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    Nantes voyage, ép. 3/5

    E pericoloso innamorarsi (Il est dangereux de tomber amoureux)

    La couverture du recueil de nouvelles Nantes Voyage La couverture du recueil de nouvelles Nantes Voyage

    Un vieux couple confronté au train-train du quotidien. La lente fuite de l'amour, et une vie qui devient fade... avant de dérailler. Cette nouvelle romantique, plutôt mélancolique, a été écrite par le Romancier Nantais Jean-Marie Pen pour le recueil Nantes Voyage.

    — Tu vois bien que tu ne m’aimes plus.

    Il détourna le regard vers la glace sur sa gauche. Un paysage lumineux défilait, des champs dorés sous de rares nuages de craie puis la gare de Saint-Sébastien-Pas-Enchantés jeta ses lumières stroboscopiques sur son visage. Des ombres bleutées laissaient de temps à autre ses traits se refléter. Elle pouvait y voir le questionnement, l’inquiétude peut-être. Ils se regardaient ainsi, chacun croisant le regard de l’autre par vitre interposée, comme on croise le fer, en un duel silencieux.

    — Mais non. Je t’aime différemment, voilà tout.

    C’est elle qui leva les yeux vers la petite lampe au-dessus d’un crâne déjà clairsemé bien qu’il n’eut pas cinquante ans. Elle imagina en souriant que l’ampoule s’éclairerait soudainement et qu’il aurait enfin une idée, une illumination pour remettre leur couple sur les rails. Par delà la fenêtre, un lac maintenant offrait à la vue une immensité irisée où l’œil ne savait se poser. Très proches, quelques canards, des hérons peut-être, s’envolaient prestement alors que le wagon se mirait dans l’onde grise.

    Après le lac viendrait cette longue courbe d’où l’on pourrait apercevoir la cuirasse bleue de la locomotive Mallard, et le panache blanchâtre moutonnant dans le ciel. Il compta les maisons qui hérissaient une lande marécageuse, comme plantées là par pur hasard. Il en dénombra cinq et sut qu’un tunnel allait les engloutir pendant quatre secondes, puis, de nouveau, le train entamerait une autre courbe, à gauche cette fois-ci.

    Leur couple cheminait pareillement depuis douze ans. Tout d’abord, ils partirent lentement, la passion ne les ayant pas intimement soudés par l’esprit et le corps. Ils se plurent, se revirent, s’estimèrent et réalisèrent bientôt qu’ils se manquaient l’un l’autre. Leur vie, d’aventureuse qu’elle était séparément, devint rectiligne une fois en couple. Puis vint le temps des questionnements, des achoppements, de la prise de pouvoir, voulue ou subie, de la part de chacun. Ils décidèrent de ne rien se promettre, de ne pas poinçonner ce ticket valable pour une vie entière. Déjà, en atteignant l’étape suivante, la prochaine gare où ils pourraient faire halte quelque temps, s’y dégourdir le cœur, le laisser respirer, ils en seraient heureux.

    Mais, le ronronnement incessant du quotidien fit s’endormir un amour trop discret. Oh ! Quelques tronçons scabreux, des tunnels algides vinrent perturber un peu la monotonie de la relation, mais était-ce la peur de se perdre ? L’illusion d’une défaite ? Ils restèrent sur la trajectoire d’une liaison médiocre. Un train de marchandises les croisait au sortir du viaduc, elle dut hausser un peu la voix.

    — Non. Tu ne m’aimes pas différemment. Tu aimes notre vie, notre non-vie. Si j’étais une autre, ce serait identique pour toi.

    Ses grandes mains fines aux ongles parfaitement limés vinrent se croiser sur sa ceinture. Il se fit la remarque qu’il aurait dû l’ôter. Elle était trop petite, lui entaillait les chairs sur les hanches. Il regarda son visage dont les traits lui apparurent fatigués. Elle fixait toujours la lampe, qui ne s’était pas allumée.

    Les feux du dernier wagon du train de marchandises se confondirent rapidement avec la teinte ocre du paysage. Il pensa à une toile de Sisley. Au-dessus de la banquette où elle était assise, une reproduction d’un tableau de Manet jurait cruellement avec le motif bordeaux du tissu du compartiment.

