La rue vers l'art

Yui en l'air face à une conductrice de bus Yui en l'air face à une conductrice de bus

Magie, parades urbaines, acrobaties, pyrotechnie, mais aussi arts plastiques, danse, musique, théâtre... bienvenue dans l'univers inclassable, populaire et imprévisible des arts de la rue. Il repose sur une contrainte précise qui fait aussi son charme : regrouper des créations conçues pour interagir avec l'espace public et les habitants. Une démarche artistique très ancienne qui se poursuit aujourd'hui avec l'ambition d'inventer de nouvelles scènes et de se rapprocher toujours plus des publics non initiés.

"La ville est une scène à 360 degrés", affirmait Michel Crespin, fondateur du festival d'Aurillac en 1986. Les arts de la rue sont en effet conçus pour l'espace public : sur des places, des trottoirs, mais aussi dans des gares, des usines, sur les berges d'un fleuve, voire chez les habitants... l'art n'existe alors que pour et par la ville et entre en résonance avec ceux qui y vivent. Divertissants, populaires, inventifs dans l'interaction avec le public, les arts de la rue puisent leur source dans des traditions très anciennes : celles des mimes et des jongleurs de Syracuse, des saltimbanques du Moyen Âge, du théâtre forain des 17e et 18e siècles... Au fil du temps, ils n'ont eu de cesse de toucher des publics étrangers aux arts élitaires, de ne pas disjoindre l'art de la vie. Voire même du politique : instrument d'agitation et de propagande au moment où la Russie bascule dans la révolution rouge, ils servent aussi la cause des opposants à la guerre du Vietnam dans les années soixante. Trublions, ils n'hésitent pas à s'inspirer de l'actualité et à pénétrer par effraction, voire en infraction, dans la rue.

En France, le mouvement s'est structuré dans les années quatre-vingt avec des troupes aujourd'hui reconnues, comme Royal de Luxe, Oposito ou Transe Express, qui privilégient les scénographies monumentales et les déambulations spectaculaires. Des lieux de fabriques et un centre de ressource  et de création nationaux (Hors les murs et Lieux Publics) ont alors émergé. C'est aussi à cette époque que sont apparus les festivals de Châlons et d'Aurillac... ils sont aujourd'hui pas moins de 217 à présenter les arts de la rue ! Au risque de standardiser la création et de l'enfermer dans une prison dorée ? C'est en tout cas l'un des points de vue évoqué dans notre interview croisée des directeurs des Centres nationaux d'art de la rue de Bretagne et des Pays de la Loire, le Fourneau et la Paperie. Claude Morizur et Éric Aubry y parlent sans langue de bois de leurs collaborations avec les pouvoirs publics, de l'utilisation des nouvelles technologies, des échanges à l'échelle européenne, ou encore des tendances en termes de création.

De nouvelles générations (Ex Nihilo, Zur, Opéra Pagaï) revisitent en effet les traditions, mélangent les genres, et vont chercher le public là où on ne les attend pas. Elles mettent aussi de plus en plus souvent l'accent sur l'intime et la poésie. Le travail de la compagie P2BYM, qui danse sans prévenir dans les abribus, les passages piétons ou encore, de nuit, au pied des lampadaires, illustre parfaitement ce mouvement. Désormais, les artistes sont également amenés à s'emparer d'enjeux citoyens, à s'inscrire sur les territoires dans la durée et à infuser l'esprit des lieux. Ils s'inspirent donc de l'imaginaire et du quotidien des habitants, interagissent avec eux. C'est tout l'esprit des Chantiers imaginaires, un projet sur mesure mené par Boueb dans une zone d'aménagement concertée près de Rennes.

Contexte économique délicat, reconnaissance de l’État, mais budget insuffisant (1,5 % du total dévolu au spectacle vivant en 2010) ; malgré ces incertitudes, les arts de la rue évoluent, bouillonnent plus que jamais et réinventent en permanence de nouveaux rapports entre l'art et les citoyens.

 

Liens :

Hors les murs (notamment pour les extraits vidéo du DVD Esthétiques des arts de la rue)

Lieux publics

La Paperie (Angers)

Le Fourneau (Brest)

 

NB : La saison d'art de la rue bat son plein entre avril et septembre, il reste donc deux mois pour en profiter ! Vous trouverez d'ailleurs une partie de la programmation de la Paperie et du Fourneau dans notre espace agenda, et la totalité sur leurs sites internet respectifs.

 

Au sommaire du dossier :

Interviews croisées Paperie-Fourneau

Mutations artistiques au cœur des territoires

arts de la rue : la compagnie Oposito

Projets de territoire, utilisation des nouvelles technologies, échanges artistiques à l'échelle européenne... Claude Morizur et Éric Aubry, directeurs des Centres nationaux d’art de la rue de Bretagne (Le Fourneau) et des Pays de la Loire (la Paperie) décryptent les évolutions du secteur.

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Dans le quartier de Maurepas, près de Rennes

Bouèb, ouvrier avec opinion sur rue

arts de la rue : bouèb et ses chantiers imaginaires

 

À la demande d'urbanistes et de sociologues, l'artiste Bouèb s’est branché sur la fréquence des habitants d'un quartier en pleine mutation, près de Rennes. Résultat : un chantier imaginaire, entre réalité future et aspirations actuelles...

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Sôto, triptyque pour un abribus, un passage piéton et un réverbère

Danse avec la rue


Quand la danse s’inspire de la rue… Sôto, triptyque pour un abribus, un passage piéton et un réverbère débarque sans prévenir dans les villes, de jour comme de nuit. La compagnie P2BYM prouve ainsi que dans l’espace public, le moindre geste résonne.

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Alexandra Jore - Journaliste
Alexandra Jore - Journaliste

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