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    Folles journées, ép. 1/4

    C'est quoi, cette mélodie ?

    Couverture du recueil de nouvelles "Folles journées" Couverture du recueil de nouvelles "Folles journées"

    Premier extrait du recueil Folles journées des Romanciers nantais. Dans cette nouvelle de Jean Duby, une magnifique et mystérieuse mélodie obsède tellement le narrateur… qu'elle va changer le cours de sa vie !

     

    Nous méritons toutes nos rencontres. Elles sont accordées à notre destinée.
    François Mauriac


    Ce matin, au réveil, j’avais une petite mélodie qui me trottinait dans la tête, vous savez, ce genre de chose qui vous envahit le cerveau au lever et ne vous quitte plus de la journée. Chanson, musique de film, classique, petite phrase, que sais-je encore ? On l’identifie très rapidement mais la question est : pourquoi ce matin ? L’ai-je entendue hier ? Est-ce une réminiscence d’un rêve de cette nuit ? Et, bien sûr, plus on cherche moins on trouve. Les souvenirs n’aiment pas être bousculés et ils prennent le temps de réapparaître quand bon leur semble.

    Pour moi, c’est plus grave. Non seulement je ne sais pas d’où cela provient mais je suis incapable de mettre le moindre titre ou auteur sur ce morceau qui, d’ailleurs, est très court et tourne en boucle dans mes neurones. Évidemment je connais cette mélodie et je l’aime beaucoup mais qu’est-ce que c’est ? Introduction d’une chanson à la mode ? Musique de film ? Morceau de classique ? En tout cas, cette mélodie est sublime, triste et joyeuse à la fois. Les
    notes qui s’égrènent me font penser à des gouttes de pluie sur une vitre un triste jour de septembre et, cependant, c’est presque dansant, apaisant. J’ai envie de me balancer doucement au rythme du tempo. Je l’écoute qui ruisselle dans ma tête. Dommage que je ne me rappelle que quelques notes. Rien d’autre ne vient, aucun repère, la seule chose dont je suis certain : c’est du piano. Bon, laissons la ritournelle faire son chemin, il faut que je me prépare pour aller au travail, ce n’est pas encore le week-end.

    Sous la douche, je me surprends à fredonner :
    ta titatitati tata ti titatitatitati tata…
    Ça s’arrête là, j’ai beau me creuser les méninges, je ne trouve pas la suite et cela commence sérieusement à m’énerver. Allez, au travail, j’ai une journée chargée en rendez-vous, c’est pas le
    moment de rêver.

    Le petit refrain est parti, effacé par les obligations professionnelles et, plus fort, en rentrant à la maison le soir, je n’arrive même plus à me le rappeler. Tout compte fait, ce n’est pas plus mal, je
    vais pouvoir dormir tranquille.

    Sept heures du matin. Je suis réveillé en sursaut par la balayeuse qui arpente ma rue, précédée par les employés municipaux avec leurs souffleuses qui pétaradent sous mes fenêtres. C’est un peu tôt pour un samedi, moi qui comptais faire la grasse matinée.
    J’émerge lentement de la nébuleuse du sommeil, m’étirant avec volupté. Brusquement, la mélodie est là, elle est revenue et m’emplit la tête comme si j’avais les oreilles collées à deux baffles stéréo, c’est fou ! Bondissant du lit, je me précipite vers la cuisine et allume la radio pour faire taire ce refrain, m’efforçant d’écouter les infos du jour. Le journaliste d’Europe 1 déroule la liste des infos : crimes, accidents, attentats, état d’urgence, grèves, manifestations, casseurs, baratin sur les prochaines élections présidentielles, homme politique mis en cause pour harcèlement… De quoi avoir le moral pour la journée ! Heureusement il y a la météo qui est optimiste mais, ne nous réjouissons pas trop, elle se trompe souvent. Bon, pendant mon petit-déjeuner je vais passer sur France Musique. Au moins là, je ne serai pas déprimé.