    — Tu n’es donc plus heureuse ?

    Il voulut se reprendre, ravaler ses paroles. Pourquoi avait-il dit plus ? Il aurait dû lui demander si elle n’était pas heureuse. Il espéra que les murs de soutènement qu’ils longeaient à présent avaient noyé sa question dans un chaos phonique.

    — Je ne suis pas heureuse.

    « Merde ! » Renversant sa tête contre le rembourrage poussiéreux, il chercha une réponse, n’en trouva pas puis réalisa soudainement la signification de ce qu’elle venait de dire.

    — Tu veux dire, avec moi ?

    — Il y a si longtemps maintenant.

    Elle regardait la goutte lumineuse du soleil glissant sur les rails polis. Un nuage essuya la tache. Les rails s’enflammèrent ensuite, comme portés au rouge par l’astre descendant, puis la nuit commença à tomber. Une lumière blafarde remplaça l’éclat aveuglant. Elle soupira et porta le mug à ses lèvres.

    Le thé légèrement aromatisé à la cannelle lui fut agréable en bouche.

    — Tu te souviens comme tu pouvais me surprendre au début ? Demanda-t-elle.

    Il la regarda avec attention. Elle semblait attendre une réponse entrevue dans le fond de sa tasse plutôt qu’émanant de ses lèvres.

    — Mais… dois-je encore te… surprendre ? Est-ce cela l’amour ? Il me semble que nous nous aimons ainsi maintenant. Je veux dire, en partageant tendresse et affection, non ?

    Elle se rappelait avoir pris ce petit train de campagne quelques jours seulement après leur rencontre. Un omnibus bringuebalant. Il voulait la présenter à son père. « Pourquoi ne pas y aller en voiture ? » avait-elle demandé. Souriant, il lui avait tendu la main pour l’inciter à monter sur le marchepied bien haut pour elle. À peine le train avait-il pris son allure de croisière qu’il se leva et lui demanda de l’accompagner. Docile, elle l’avait suivi, curieuse, dubitative.

    Tendresse et affection… C’est ainsi que tu m’avais décrit la relation qui unissait tes parents après me les avoir présentés, il y a douze ans. Tu m’avais dit : « Mes parents sont âgés. Ils ne s’aiment plus, je pense, mais ils ont l’un pour l’autre tendresse et affection. Ça leur permet de rester ensemble. C’est assez navrant non ? J’espère ne jamais éprouver de la tendresse et de l’affection pour toi ! » Et tu avais ri. Oui, il se souvenait.

    — Mais c’est différent… essaya-t-il d’argumenter.

    — Tu m’avais fait lever dans ce tortillard allant jusqu’à Ancenis, et tu m’avais entraînée jusqu’à l’avant du train, tout à l’avant. Quand je t’ai vu ouvrir la porte de la cabine de conduite, je t’ai pris le bras pour t’en empêcher. Le bruit était infernal. Tu es passé devant moi et tu m’as tenu la porte. Pour la première fois de ma vie, je voyais les rails qui fuyaient vers l’horizon juste devant moi. Ton père s’est retourné. C’était le conducteur et tu as crié : « Papa, je te présente la femme que
    j’aime ».

    Il se leva et alla peser sur un bouton encastré dans la cloison du compartiment. Le battement des boggies se fit plus sourd. Oui, il se souvenait aussi d’avoir dit ça. Il pourrait dire la même chose aujourd’hui. « Voici la femme que j’aime ». Mais, était-ce bien la vérité ? Il savait que cet amour n’était plus le même, qu’il avait mué, s’était transformé. Mais il l’aimait encore, toujours. Il en était sûr. Il le lui dit en se rasseyant sur la banquette usée. Elle enchaîna.

    — À cette époque, nous nous aimions, vraiment. Tu me surprenais à tout moment. Je te manquais à tout moment. J’ai accepté de partager ta passion, cette rage de collectionner. Tu as accepté de m’emmener dans ton monde. Nous avons été heureux. Aujourd’hui, tu ne me surprends plus. Le traintrain nous a tués. Elle sourit tristement alors qu’un rictus de désespoir naissait sur le visage de l’homme qu’elle avait aimé. Son profil se découpait toutes les secondes, haché par les lampadaires de la gare de Chantenay qu’ils traversaient à toute vapeur. Puis l’aube éclaira étrangement le compartiment, faisant miroiter des reflets orangés sur les patères en inox.

