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    Un destin foudroyé, ép. 1/3

    "Coucou, ne t’inquiète pas, je suis juste en sang"

    La couverture du livre Un destin foudroyé de Kodjovi Obilalé. La couverture du livre Un destin foudroyé de Kodjovi Obilalé.

    Angola, 8 janvier 2010. L'équipe nationale de football du Togo est en route vers la CAN. En traversant l'enclave de Cabinda, le bus est pris sous le feu de rebelles et se transforme en un piège de métal criblé de balles. Récit à la première personne du gardien Kodjovi Obilalé, gravement blessé lors de l'attaque, auteur du livre Un destin foudroyé.

    Soudain, un bruit violent vient stopper toutes les discussions dans le bus. Je n’ai pas le temps de comprendre de quoi il s’agit que je ressens comme une énorme décharge électrique dans le bas du dos. C’est la panique dans le bus. Aux cris se mêlent des centaines de détonations, comme une pétarade qui ne s’arrête pas. Les balles sifflent autour de nous dans tous les sens. Quelques vitres éclatent, mais pas la mienne.

    Le bus poursuit sa route quelques centaines de mètres avant de s’immobiliser. Le chauffeur s’effondre, du sang partout sur le cou et le visage. Autour, ça canarde dans tous les sens, impossible de voir d’où vient l’assaut.

    Les joueurs se jettent à terre, entre les sièges ou dans l’allée centrale. J’essaie d’en faire autant mais mon corps ne répond déjà plus. Les bras fonctionnent mais le reste… Je me débats, je suis une cible idéale avec mon tee-shirt rouge. La panique monte, je me vois tiré comme un vulgaire lapin.

    Mon voisin Kpatoumi, d’un geste militaire sûr, se relève et se jette sur moi. Il me ratatine sur mon siège avant de me glisser plus délicatement au sol. Mais il n’y a pas beaucoup de place. La position est inconfortable. Mon dos me fait atrocement souffrir. Je parviens à y glisser ma main. Un gros trou au niveau des reins, du sang partout. Je suffoque avant de hurler à mes camarades : "Je suis touché ! Aidez-moi ! Je veux voir mes enfants, je veux rentrer à la maison ! Laissez-moi voir mes enfants… Mes enfants…"

    Il faut quelques interminables secondes pour qu’on me prenne au sérieux. Je suis trop habitué à faire le clown, notamment pendant les turbulences en avion. À mes hurlements, on répond par un : "Ta gueule, Dodo !"

    Je tends alors ma main ensanglantée en direction d’Alaixys Romao, recroquevillé sous le siège devant moi. Je hurle de plus belle. On me prend enfin au sérieux mais que faire de plus ? Tout le monde se recroqueville du mieux qu’il peut pour ne pas offrir de prise à la mort. Je croise le regard de Romao puis celui de Kpatpoumi, j’y vois bien entendu de la trouille mais ça me rassure un peu. Je ne suis pas tout seul dans cette galère. Certains prient, d’autres appellent des proches au téléphone. Je ne sais pas où est passé le mien. De toute façon, je ne vais pas appeler Jessica pour lui dire : "Coucou, ne t’inquiète pas, je suis juste en sang."

    Les secondes paraissent des heures. Je suis obsédé par l’idée de revoir mes enfants. Je gémis doucement, j’ai réussi à trouver une position pas trop douloureuse, le nez collé à un siège. J’ai surtout de brutales bouffées de chaleur, je suis trempé en quelques instants. Entre la sueur et le sang, je ne fais plus vraiment la différence.

    La vision de Stanislas Ocloo me terrifie. Notre attaché de presse est étendu de tout son long dans l’allée centrale, à deux mètres de moi. Il criait jusqu’à présent, maintenant il ne peut plus qu’émettre de longs râles en fixant je ne sais quoi au-dessus de lui. Une mare de sang se forme autour de lui. Il ne fait pas de doute qu’il est en train de partir. Le moral en prend un sérieux coup. Je suis le prochain sur la liste. Moi aussi, j’ai ma petite mare de sang.