    Ah non ! À peine sur la station, j’entends « ma » musique et, bien sûr, c’est la fin du morceau et ils ont dû donner le titre avant la diffusion ! Je suis sûr que quelque chose ou quelqu’un m’en veut. Inutile d’insister, j’éteins le poste et ouvre les volets. Il fait un temps magnifique en ce début juillet. Que vais-je faire aujourd’hui ? Et si j’allais à la mer ? Allez, c’est dit, je file à Pornic mais d’abord passer au supermarché pour acheter des sandwichs et une bonne bière. Un « jambon beurre œuf mimosa », un « crudités cheddar », une Affligem blanche, voilà, j’ai de quoi tenir la journée. Je me dirige vers les caisses.
    Soudain le morceau de musique retentit mais ce n’est pas dans ma tête, c’est dans le magasin ! Je me retourne, cherche d’où vient le son, il a stoppé net. J’y suis ! Un téléphone, c’est la sonnerie d’un portable ! Je scrute les clients mais, hélas, dénombre au moins une dizaine de personnes la main collée à l’oreille comme si on leur avait greffé un Smartphone, ou alors, ils se prennent tous pour Gilbert Bécaud ! D’autres parlent tout seuls, rient ou rouspètent, sans doute munis d’une oreillette.

    Je ne vais quand même pas aborder tous ces gens pour leur demander d’entendre la sonnerie de leur portable, je vais passer pour un malade ! Je hausse les épaules et reprends le chemin des caisses. De nouveau la petite musique, là, juste derrière moi. Je me retourne et découvre une jeune fille tapotant son appareil pour répondre à l’appel. Elle continue ses courses tout en discutant. Feignant de m’intéresser aux rayons, je la suis discrètement, attendant la fin de la communication. Ça y est, elle a raccroché… Je m’approche doucement. Elle est jolie comme un cœur !

    — Excusez-moi, Mademoiselle, puis-je vous demander un renseignement ?

    — Je… Oui, si je peux vous être utile.

    — C’est au sujet de la sonnerie de votre portable, pouvez-vous me dire ce que c’est ?

    La jeune fille me regarde avec surprise puis un sourire espiègle se dessine sur son charmant visage :

    — Alors vous ! Vous êtes un original, je ne connaissais pas encore cette façon de draguer !

    — Mais je ne vous drague pas ! Cet air, je l’ai dans la tête depuis deux jours et je n’arrive pas à trouver ce que c’est, alors comme vous l’avez dans votre téléphone, j’ai pensé que vous saviez de quoi il s’agissait ?

    — Hélas non, quand j’ai acheté ce portable, il y avait plusieurs sonneries préenregistrées. J’ai choisi celle-ci parce que je la trouvais agréable. Quant à vous donner le titre…

    — Ah, dommage… Peut-être que votre opérateur…

    La sonnerie de nouveau.

    — Non, non, ne décrochez pas tout de suite, laissez-moi écouter !

    — Mais si, je dois répondre ! Excusez-moi un instant.

    Je continue à l’observer et vois son visage se décomposer lentement tandis que deux larmes glissent sur ses joues satinées et j’entends un incroyable : « Va te faire foutre ! ». Elle se retourne et vire au rouge pivoine :

    — Pardon !

    — Il n’y a pas de mal. Vous avez des ennuis ?

    — Je…

    — Allez, si je peux, à mon tour, vous être utile.

    — C’est… C’est mon petit ami, il vient de m’apprendre qu’il avait trouvé une autre fille et qu’il me laissait tomber !

    — Et il fait ça par téléphone ? Quel goujat, à mon avis vous ne perdez pas grand-chose !

    — Vous avez raison, je l’ai déjà oublié !

    — N’empêche, larguer une jolie fille comme vous.

    — Vous n’êtes pas mal non plus…

    — ...Et, pour la sonnerie ?

    — Je vais essayer de me renseigner, donnez-moi votre 06, je vous donne le mien.

    — J’y pense tout à coup, vous êtes libre comme l’air maintenant, je partais au bord de la mer, voulez-vous venir avec moi ?

    — Après tout, pourquoi pas ? Ça me changera les idées ! Je m’appelle Manon.

    — Et moi Guillaume, allez, en route pour la grande aventure !

     

    Quelle magnifique journée à la plage avec, pour commencer, un petit arrêt dans le centre- ville de Pornic pour que Manon s’achète un maillot de bain !

