Noir sur Loire

Pouy par Francis Mizio Pouy par Francis Mizio

Pouy était une fois dans l'Ouest. JB pour Jean-Bernard, également surnommé le "papy du polar" – "paraît que je suis une caution historique, à défaut d'hystérique" – a jeté l'encre ici il y a longtemps. "J'ai épousé une femme qui avait une maison à Paule, entre Carhaix et Rostrenen. Et je m'y suis plu. Le hasard s'est transformé en coup de cœur. J'adore les gens de là-bas, ce qu'il s'y passe. La maison est toujours là. Je pourrais peut-être quitter Paris pour m'y réfugier bientôt."

JB pour "J'aime la Bretagne", donc. D'autant que le monde du roman noir a suivi. Lamballe, Concarneau, Douarnenez, Quimper, Penmarc'h, Quimperlé… Les festivals ont poussé sur la lande, au fur et à mesure que le genre s'enracinait dans le granit. "Au point de faire du polar régionaliste avec Léo Tanguy, personnage enquêteur créé par l'ami Gérard Alle", et dont les livres sont estampillés… "produit en Bretagne". JB a évidemment s(a)igné le sien : Rosbif saignant.

Et si tout ce noir avait été charrié un peu plus au sud, par la Loire, dernier fleuve sauvage qui crache toujours ses alluvions à la gueule de Saint-Nazaire. "Celle qui a ouvert le bal avec le festival du Crime, avant de s'arrêter brutalement au bout de dix ans. Ça m'a déprimé. J'ai un affect particulier pour cette ville industrielle ouvrière, patrie de l'anarchosyndicalisme, terre des "Castors", avec sa culture, sa poésie particulière…" Pas étonnant que Le poulpe, film inspiré du héros imaginé et partagé par Pouy, ait été tourné là-bas. "Guillaume Niclou, le réalisateur, voulait un port "brumeux et sinistre". Donc…"

Certes, il y a eu aussi le festival de La Roche-sur-Yon, à la même époque. Enterré lui aussi. Et c'est finalement à Mauves que le noir s'est échoué. Il y a dix ans cette année. "Un petit rendez-vous très sympa, qui a réussi à fédérer son monde. Je les ai presque tous faits". Là, toujours au bord de la Loire, à quelques bornes de Nantes, où le couple d'auteurs Francis Mizio et Lalie Walker ont posé leurs plumes, où d'autres se font un nom – Hervé Sard, Emmanuelle Petit ou Stéphane Pajot qui vient de sortir son Léo Tanguy.

"Nantes qu'on a combattue au profit de Saint-Nazaire – c'était la fin des chantiers Dubigeon – mais où j'ai des attaches, à commencer par L'Atalante, un de mes éditeurs. J'y vais dès que je peux". Pour une soirée au Melting Potes avec Mizio, pour un apéro-dédicace à la nouvelle librairie L'Étoile Polar… "Alors que je suis parisien, que mes racines sont plutôt au sud, je me rends compte que je préfère le Nord et la Bretagne. Je veux dire les gens, pas les korrigans et le biniou. Ils sont comme dans les grands romans paysans : les relations sont difficiles au départ , mais deviennent fortes et tranquilles avec le temps. Avec eux, on ne se prend pas la tête. Juste le foie."


Jean-Bernard Pouy et Francis Mizio viennent de rédiger la biographie d'Alfonso Vermot Y Carambar, aide de camp de Bolivar et inventeur de la devinette, sur la base d'échanges épistolaires. Parution le 16 avril, Jean-Paul Rocher éditeur, 10 €.

 

 

Au sommaire :

Mauves en Noir : le festival haut comme dix tomes

Dix ans que Mauves a le regard noir. Après Saint-Nazaire et la Roche-sur-Yon, au siècle dernier, le polar a finalement retrouvé les bords de la Loire. Dans un festival où les auteurs se sentent bien, à la maison, entre les huîtres et le muscadet. De quoi voir la vie en rose.

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L’interview fleuve (noir) : Mizio, drôle de flamingo


C’est un drôle d’oiseau gesticulateur, "multibouineur et bourré de visions", comme dit son site web*, qui a débarqué à Nantes l’été dernier avec sa compagne auteur de polars, Lalie Walker. Géniteur d’une bonne vingtaine de bouquins, Francis Mizio est bien plus qu’un auteur de romans noirs parfois comiques qui aurait donné dans la SF sociétale et le théâtre engagé, à ses heures perdues et entre autres.

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L'Étoile Polar à Nantes : une couche de noir sur les murs

Pas besoin d’attendre qu’il fasse nuit pour voir briller cette jeune étoile. Ouverte depuis le 11 mai 2010, à Nantes, la librairie spécialisée dans la littérature noire est devenue un drôle de repère. Car autour de son libraire Joël Gastellier, amateurs de sensations fortes et de bons vins ont pris l’habitude de se retrouver rue de la Bastille… Sans doute histoire de calmer les claquements de dents après leurs sombres lectures.

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Avec l'association Fondu au Noir, les lycéens se mettent à table


Questembert et ses halles du XVIe siècle qui, dans la pénombre d’une fin de journée, offrent un vrai décor de polar. Surtout pour un jeune du lycée Marcelin-Berthelot tout proche. Car depuis plus d’un an, des professeurs entraînent élèves et collègues dans les profondeurs du roman noir… Avec la complicité de l’association nantaise Fondu au Noir, le temps de deux conférences : sur la place de la femme et sur l’image de la société dans cette littérature. Trouvera-t-on des indices ? Un coupable ?

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Image de Une : photo de Jean-Bernard Pouy, par Francis Mizio.

Olivier Retail - Journaliste et rédaction en chef
Olivier Retail - Journaliste et rédaction en chef

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