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    Méfiez-vous du Chat qui dort, ép. 3/6

    Une abbaye de Thélème du troisième âge

    Méfiez-vous du Chat qui dort de Roger Coupannec Méfiez-vous du Chat qui dort de Roger Coupannec - © Éditions D'Orbestier

    Yolande Belloir vient d'apprendre que "l'oncle Albert", dont elle avait oublié l'existence, lui a légué toute sa fortune. Mais il compte aussi sur elle pour faire aboutir son projet de maison de retraite idéale... Suite du polar Méfiez-vous du Chat qui dort, de Roger Coupannec.

    Lorsqu’elle sortit de l’étude, Yolande Belloir se demanda si elle n’était pas ivre. On lui mettait dans les mains une jolie fortune et si elle le voulait, elle pouvait donner à son existence un cours nouveau, se délivrer des problèmes ordinaires du salaire à gagner, du budget à surveiller, des économies à réaliser, par exemple pour changer de voiture. En même temps, elle ressentait un malaise : elle tombait dans un piège de générosité et ce mort prenait tout bonnement en main sa vie. De quel droit ? Elle tenait à son indépendance. Ne pas s’emballer ! En cinq minutes, elle gagna d’un pas nerveux la rue de Saillé où elle faillit se tordre une cheville. Elle pesta contre la géométrie bizarre du pavage en relief, destinée à contraindre les véhicules à rouler au pas. Au numéro 33, un grand portail donnait sur une cour gravillonnée. Elle crut bien que le grincement des gonds allait mettre tous les voisins dans la rue. Bonjour la discrétion !

    La maison respirait l’aisance à cause de ses proportions équilibrées, du bleu discret des volets, et aussi en raison des belles pierres de taille de la façade, recouvertes çà et là d’un lichen rouillé. Une glycine courait au-dessus des baies du rez-de-chaussée, trait d’union de grâce mauve avec les quatre fenêtres à meneaux de l’étage. Sur la terrasse dallée de grès ocre, des moineaux picoraient sans vergogne. Ils avaient déjà abondamment souillé de leur fiente la grande table de pierre et ils ne se dérangèrent même pas lorsqu’elle introduisit la clé dans la serrure de ce qui se révélait être la pièce de vie. Elle éprouva une impression étrange. Ce n’était pas la maison d’un défunt engourdie dans le deuil. On aurait dit au contraire que le propriétaire de ce logis venait de le quitter pour quelques minutes, en laissant à son invitée le loisir de flâner à sa guise dans l’attente de son retour imminent. Ouais ! Mais il était mort et elle n’aimait pas vraiment les fantômes.

    La salle, toute peinte en blanc cassé ou en coquille d’œuf, mesurait, à vue d’œil, au moins quatre-vingts mètres carrés. Le plafond était élevé et les quatre portes des chambres, là-haut, s’ouvraient sur une mezzanine à la balustrade torsadée. Des rayonnages de livres habillaient le mur du fond, en face d’elle. Dans un angle trônait un fauteuil profond de lecture près d’un guéridon équipé d’une lampe verte. "Comme la satanée jument qu’il m’a offerte", maugréa-t-elle. L’autre angle était occupé par une cheminée ouverte équipée d’une crémaillère et d’une large grille sur pattes. Les cendres apparentes évoquaient les grillades et les cuissons que l’on mitonne au feu de bois. Une énorme table de chêne massif pouvait recevoir une bonne douzaine de convives. C’est là sans doute qu’avaient mangé, bu, chanté, tout récemment encore peut-être, les compères aperçus au crématorium.

    La cuisine, attenante côté ouest, avait aussi des dimensions impressionnantes. Sur les murs, des carreaux de faïence composaient de haut en bas des arabesques d’un bleu tendre. Une grande cuisinière à bois, un plan de travail de près de deux mètres, une étagère remplie d’épices de toutes sortes, une profusion d’ustensiles de cuivre, de plats et de verres multicolores. Pour qui, tout cela maintenant ? Un flash incontrôlé lui rappela le château de Nohant, la demeure de George Sand, sans doute parce qu’elle y avait trouvé aussi la même préoccupation sensuelle d’organiser au mieux les plaisirs de la bouche.

    La troisième pièce du rez-de-chaussée, côté est, Alfred Jégado en avait fait son bureau. Deux surprises y attendaient la visiteuse. D’abord, un panneau entier s’ornait de photos disposées dans un ordonnancement méticuleux : paysages à droite, groupes au milieu, individus à gauche. Avec stupeur, la visiteuse découvrit des portraits vieillis de ses parents et aussi plusieurs clichés d’elle-même pris dans sa jeunesse à des âges différents. Le message était facile à interpréter : elle vivait déjà ici avant d’y être expressément conviée et on lui suggérait d’y rester. Ouais ! À voir ! Le second trouble vint de la grande enveloppe de papier kraft libellée à son prénom, posée en évidence sur un plateau. Elle contenait une série de plans relatifs à la résidence, ainsi qu’une lettre manuscrite.

     

    Ma chère Yolande,

    Ne sois pas choquée si je me permets de te tutoyer avec tendresse, car je t’aime comme si tu étais ma fille.

    Ainsi que tu peux le voir, je n’ai pas inscrit de date ici, sur ce passage de témoin, pour reprendre une expression de ma jeunesse, une période où je pratiquais l’athlétisme avec passion. Je me battais alors avec ardeur contre le temps ! Toute seconde, toute fraction de seconde grappillée dans les entraînements et surtout dans les compétitions, s’analysait comme une victoire de l’équipe du 4 x 400 mètres à laquelle participait aussi ton père. L’enthousiasme qui nous habitait alors, je l’ai compris ensuite, était causé en réalité plus par le plaisir de courir ensemble que par la conquête des records.