    Allongés sur le sable parmi la foule des estivants, nous avons somnolé un moment puis, pour nous rafraîchir, un plongeon dans la grande bleue en riant et folâtrant comme deux gamins. De retour sur le sable, bercés par le cri des mouettes et le ressac, nous avons fait une petite séance de bronzage. Je lui ai pris la main, elle ne l’a pas retirée…

    Après la bronzette, une petite marche au bord de l’eau dans les vaguelettes de la mer étale s’imposait. Tout en discutant, j’ai appris qu’elle travaillait dans un institut de beauté, ce qui ne m’a guère surpris. Quant à moi, je lui ai avoué que je vendais des assurances. Cerise sur le gâteau, nous sommes âgés tous les deux de vingt-trois ans !

    Je crois que je suis en train de tomber amoureux et il me semble que c’est réciproque… Nous nous revoyons samedi prochain pour une nouvelle virée. Entre-temps nous allons essayer de trouver ce qu’est cette fichue mélodie.

     

    J’ai beau chercher, je ne trouve rien et n’ai aucun indice pour faire une quelconque recherche sur le web. Plus je réfléchis, plus je trouve étrange cette mélodie qui s’est imposée à moi. Sans elle, je n’aurais jamais connu Manon. Prémonition ? Coup de pouce du destin ?

    Le téléphone sonne, c’est elle justement.

    — Bonjour Manon.

    — Salut Guillaume, je suis désolée mais je n’ai rien trouvé. J’ai questionné des amis mais personne n’a pu me répondre positivement. J’ai pensé à quelque chose : et si tu allais voir dans un magasin de musique ?

    — Hum, je me vois très bien me pointer dans le magasin et entonner mon petit air, d’autant que je chante comme une casserole, il y a peu de chances qu’il soit reconnu ! Attends… Mais oui,
    c’est ça ! Je vais essayer de réécrire la partition !

    — Tu t’y connais en musique ?

    — Euh, j’ai fait un peu de solfège à l’école et j’ai dû garder les manuels. Je fais aussi un peu de guitare, je vais y arriver !

    — Alors, bon courage. Tu me tiens au courant, hein ?

    J’ai ressorti ma guitare de sa housse. Bien évidemment, elle est complètement désaccordée, depuis le temps que je n’ai pas joué mais, avec le diapason, j’ai vite fait de tout remettre en ordre :

    MI LA RÉ SOL SI MI.

    Bien, maintenant, trouver la première note. J’ai tellement l’air dans la tête qu’elle vient sans difficulté : c’est un SI. Petit à petit la mélodie se construit. Avec la tablature de ma guitare, je retrouve les notes une par une, il ne reste plus qu’à placer les silences du tempo :

    SI / RE DO SI DO RE / SI SOL / SOL / LA SOL FA# MI
    RE DO# RE / LA SOL…

    Voilà, c’est tout ce que j’ai mais je suis sûr que c’est bon. Demain midi, au lieu d’aller déjeuner, j’irai chez Arpèges Partitions pour leur montrer le résultat de mes recherches. Je sens que j’approche du but…

    — Bonjour Monsieur, j’aurais besoin de vos lumières si c’est possible. Voilà, depuis quelques jours, j’ai un petit air qui me trotte dans la tête et je n’arrive plus à me souvenir du titre. J’ai réussi, du moins je l’espère, à réécrire les dix-huit premières notes. Pourriez-vous me dire si vous reconnaissez cette mélodie ?

    Il regarde mon bout de papier et relève la tête en souriant :

    — Ainsi vous ne vous souvenez pas du titre ? Il est vrai que, maintenant, les jeunes s’intéressent plus au Rock, Rap, RnB et que sais-je encore… C’est du Mozart, jeune homme, du pur Mozart et plus précisément la Sonate n°16 en do Majeur dite « Sonate facile ».

    — Facile ? J’ai pourtant galéré pour la trouver !

    — Je parlais de l’exécution bien sûr.

    — Avez-vous le CD ?

    — Je ne vends pas de CD mais vous trouverez aisément cette sonate sur Youtube ou Spotify.

    — Je vous remercie Monsieur.

    — Pas de quoi, cela fait toujours plaisir de voir des jeunes s’intéresser au classique.

     

    — Manon ? Ça y est, j’ai trouvé ! J’ai réécrit le début de la partition et l’ai montré dans un magasin de musique. Le gérant a été super sympa et m’a dit que c’était une sonate de Mozart dite « sonate facile », je l’ai enregistrée sur Spotify prémium !

    — Super ! Je peux venir l’écouter ?

    — Bien sûr, je t’attends. Mais tu sais, j’ai été bête.

