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    La roche au démon, ép. 2/3

    Des suspects par milliers

     Couverture du polar La roche au démon Couverture du polar La roche au démon

    Après la découverte d'un corps mutilé sur le site touristique de La-Roche-aux-Fées, une enquête criminelle a été lancée par le SRPJ de Rennes. Mais le capitaine Erwann Le Tallec, 35 ans, grand gaillard un peu gauche et bourru qui à "l'air d'une asperge montée en graine", ne peut s'appuyer sur aucun indice déterminant… Deuxième épisode de La roche au démon, de Jean-Marc Ligny.

    Les rapports du légiste et de la PTS parviennent au bureau d’Erwann deux jours plus tard, ce qui constitue un record dans la mesure où la victime n’a rien d’une personnalité remarquable. Mais il règne une certaine tension dans les hautes sphères policières, voire politiques : La-Roche-aux-Fées est un site touristique qui compte dans le tissu économique local – surtout à l’approche de la Toussaint, avatar christianisé de la fête celtique de la Samain, période à laquelle le mégalithe voit augmenter sa fréquentation –, et puis les médias ont apparemment décidé de monter l’affaire en épingle. Le gros plan de Xavier Bonnard – une image pixellisée de la victime attachée au pied du dolmen, sur laquelle des taches sombres et floues laissent suggérer les sévices qu’elle a subis – a fait le tour des unes et des écrans après l’exclusivité d’Ouest-France, et des titres comme « La police n’a aucune piste » ou « Meurtre à La-Roche-aux-Fées : l’enquête piétine » commencent déjà à fleurir. L’affaire est donc montée en priorité n° 1 et les services concernés ont été sommés d’accélérer la production de résultats.

    Or de résultats, il n’y en a guère, songe Erwann morose, en faisant défiler d’une roulette désabusée lesdits rapports sur l’écran de son ordinateur. Au cours des deux jours précédents, la police a effectué au hameau de La Roche et dans les fermes alentour une enquête de voisinage qui n’a rien donné : pas de cris ni de bruits suspects dans la nuit, pas de véhicule étranger rôdant dans les environs, pas de visite du site à des heures indues. Les empreintes dentaires et digitales de la victime ont permis d’obtenir son identité : Philippe Germont, 43 ans, demeurant à Rennes, directeur d’un réseau local d’agences immobilières, marié, deux enfants, pas d’antécédents judiciaires. Sa femme a été prévenue et convoquée à 13 h 30 pour reconnaître le corps. Quant au meurtrier, on ne sait quasiment rien de lui, sinon que d’après ses empreintes, il portait des chaussures de sport de taille 42. Ce qui rend suspectes quelques milliers de personnes, rien qu’autour de Rennes. C’est tout. C’est peu.

    Les conclusions des rapports auxquelles il s’est empressé de sauter ne lui promettent rien de bien nouveau. Pas d’empreintes digitales ni de traces biologiques du meurtrier : il devait porter des gants et un bonnet ou une cagoule, le crime était donc prémédité. À preuve également le scotch d’emballage – il en a fallu des quantités pour faire plusieurs fois le tour de la roche. Partout où l’on a retrouvé des empreintes, c’étaient celles de la victime. L’analyse du sang, tant celui couvrant le corps que prélevé au sol ou sur la pierre, révèle que c’est uniquement le sien ; son tortionnaire n’a pas été blessé, il n’y a probablement pas eu de lutte. Le coupable a donc amené sa victime ici soit consentante, soit sous la menace d’une arme, soit inconsciente, en la portant. Cette dernière hypothèse est la plus plausible, car les traces de chaussures de sport traversant l’aire de pique-nique étaient nettement plus profondes à l’aller qu’au retour, signe que leur auteur portait un poids. Ce qui suggère un homme assez costaud pour porter un individu pesant soixante-dix kilos sur plus d’une centaine de mètres (aucune traînée). Et on n’a pas trouvé d’empreintes de pas de la victime. Un adepte des salles de sport ? Une vague piste, faute de mieux. Aucune trace de pneus récente non plus, la voiture – s’ils sont venus en voiture – a dû être laissée sur la route. Et bien sûr, aucun objet oublié ou jeté aux alentours qui ait un rapport quelconque avec le crime – même si les analyses d’empreintes sur les canettes, kleenex et autres papiers d’emballage ramassés sur le sol ou dans les poubelles sont toujours en cours. Erwann se doute que le meurtrier n’aurait pas pris toutes ces précautions pour balancer négligemment une bouteille vide ou un mouchoir usagé. Quant à la plume, elle provient d’une corneille, vivante ou morte depuis peu.