    — Je peux te surprendre à nouveau. Nous pouvons vivre encore des moments intenses, partager des émotions, rire ensemble, nous…

    — Faire croire l’un à l’autre que quelque chose nous unit encore ? coupa-t-elle. C’est fini, tu le sais bien. Ne nous forçons pas à faire perdurer une histoire arrivée à son terme. Je ne veux pas de cela et bien que tu ne puisses l’admettre, tu n’en veux pas non plus. Ne te mens pas à toi-même.

    Il alluma une cigarette et fit coulisser la fenêtre. Des senteurs poussiéreuses pénétrèrent dans le compartiment. Il pensa qu’il devrait passer l’aspirateur, cela n’ayant pas été fait depuis fort longtemps. Avait-elle raison ? Était-il encore amoureux ? Et s’ils devaient un jour se séparer, en souffrirait-il réellement ? En regardant la fumée s’évacuer lentement par delà la vitre alors
    qu’il s’y accoudait, il tenta de sonder ses sentiments.

    — Tu y penses, n’est-ce pas ? Dit-elle. Tu te rends compte que tu ne m’aimes plus, tout comme moi. Plus d’amour en tous cas. Nous sommes coresponsables. Tu as nié mes ressentis, je t’ai aimé dans ta démesure, je n’ai pas su freiner cette passion dévorante. Je n’en peux plus aujourd’hui. Je veux vivre, bouger, voyager.

    — Mais…

    — Vraiment voyager, je veux dire ! Te souviens-tu ?

    On devait partir à Venise, prendre l’Orient-Express. Nous n’avons jamais dépassé la gare d’Oudon car tes parents habitaient Champtoceaux. Ils auraient pu être à Thouaré remarque ! Je devrais être satisfaite…

    — Tu sais bien que je n’aime pas voyager, enfin, vraiment voyager. Ce n’est pas ma faute si j’ai le mal des transports.

    — Eh bien, tout comme moi. J’ai aussi le mal des transports, des transports amoureux… Impossible maintenant de raccrocher les wagons. Voilà, j’ai actionné l’aiguillage. Nos voies vont diverger. Je n’en peux plus de faire du surplace. Je ne supporte plus notre vie, cet environnement sinistre, ce bruit continuel. Ta passion a tué notre relation. Je te souhaite de trouver la compagne qui saura l’accepter. Moi, je ne peux plus.

    — Pourtant, souviens-toi combien tu avais été heureuse lorsque je t’avais fait porter le thé chaud et les toasts sur le train de marchandises qui dessert Manchester ! Ce n’est pas vrai ?

    — Oui. C’était amusant et… très romantique d’une certaine manière. Aujourd’hui, ça ne m’amuse plus. Je ne goûte plus la farce. Elle finit de boire son mug, le reposa délicatement sur la tablette en formica et fit glisser devant lui une enveloppe bleu céruléum.

    — Je t’avais écrit une lettre. Je pensais te la laisser sur le viaduc de Morez, ton préféré. J’emmène Salamanca. J’imagine que tu n’y verras aucune objection. Non, il n’en avait aucune. Cet animal lui avait toujours compliqué la vie. Un chien n’est pas l’ami du ferrovipathe, qui laisse partout des poils s’insinuant dans les mécanismes délicats des aiguillages. Souvent, il avait maudit le jour où il avait eu la faiblesse de lui offrir cet animal. À la réflexion, il en était l’unique responsable, pensant alors que la présence de ce chien suppléerait quelque peu à sa propre absence. J’aurais dû collectionner les lettres d’amour, pensa-t-il…

    Elle se leva enfin alors qu’il restait là, stupidement assis dans ce compartiment de contreplaqué, la cigarette commençant à lui brûler les doigts. Elle appela Salamanca et celui-ci vint aussitôt appuyer ses pattes sur la tablette. Pensant qu’il allait enfin pouvoir sortir faire sa promenade, le fouet de sa queue vint croiser le rapide Vienne-Paris qui déboulait justement à fond de train depuis la grande courbe taillée dans le balsa du diorama.