    Les tirs se font soudain plus rares. Notre puissante escorte a sans doute fini par prendre le dessus sur nos assaillants. Je n’en ai pas vu un seul, je ne sais pas à quoi ils ressemblent et surtout ce qu’ils me veulent.

    Le calme précaire est mis à profit pour évacuer les blessés du bus. Ce n’est pas un transport cinq étoiles. On me manutentionne comme on peut, en se baissant pour ne pas prendre une balle. Ce sont deux militaires angolais qui se chargent de moi. Je mets du sang partout sur leurs uniformes, ils ne s’en rendent pas compte. Une main vient par accident toucher ma plaie. Nouvelle décharge dans le bas du dos. De quoi vous faire définitivement perdre le goût des voyages.

     

    Extraits du témoignage de Kodjovi Obilalé, Un destin foudroyé, éditions Talent sport, 256 pages, 18 €. Achat en ligne sur le site de la Fnac ou Amazon.

     

    Victime du terrorisme

    Kodjovi Obilalé, le gardien de but qui ne baisse jamais les bras

    Kodjovi Obilalé, auteur de Un destin foudroyéDevenir footballeur professionnel en Europe est un rêve pour beaucoup de jeunes Africains. À 17 ans, le Togolais Kodjovi Obilalé, gardien de but prometteur, peut y croire. Un agent le fait venir en France pour des essais chez les Chamois Niortais et au FC Lorient, mais c'est un échec : "la priorité était donnée aux jeunes de leur centre de formation", regrette-t-il. Fan de "Gigi" Buffon et Edwin van der Sar, "des gardiens qui ont connu une carrière exceptionnelle grâce à une bonne hygiène de vie*", Kodjovi rentre en Afrique mais continue de croire en sa bonne étoile. À 19 ans, comme un symbole, il intègre l'Étoile Filante de Lomé, club sacré sept fois champion. À 22 ans, devenu international (il fait partie du groupe qui dispute la Coupe d'Afrique des Nations puis la Coupe du monde en 2006), il retente sa chance en France. Deuxième échec.

    Cette fois, il reste en Bretagne et joue pour le CS Queven qui évolue en DRH (équivalent de la septième division). En 2008, il passe un cap en étant transféré au GSI Pontivy, alors en CFA (quatrième division). Il grimpe les échelons, et le rêve se rapproche. "En 2010, je commençais à avoir des contacts avec des clubs professionnels avant de partir à la CAN." Cela sera en fait sa dernière saison. Grièvement blessé pendant l'attaque du bus de sa sélection par des séparatistes angolais, il doit tirer un trait sur sa carrière de footballeur et craint même quelque temps de devenir stérile. Cinq ans après le drame, il a décidé de revenir sur ce traumatisme avec un livre autobiographique, Un destin foudroyé. "C'est une forme de thérapie, une manière d'extérioriser. Ma vie a totalement basculé", explique le jeune homme de 31 ans, père de deux enfants. "J'ai un moral d'acier, mais cela a été très dur. Désormais, je vais mieux. J'ai troqué le fauteuil roulant contre des béquilles, je suis autonome, j'ai repassé le permis et je conduis…"

    Aujourd'hui, Kodjovi Obilalé s'efforce de partager son expérience au quotidien pour lutter contre la violence. "J'ai passé un diplôme d’éducateur spécialisé, et je me suis engagé auprès de jeunes en réinsertion via l’association lorientaise Remise en Jeu. J'essaye de leur inculquer des valeurs d'humanité, de les amener à relativiser et à se responsabiliser. Car le premier ennemi de l'homme, c'est l'homme lui-même. Il faut agir pour que la paix puisse s'imposer partout dans le monde. À mon niveau, j'ai le sentiment de faire le maximum en me levant tous les matins, malgré la douleur, pour aller travailler avec ces jeunes en difficulté. Je me sens utile, et cela donne un sens à ma vie." Non seulement Kodjovi ne baisse pas les bras, mais c'est aussi le premier à se relever les manches.

    * van der Sar a joué au plus haut niveau jusqu'à 41 ans et Buffon est encore le gardien titulaire de la Juventus et de l'Italie à 37 ans.


    Thibaut Angelvy

     

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