    Un assassin méthodique, organisé, qui a bien mûri son coup, songe Erwann. Et un tortionnaire sans pitié. Le rapport du légiste fait état de vingt et un coups de couteau répartis essentiellement sur le torse, l’abdomen et les cuisses, assénés vraisemblablement avec un poignard militaire de type Ka-Bar. Erwann hausse un sourcil. Intéressant… Peut-être pas un sportif alors, plutôt un soldat qui a baroudé, ancien ou toujours en service, issu des commandos ou des Forces Spéciales. Quoique des copies de Ka-Bar, on en trouve partout maintenant…

    Hormis les coups de couteau, le corps et le visage sont parsemés d’ecchymoses et de contusions dues à de multiples coups de poing ou d’objets contondants comme une branche d’arbre – qu’on a d’ailleurs retrouvée, cassée et tachée du sang de la victime (mais toujours pas d’empreintes). De la salive séchée, en abondance sur le menton et aux commissures des lèvres, laisse à penser que l’homme a été bâillonné à l’aide d’un chiffon enfoncé dans sa bouche. D’où l’absence de cris, sinon les habitants de la ferme la plus proche, située à deux cent cinquante mètres, auraient dû les entendre, même en ronflant à poings fermés. Ou leur chien.

    Et puis, après tant d’acharnement, le bouquet final : l’émasculation et l’énucléation, qui ont été pratiquées toujours à l’aide du même poignard, alors que la victime vivait encore. C’est ce qui a dû la tuer enfin, par arrêt cardiaque ou hémorragie. Le triskell, quant à lui, a été tracé post-mortem, comme une signature.

     

    Extrait de La roche au démon, de Jean-Marc Ligny, éditions Wartberg (collection Zones Noires), 216 pages, 12 € 90. Achat en ligne sur le site de la Fnac.

     

    L'auteur

    Jean-Marc Ligny, l'homme aux légendes

    Jean-Marc Ligny - auteur de Exodes

    Auteur reconnu de science fiction, Jean-Marc Ligny a cette fois changé de recette pour s'attaquer au polar régionaliste avec La roche au démon. "Début 2015, je suis revenu en Bretagne pour m'installer dans le Morbihan. J'habite à quelques kilomètres du site mégalithique de Saint-Just, un lieu où l’on sent passer le souffle de l’Histoire et où l’on entend les murmures des légendes. Cela m'a donné l’idée de cette histoire de meurtres rituels et un prétexte pour me replonger dans la culture celte que j'avais déjà explorée pour La mort peut danser."

    Actuellement, Jean-Marc Ligny travaille sur deux nouvelles œuvres : un roman d'anticipation, "quatrième volume de mon "triptyque" sur le réchauffement climatique" (dont faisait partie Exodes), et un projet original en collaboration avec l'artiste Jacques Lelut. "Il réalise des maquettes de vaisseaux spatiaux incroyables faites à partir de matériaux de récupération, et j'écris des légendes – au sens premier du terme – qui accompagneront ses œuvres. Cela fera l'objet d'une exposition au Planétarium d’Épinal de mai à juillet, puis d'un album."

    En savoir plus : www.noosfere.org/heberg/ligny

    Lire aussi le portrait réalisé en 2014 : Jean-Marc Ligny, une plume fantastique solide comme un rock

    Thibaut Angelvy

     

    Lire tous les épisodes de La roche au démon

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