    — Pourquoi ?

    — Au lieu de m’escrimer sur la partition, il aurait suffi que tu viennes avec moi au magasin pour faire entendre la sonnerie de ton téléphone !

    — C’est vrai, j’aurais dû y penser moi aussi ! À tout de suite.

    En attendant Manon, je me repasse la sonate, je l’ai en entier maintenant. Je savoure chaque note, du calme au sautillement, du majeur au mineur. J’imagine de petits farfadets dansant dans une clairière inondée de soleil après une petite pluie d’automne et les gouttelettes d’eau tombant sans bruit sur le tapis de mousse. J’ai presque envie de pleurer devant tant de beauté. C’est dépouillé, pur, la mélodie s’élève, à peine soutenue par le jeu des accords de basses, une petite merveille. J’ai écouté les autres sonates mais celle-ci restera à jamais ma favorite.

    Manon est arrivée. Je remets en route « La Sonate Facile ». Elle écoute religieusement, tête baissée. Le dernier accord est tombé. Elle me regarde, les yeux embués de larmes et me dit simplement : « C’est beau »… Rien à dire, elle a trouvé le mot exact. Cela me rappelle l’anecdote d’une personnalité visitant l’exposition d’un peintre médiocre. Devant chaque croûte, il s’exclamait : magnifique, sidéral, génial, psychédélique… ! Arrivé devant la seule toile
    valable de l’exposition, il la regarda et dit simplement : « Celle-là, c’est bien… » Le mot juste, pas besoin de fioritures ou de superlatifs et c’est ce qu’avait fait Manon en toute simplicité.

     

    À partir de ce jour, je revis Manon de plus en plus souvent puis quotidiennement. Amoureux fous, nous avons décidé de nous marier au plus vite. La « Sonate facile » devint notre musique
    fétiche et trôna en première place à la messe de notre mariage. Comme dans les contes de fées, nous sommes très heureux et Marion m’a donné deux beaux garçons que nous avons baptisés
    Wolfgang et Amadéo…

     

    Merci Monsieur Mozart pour cette folle rencontre !

     

    Nouvelle extraite du recueil Folles journées, les Romanciers Nantais, éditions P'tit Louis, janvier 2017, 224 pages, 15 €. Achat en ligne sur le site de l'éditeur.


    L'auteur

    Jean Duby : quand la plume prend du volume

    Jean DubyNé à Nantes en 1946, Jean Duby a commencé à écrire lorsqu'il avait huit ans. "Je tenais de petits carnets dans lesquels je notais tout ce que je faisais dans la journée. À 12 ans, j'ai même écrit un petit roman, Les choucas." À l'âge adulte, il perd cette habitude et s'éloigne de l'écriture pendant son service militaire, puis sa vie professionnelle. D'abord attaché commercial dans le secteur de la maison individuelle, il se réoriente vers un travail créatif en devenant maquettiste volume et exerce ses talents pour différents musées et communes. "J'ai par exemple réalisé une maquette d'une chambre du Château des ducs de Bretagne qui faisait 1 m³", se souvient-il. Bricoleur autodidacte, il fait (presque) tout de ses dix doigts, puisqu'il s'est aussi essayé à la peinture et est guitariste, participant notamment pendant douze ans aux concerts du groupe instrumental et vocal Présence.

    Une fois arrivé à la retraite, Jean Duby se remet à écrire. Il commence par reprendre son premier roman, en conservant les textes rédigés lorsqu'il était adolescent et en continuant avec le même style. Publié en 2012, Le Château des Araignées est suivi d’un recueil de nouvelles, Complicités. La nouvelle est d'ailleurs un style qu'il affectionne : "je recherche un éditeur pour un autre recueil et je participe à tous les ouvrages collectifs des Romanciers Nantais depuis que j'ai rejoint l'association. Je suis aussi un habitué des concours de nouvelles d'Her de Fêtes à Noirmoutier : j'ai remporté le deuxième prix trois fois, et j'espère décrocher le 1er cette année !"

    D'ailleurs, Jean Duby a aussi écrit un roman policier qui se déroule à Noirmoutier et travaille actuellement à une suite avec le même personnage principal. "J'espère que ce sera le prochain Maigret !", s'exclame-t-il dans un éclat de rire.

    Thibaut Angelvy

     

    Lire tous les épisodes du recueil Folles journées

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