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    Requiem à quatre mains, ép. 4/4

    De la musique avant toute chose

    La couverture du roman Requiem à quatre mains de Roger Coupannec. La couverture du roman Requiem à quatre mains de Roger Coupannec.

    Dernier extrait de Requiem à quatre mains, de Roger Coupannec. Après le meurtre d'Augustin Donnet Du Vallon au Pouliguen, un général se fait kidnapper à Herbignac. Mais cette fois-ci, Rosamonde Villebois, grand-mère à la langue bien pendue, adepte de la cueillette de champignons et du pipi dans les bois, a tout vu…

    Dimanche 21 juin

    Rosamonde Villebois n’en démordait pas : pour déguster une poêlée de cèpes, de girolles, de trompettes-des-morts ou de pieds de mouton, il faut d’abord les avoir cueillis. Les prémices du plaisir commençaient à l’aube lorsque, munie de son bâton, elle partait à bicyclette quelque part dans les bois, entre Herbignac et Assérac. Comme tous les vrais amateurs de champignons elle avait ses coins, gardés secrètement, et ses repères, connus d’elle seule. La pluie fine tombée pendant trois jours avait eu le double avantage d’éloigner de son fief les touristes envahisseurs et de provoquer, c’était sûr, l’éclosion attendue des bolets à pied rouge, assez peu ramassés par la plupart à cause de leur aspect, mais savoureux pour qui savait les cuisiner patiemment. De plus les manifestations liées à la Fête de la Musique retiendraient la foule dans le bourg. Comme elle était joyeuse, elle se répétait au rythme de ses coups de pédales une saillie de De Funès dans un de ses premiers rôles : "Champipi, champipi, champignons…" Elle parvint bientôt à l’embranchement du Chêne aux pies et, fidèle à ses habitudes, elle dissimula son vélo dans les fougères et s’accroupit pour vider sa vessie. Soudain lui parvint le bruit tonitruant de deux véhicules qui semblaient se livrer une course sur le macadam. Puis des hurlements de freins, des portières qui s’ouvrent, des cris. Prudemment, sans changer de posture, elle jeta un coup d’œil par-dessus les branches en direction de la route. Il n’y avait pas eu de choc, elle en était sûre. Mais alors ?

    Une fourgonnette blanche stationnait, moteur allumé. Deux hommes en avaient jailli et maintenant ils sortaient violemment le chauffeur de l’autre véhicule, un C4 Picasso. Il n’était pas du tout d’accord et c’était lui qui répétait : "Mais enfin, c’est quoi, ça ? Je suis le général Rétif." Rosamonde restait abasourdie, la culotte sur les genoux pliés. Un règlement de comptes entre chauffards, sans doute : pas le moment de se faire repérer par ces fous. L’épisode suivant la conforta dans son silence prudent : le plus grand des deux gars de la fourgonnette avait appliqué sur la bouche du réfractaire un tampon ouaté qui lui coupa son refrain. Sacré parfum : du chloroforme. Après quoi tous deux le transportèrent comme un sac de pommes de terre vers
    leur véhicule et le jetèrent à l’arrière.

    — N’oublie pas la clef musicale ! lança l’un. Ni le portefeuille, ni les photos.

    — Tu parles ! C’est trop marrant. Je mets tout en évidence sur le siège avant.

    — Vite fait, bien fait. Ni vu ni connu. J’adore ce boulot. Passe à l’arrière, p’tit père, pour le ficeler proprement. Pour Toto, un bon dodo. Et maintenant, roule ma poule.

    La voiture démarra. Écartant les fougères, Rosamonde eut l’idée de relever son numéro minéralogique avant que les malotrus ne s’éloignent. Deux cinglés à qui elle aurait bien servi une bonne dose d’amanites phalloïdes, histoire de leur apprendre à vivre. Elle attendit que s’estompe le bruit du moteur. Elle se reculotta et se dirigea vers le véhicule immobilisé. Elle flageolait encore de peur. Que faire ? Surtout ne rien toucher, évidemment. "Bien ma veine, pensa-t-elle. Juste dans mon meilleur coin. Quel culot ! Ma matinée est foutue. Il va falloir que j’aille chez les poulets."