    La locomotive dérailla dans un grand bruit, ce qui fit peur au chien. Il hurla alors quand la BB II à l’échelle 1:8 qui traversait le salon, le percuta tandis qu’il voulait fuir. Ensuite, ce fut le chaos dans la maison et dans les cœurs.

    L’homme s’extirpa enfin du faux compartiment, arrêta tous les trains miniatures qui parcouraient l’intégralité de la maison en tous sens. Par la vitre baissée, le film de défilement avait recommencé sa boucle. Les champs dorés de juillet éclairaient à nouveau l’écran du vidéoprojecteur. L’odeur poussiéreuse lui sembla plus forte. Sans le son, le voyage immobile paraissait encore plus ridicule.

    Enfin, tout fut calme. Il constata les dégâts. Elle réussit à rattraper le chien, lui passa son collier, se retourna précipitamment.

    — Désolée, vraiment, dit-elle. Tu vois, ton monde s’écroule, pour de vrai. Ça devait arriver. Nous sommes au terminus. Adieu.

     

    Nantes Voyage, ouvrage collectif, éditions Durand-Peyroles, 210 pages, 14 €. Disponible chez tous les libraires et dans les points Le Voyage à Nantes. Achat en ligne sur le site de l'éditeur.

     

    Jean-Marie Pen : l'art de l'altérité

    Portrait de Jean-Marie Pen

    Forcément, son nom interpelle. Mais lui, c'est l'autre, sans la particule. Car si Jean-Marie Pen a aussi travaillé dans la politique, c'est le seul point commun avec son presque homonyme du Front national. "Je reçois parfois des lettres qui lui sont adressées. Je les conserve, car il faut être un peu stupide pour croire que Jean-Marie Le Pen habite dans un HLM à Nantes, et je me fais un plaisir d'y répondre en dézinguant "l'argumentaire" tout en restant poli. [...] Je devais m'appeler Gaël, mais le curé de l'époque trouvait que cela faisait trop païen ! Cela dit, j'en tire parti : on se rappelle de mon nom."

    Né en Normandie en 1959, Jean-Marie Pen a passé son enfance sur l'archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon avant d'arriver dans la région parisienne au moment de l'adolescence. "J'ai brillamment raté mon bac, puis je suis retourné à Saint-Pierre en 81. J'ai repassé mon bac à Montréal au lycée français et suis devenu assistant parlementaire du député de l'archipel." La politique n'est pas une vocation, plutôt une opportunité : il bénéficie du réseau de son père, député-sénateur. En parallèle, il crée le petit journal Écho des caps, qui existe encore aujourd'hui. De retour en métropole, il travaille quelques années à l'Assemblée Nationale et au Sénat. Mais plutôt que de continuer sur ce chemin tout tracé, il décide alors de suivre une autre route. Il repart en Normandie pour ouvrir un magasin de BD et de CD. "Une idée lumineuse : c'était l'année où les grandes surfaces ont obtenu l'autorisation de vendre des CD, et je me suis bien planté !"

    Désormais, il se contente de petits boulots qui lui plaisent ou qui sont juste "alimentaires" et se consacre à ses passions : l'écriture et la peinture. Il a notamment écrit un diptyque, Sangs froids et Vents froids, édité par Ex-Æquo. Son inspiration : une histoire vraie, le naufrage de marins après une mutinerie, et la légende associée, selon laquelle un trésor serait enfoui au large de Saint-Pierre. Mais si l'écriture lui prend de plus en plus de temps, il a commencé par la peinture... bien qu'il soit un peu daltonien ! Son sujet de prédilection : les portraits à la peinture à l'huile de personnages atypiques. "J'aime les "gueules", les personnes typées dont le visage raconte toute une histoire."

    Peinture de Jean-Marie Pen

    Peinture de Jean-Marie Pen

    Peinture de Jean-Marie Pen

    Peinture de Jean-Marie Pen

    Peinture de Jean-Marie Pen

    Peinture de Jean-Marie Pen

    Peintures de Jean-Marie Pen (de gauche à droite et de haut en bas : Cubain au mégot, Mongole, Un après-midi à la plage, Bigoudènes aux pébroques, Paix saline, Nu jaune).

    Crédit photo : Eric Perraud

    En savoir plus : http://penpun.com

    Thibaut Angelvy


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