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    Exodes, ép. 4/4

    Au bout de la route - La mer, à l’infini

    La couverture d'Exodes, de Jean-Marc Ligny. La couverture d'Exodes, de Jean-Marc Ligny.

    Olaf et Risten ont fui leurs îles Lofoten pour se lancer dans un voyage désespéré vers le sud. Avec une chimère en tête : les îles Kerguelen, perdues dans l'océan Indien, ont peut-être été épargnées par le déchaînement des éléments naturels. Mais le début de l'odyssée est encore plus difficile que prévu, et leur situation dramatique. Dernier extrait d'Exodes, de Jean-Marc Ligny.

    La mer, à l’infini. Des courants, des tourbillons, une houle ourlée d’écume qui se brise sur des hauts-fonds. Des îlots émergeant çà et là, anciens sommets de collines basses devenus langues de boue sablonneuse, arasées par les vagues et les marées. Une morne étendue d’eau grise ou brune, clapotant au-dessus de ce qui était jadis des champs, des routes, des villages. Des lagons plus profonds, signalant la présence d’anciens lacs ou fjords. Par endroits, plantés dans les flots, des vestiges que les tempêtes n’ont pas encore achevé de couler : mâts d’éoliennes tordus et tronqués, clochers d’églises décapités, pans de murs effrités, piliers d’anciens ponts aux haubans sifflant dans le vent, pylônes en dentelle de rouille, morceaux de remblais de routes délités par les courants… ou – plus incongru – un arbre mort, mais solide encore, défiant la mer sur un confetti de terre détrempée. Là où jadis s’érigeaient des villes plus importantes, la compacité des bâtiments a fait qu’ils ont un peu mieux résisté ; ils évoquent alors les ruines d’une Venise en voie d’engloutissement, dont on distingue encore les tracés des rues balayées par les vagues, les formes des quartiers contre lesquels butent des gerbes d’écume, des chicots d’arbres pétrifiés tendant leurs doigts noirs vers le ciel. Et puis des navires échoués sur des bancs de sable et rongés par la rouille, des grues portuaires les pieds dans l’eau, des jetées balayées par les lames… On reconnaît aussi, le long d’une ligne globalement orientée nord-sud qui devait suivre le tracé de la côte, des lambeaux de digues de pierre et de béton grossier, sans doute érigées à la hâte dans le vain espoir de juguler la montée des flots que la mer s’acharne à niveler avec une patience et une opiniâtreté éternelles. Parfois, quand la mer est calme, quand le soleil se faufile entre les nuées, quand ses rayons pénètrent dans l’eau sous le bon angle, on peut deviner, pas loin sous la surface, des villages, des routes et des champs, des bois engloutis, des épaves indéfinies, le tout enseveli sous une couche de boue uniforme où ne pousse aucune algue, que ne surnage aucun poisson.

    Tel est le paysage qu'Olaf et Risten parcourent depuis vingt-quatre heures à bord du Ragnarok, tout aussi épuisés que le chalutier qu’ils pilotent. Une vision de fin du monde, assurément, accentuée par le ciel gris et bas rarement percé par le soleil, et qui dilue un jour terne et maussade. Si, dans les Lofoten ou le long des côtes montagneuses et découpées de Norvège, la montée du niveau de la mer est plus ou moins une vue de l’esprit, ici, dans les basses terres du Danemark et de l’Allemagne du nord, elle prend toute l’ampleur de sa désolation. Il n’en reste que des chapelets d’îles, où subsiste peut-être un reliquat de population blotti dans des hameaux reconstitués, ou bien il n’y a plus personne, rien ne pouvant résister aux assauts furieux de la mer. Olaf ne cherche pas, ne veut pas le savoir : quoi qu’il en soit, ce ne peut être que l’horreur. En tout cas le Skagerrak n’existe plus, ou du moins n’est plus un détroit : la mer du Nord et la Baltique mêlent leurs flots brunâtres et tumultueux, pollués par tout ce qui y est englouti, et où nulle forme de vie n’est venue remplacer l’ancienne, désormais ensevelie sous la boue des hauts-fonds.

    À cours de vivres et d’eau douce, Olaf et Risten sont affamés, assoiffés, épuisés et malades (ils ont quand même mangé leurs maquereaux toxiques, bu l’eau dessalée réservée à la catalyse), mais Olaf ne veut pas bifurquer vers l’est, ne veut pas voir ce qu’il est advenu de Kiel ou d’Hambourg, ne veut avoir aucun rapport avec les survivants – s’il en reste – de ce cataclysme. Il poursuit plein sud sa route opiniâtre vers le cap qu’il s’est fixé : le phare de Roter Sand, au large des Frisonnes orientales, à deux cents milles environ de son dernier point au niveau de Thisted. Soit une grosse journée de navigation, si le temps demeure clément et si personne ne les attaque – mais il y a peu de risque de trouver ici des survivants qui en soient capables. À partir de là, il bifurquera vers le sud-ouest et « survolera » la Hollande – dont il ne doit plus rien rester, hormis quelques vagues reliefs du côté de la frontière allemande – puis la Belgique pour atteindre la France, où il espère enfin trouver un port en état de fonctionnement et, si possible, à l’accueil pas trop hostile. S’il suit une route rectiligne, il a calculé qu’il passerait pile "au-dessus" de Groningen, Amsterdam et La Haye… Pas sûr que ce soit une bonne idée.

     

    Extraits d'Exodes, de Jean-Marc Ligny, Éditions l'Atalante, 2012, 544 pages, 23 €.

    Achat en ligne sur le site de l'Atalante ou sur celui de la Fnac.


    L'auteur : Jean-Marc Ligny

    Une plume fantastique solide comme un rock

    Jean-Marc Ligny - auteur de ExodesDes riffs de rock des années soixante-dix au monde dévasté de 2300, Jean-Marc Ligny cultive un petit côté destroy. La trilogie d'anticipation écologique qu'il est en train de terminer* est pourtant constructive, car l'auteur de science-fiction alerte sur les possibles conséquences des erreurs d'aujourd'hui. Portrait d'un rêveur de futurs qui a les pieds sur terre […]

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