    Le premier réflexe du chef Vaduron qui connaissait bien la mère Villebois fut de sourire. Il découvrait sans effort où elle réussissait ses cueillettes faramineuses de champignons. Il se reprit vite. Chaque chose en son temps. Il trouverait ultérieurement le loisir de fouiner par là-bas. Alerte générale dans la gendarmerie d’Herbignac. L’adjudant Raloubet distribua ses instructions : les gendarmes Marteau et Duchaussoy, les TICP (techniciens en investigations criminelles de proximité) du poste, accompagneraient le chef Vaduron, directeur d’enquête, avec le matériel ad hoc. Lui, il alertait la COB de Guérande et le procureur de la République.

    On installa de part et d’autre du véhicule, à une dizaine de mètres, des barrières de déviation et plus loin en amont un feu clignotant de ralentissement. La femme, assise sur le talus, grignotait une pomme en observant la scène, inhabituelle pour elle. Les gendarmes venaient de sortir les petites valises techniques. Curieuse, Rosamonde allait se lever et s’approcher.

    — Dans l’immédiat, l’arrêta Vaduron, vous rentrez chez vous. Nous, nous avons du travail ici et je ne sais pas pour combien de temps. Je vous appellerai dans la journée pour recueillir votre déposition. Indiquez-moi seulement où vous avez marché afin qu’on tienne compte de vos empreintes et qu’on ne les confonde pas avec celles des ravisseurs s’il y en a.

    Elle s’exécuta. On balisa son parcours. Le gendarme Marteau la questionna :

    — Vous n’avez pas touché au véhicule, j’espère ?

    — Tu parles d’un amusement, mon p’tit gars. Pour quoi faire, hein ?

    — On ne sait jamais avec les v…

    Il s’arrêta, gêné. Comment ne réussissait-il pas à tenir sa langue ? Rosamonde riait à présent :

    — Eh bien ? On ne vous apprend pas à finir vos phrases dans la gendarmerie ? La vieille, elle pourrait te moucher pour ton impolitesse. Mais il y a longtemps qu’elle s’est fait son opinion sur la délicatesse des gendarmes. En attendant, c’est bien joli de m’écarter de vos investigations mais ne comptez pas sur moi pour me taper les quatre kilomètres à pied. Je te rappelle que je suis venue dans votre voiture ! Donc on me ramène ! Taxi, s’il vous plaît !

    Le chef Vaduron prit le parti de s’amuser de la situation. Le tempérament de Rosamonde lui rappelait celui de sa propre mère et il savait qu’il valait mieux se concilier ses bonnes grâces s’il voulait recueillir des détails importants du seul témoin de l’enlèvement. Marteau, en bougonnant, la reconduisit jusqu’à la gendarmerie où elle avait laissé son vélo. "J’espère que chez vous personne ne me l’a piqué", déclara-t-elle sur le chemin. Le chauffeur faillit faire une embardée.

    Avec précaution, mains gantées, les gendarmes barbouillèrent d’abord les portières d’un produit destiné à mettre en évidence les empreintes éventuelles. Puis ils examinèrent l’intérieur du véhicule. D’emblée les photos attirèrent leur attention. Des clichés de deux partenaires d’amour saisis dans des positions éloquentes : sur la première un homme au bord de l’extase chevauchait une femme qui semblait prendre autant de plaisir à fixer l’objectif qu’à subir les assauts de son cavalier. Sur la deuxième tous deux faisaient face, entièrement nus et les yeux de la femme recelaient une malignité perverse : elle seule sans doute se savait photographiée alors que le regard de l’homme était encore tout chaviré de jouissance. Duchaussoy traduisit le sentiment général : "Ah ! La salope !"

