivé en France depuis un an maintenant, il s'est lancé, au début de l'été, sur les marchés de Bretagne afin de proposer ses œuvres tout en essayant de rendre accessible au grand public la calligraphie arabe : "J'adapte la calligraphie à tout public en employant une démarche pédagogique assez simple pour la rendre abordable pour tout le monde". En plus de ces tableaux, il propose, moyennant cinq euros, la transcription du prénom des petits et des grands. Rapidement, les promeneurs s'arrêtent et attendent patiemment leur tour afin de voir leurs lettres se transformer en de gracieuses arabesques. Les regards ébahis des enfants jonglent avec les questions des parents : "Comment êtes-vous venu à la calligraphie arabe ? Avez-vous toujours fait ça ? Vous faites des expos ? "
Du sable marocain aux pavés de la place Royale
Né à Ksar El Khorbat, au cœur de l'oasis de Ferkla, dans la province marocaine d'Errachidia, Lahcen Oujddi, 31 ans, a été enseignant pendant dix ans, successivement en poste dans la région de Zagora et dans différents villages du Djebel Saghro. C'est à cette époque, "profitant du calme de la nature environnante et du lancinant rythme de la vie villageoise", qu'il travaille la calligraphie de manière quotidienne. C'est également durant cette période que, parallèlement à son activité professionnelle, il suit un cursus de sociologie à la faculté de Meknes. À son arrivée en France, en juillet 2010, il s'inscrit dans une formation en arts graphiques et communication visuelle, ce qui lui permet de découvrir la culture artistique occidentale et d'appréhender de multiples techniques de création artistique.
Mais celle très particulière de la calligraphie arabe, il l'a apprise en autodidacte. Tout d'abord enfant : "Je n'avais pas de jouets et donc comme tous les enfants de Ksar, je dessinais des lettres par terre et sur le sable, ce qui a renforcé ma soif d'apprendre l'art de l'écriture." Puis à l'adolescence, son frère Mouhamed, se passionne lui aussi pour cet art noble. Une saine et naturelle émulation pousse donc les deux frères à affiner leurs techniques et à sonder les profondeurs de la calligraphie. Mais cette passion trouve ses racines dans un passé plus lointain encore. "Au début de ma scolarité à l'école primaire, j'étais un enfant craintif et un peu paresseux et un jour, au cours d'une séance d'apprentissage de l'écriture, mon instituteur a remarqué que je maîtrisais bien le dessin de la lettre "ha" qui est assez complexe. Ses encouragements ont été pour moi un déclic et ont suscité mon intérêt pour l'écriture arabe."
Que penserait donc son vieil instituteur en voyant son ancien élève arpenter les marchés bretons pour faire découvrir aux Occidentaux cette technique ancestrale ? Lahcen n'a pas attendu la réponse. Il ne manque pas une occasion de présenter ses œuvres sur les marchés d'art et de créateurs tout en proposant des ateliers et des cours de calligraphie. Il a ainsi participé à différentes manifestations dans le Grand Ouest : de Clisson à Concarneau, en passant par Locronan, Camaret, Plozévet et bien sûr Nantes où il sera en cette fin d’année.
Un printemps arabe en automne
Le calame, en bambou ou en roseau, est l'outil dont se sert le calligrapheDésormais loin de son désert natal, Lahcen creuse en effet son chemin dans la Cité des Ducs, et bien que la route soit sinueuse, il n'oublie jamais la chance qu'il a d'avoir pu réaliser son rêve d'artiste itinérant. Ce qui ne l'empêche nullement, au contraire, de suivre de près l'actualité du monde arabe et celle du Maroc en particulier. "Ce printemps arabe est une source importante d'inspiration, notamment sur les thèmes de la justice et de la liberté. Ma vision est basée sur le côté individuel dans le changement, c'est-à -dire que chacun doit faire sa propre révolution en remettant en cause les idées et les comportements. Certes, la critique du système et des dirigeants est nécessaire, mais il faut surtout des citoyens responsables…" Artiste, Marocain, Nantais, citoyen, responsable, Lahcen conjugue son histoire et sa destinée à tous les temps, semant sur son passage de douces arabesques.
Avant d'arpenter le marché de Noël de la place Royale, à Nantes, Lahcen participera au festival "Les artisans voyageurs" à Peloueille les vignes en Maine-et-Loire du 17 au 20 novembre, tout en continuant à être régulièrement présent sur le marché de Talensac le samedi et le dimanche matin.
Lahcen Oujddi : 07 86 50 30 49, Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. ,





