    Dans le vide-poches on trouva un téléphone portable, un mouchoir taché de rouge à lèvres et une balle de golf. Le portefeuille contenait quatre billets de cinquante euros, des tickets de paiement d’une grande surface voisine, une photo d’un couple enlacé sur une plage, une liste impressionnante de noms suivis d’un code mystérieux. La carte d’identité était au nom du général en retraite Albert Rétif qu’on avait beaucoup vu les derniers mois, non seulement sur les plateaux de la télé où il vitupérait contre le gouvernement en place, mais dans la rue, à la tête des manifestations violentes qui revendiquaient un ordre nouveau. Ses discours enflammaient ses partisans et donnaient la chair de poule à ceux qui avaient le malheur de le contredire. Les services de renseignements avaient fait remonter au ministère de l’Intérieur une information inquiétante : ce qui se mettait en place n’était ni plus ni moins qu’un coup d’état destiné à renverser la République, jugée responsable de la décadence de la France. Le couple Rétif, tout le monde le savait dans la presqu’île, possédait à Mesquer une résidence secondaire et y venait régulièrement. Il était de notoriété publique aussi que le général papillonnait et il n’était pas exclu qu’à cette heure matinale, si c’était lui qui conduisait la voiture brutalement arrêtée, l’homme ait été cueilli en sortant du lit d’une de ses conquêtes. Le plus étonnant était sans doute la clef USB disposée entre les photos et le portefeuille comme si cet objet était le centre d’un tableau composé à l’intention des enquêteurs.

    Machinalement, au retour à la gendarmerie, Vaduron introduisit la clé USB dans son ordinateur. L’écoute ne donna rien tout de suite. Il s’agissait d’un morceau de musique classique. Marteau suggéra de recourir au chef de la chorale locale où chantait son épouse. Il habitait dans le bourg et on le savait mélomane très cultivé. Dès les premières mesures celui-ci reconnut facilement une œuvre de Beethoven, l’ouverture de Coriolan. C’était, précisa-t-il, un morceau très intéressant, très typique des romantiques qui adoraient les contrastes. Ainsi en sept ou huit minutes Beethoven construisait une opposition nette entre la violence martiale du début et le murmure apaisé de la fin.

    "Oui, dit Marteau, on dirait le ronronnement d’un fauve apprivoisé."

     

    Extraits de Requiem à quatre mains, de Roger Coupannec, éditions D'Orbestier, novembre 2015, 160 pages, 15 €. Achat en ligne sur le site de l'éditeur.

     

    L'auteur : Roger Coupannec

    Défi relevé pour le professeur globe-trotter

    Roger Coupannec - auteur du PouliguenChacun son tour. Après avoir passé des années à demander à ses élèves de bien raconter leurs histoires, Roger Coupannec, professeur de lettres classiques et chef d'établissement à la retraite, s'est lancé le même défi. "Et toi, mon bonhomme, es-tu capable de tenir la longueur ?" La réponse est oui : 10 ans plus tard, il écrit encore et publie environ un livre par an. Avec une recette immuable : "un tiers de morts, un tiers d'amour et un tiers d'humour !".

    Tous ses romans se déroulent sur la presqu'île guérandaise, l'auteur habite au Pouliguen et il a été correspondant pour L’Écho de la Presqu'île à Herbignac. N'allez pour autant pas croire qu'il s'agit d'un pantouflard : Sénégal, Mali, Côte d'Ivoire, Algérie, Rwanda, Mexique... Roger Coupannec a passé les deux tiers de sa vie professionnelle à l'étranger. Et du local à l'international, il "invite la réalité" dans ses récits imaginaires en abordant des sujets qui fâchent : "la pollution des côtes, l'invasion publicitaire, le projet d'aéroport à Notre Dame des Landes, le rôle ambigu des ONG dans les pays en développement, les âneries sur le quatrième âge..."

    Mais avec ses livres, Roger Coupannec "cherche avant tout à distraire". Auteur de polars humoristiques, dans la lignée de Léo Malet ou Charles Exbrayat, il prend un malin plaisir à s'amuser avec les lecteurs qui jouent aux détectives, et notamment en commençant par une grille de mots croisés qui donne des indices sur l'intrigue. À votre tour de relever le défi !

    Thibaut Angelvy

     

    Lire tous les épisodes de Requiem à quatre mains

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