    (Allons bon ! Du baron de Coubertin tout craché. Pas très original !)

    Depuis, j’ai appris à composer avec le temps qui est notre maître. Pour moi, le moment où j’écris importe peu. Cette lettre est datée, disons, du jour où tu la lis. Je vais m’en aller mais je n’ai jamais cessé de croire au miracle de l’amitié qui balaie les déboires et les contrariétés, qui nous réconcilie avec la vie. Je voudrais donc que tu continues, ou plutôt que tu réalises, car je sens, à l’heure où je prends la plume, que je n’y arriverai pas, le travail entrepris pour cette résidence modeste et ambitieuse à la fois. Elle est modeste par ses proportions puisque j’y prévois une dizaine d’hôtes seulement, mais mon ambition est forte : apporter à ceux et celles qui en feront leur domicile quelques-unes des conditions requises pour être heureux. Un vieux rêve.

    Il ne s’agit pas d’un phalanstère ou d’une mini-entreprise coopérative. Non. Encore moins d’un ghetto. Tout simplement d’un cadre de vie agréable pour des retraités désireux de mettre en commun une part de leur dynamisme et de préserver aussi leur jardin secret. Un rêve fou, une espèce d’abbaye de Thélème du troisième âge. Rabelais n’est pas, tu le sais, le plus mauvais compagnon de lecture.

    (Un foutu paillard, oui. Très peu pour moi !)

    Le premier problème se situe au recrutement des pensionnaires. J’y ai beaucoup pensé. "Fais ce que tu voudras !" est une belle devise. Cependant, aucune collectivité ne subsiste sans le respect mutuel qui entraîne des contraintes librement acceptées. Tu trouveras donc en annexe une sorte de cahier des charges qui devrait nous mettre, pardon : te mettre, à l’abri des querelles ordinaires des communautés, un engagement que signera tout candidat.

    Je me fie surtout à ton intuition pour n’accepter que des gens toniques dans leurs différences et riches de vraies qualités humaines. Des vivants, pas des ratatinés ni des vieux pleurnichards. J’ai pris les devants, j’ai déjà quatre noms à te proposer : il s’agit d’amis que j’ai côtoyés ici et dont je peux t’assurer qu’ils partagent ma vision des choses. La solitude ne leur vaut rien. Le premier, Roberto Ruiz, est un enfant d’émigrés espagnols qui, pour résumer, en a bavé et s’est construit sur ses misères. Il sait tout faire de ses mains, c’est un bricoleur de génie qui a révélé l’étendue de ses talents dans son entreprise multi-services. Un manuel, donc. Le second, Jean Dastrel, est, pour simplifier, un intellectuel. Il bondirait s’il m’entendait le cataloguer ainsi, car il déteste les étiquettes et il est ouvert à tout. Lui, c’est dans les dictionnaires qu’il bricole : il joue avec les mots comme d’autres avec un ballon. En tant que romancier, il a connu une certaine notoriété il y a une trentaine d’années, mais par bonheur, même s’il reste une figure locale, le succès ne l’a pas abîmé. Enfin, Mélanie d’Auteuil et Zoé de Montalembert t’étonneront, j’en suis sûr. Ne t’arrête pas à leur particule ! À leur langage non plus, s’il te plaît ! Elles sont de la seule noblesse qui vaille, celle du cœur. Ces quatre-là seront, si tu le veux, les piliers de la maison, et tu pourrais, simple suggestion, t’appuyer sur leurs avis pour recruter les autres.

    Pour le nettoyage des parties communes, j’ai trouvé une solution que je te demande de conserver. C’est sans doute ma dernière bonne action. J’ai logé dans la maisonnette qui se trouve à l’entrée du parc une femme méritante qui venait de voir réduire ses ressources du fait de ce que certains patrons appellent impudemment une restructuration. Célibataire avec un garçon de quinze ans à élever, elle a accepté en compensation d’assurer deux heures de ménage journalières dès l’installation des pensionnaires. Je suis sûr que tu n’auras qu’à te louer de ses services. L’honnêteté de nos jours est sans prix. Madame Gomez est une personne de confiance et son fils est un brave gosse.

    Que sais-je de toi, ma chère Yolande, pour t’embarquer dans ce projet ? Essentiellement, tu le devines, ce que me racontait Roland, ton père. Il faut que tu le saches, lui et moi nous n’avons jamais perdu le contact. À l’origine, on trouve une amitié née au collège, nourrie de rires, de discussions, d’échanges de livres, de blagues, de dragues aussi bien sûr, le genre de lien qui, croyons-nous à cet âge, va durer toujours. J’ai eu le malheur de déplaire à ta mère à cause de ce qu’elle appelait ma vie de bâton de chaise et, c’est humain, il a dû composer avec elle. Mais jusqu’à sa mort brutale, il m’entretenait régulièrement de toi, de ta vie, de tes projets, de tes satisfactions et de tes déceptions. Par les photos, je t’ai vue grandir et t’épanouir. Puis, grâce à la complicité d’un notaire de Tours que connaissait Le Ludec, j’ai suivi les péripéties de ta vie. Ne m’en veux pas de t’avoir espionnée !

     

    Tu peux bénéficier aujourd’hui, si tu y consens, du prix de ma liberté personnelle, car j’ai thésaurisé et je n’ai pas eu d’enfant.

    Oui, le temps a passé, tu n’es plus une gamine. Justement ! J’ai la certitude que tu es à même de réaliser ce que moi je ne puis plus mettre sur pied à présent. Arme-toi de courage !

    Je compte sur toi.

    Je t’embrasse tendrement.

    Extraits de Méfiez-vous du Chat qui dort, de Roger Coupannec, éditions D'Orbestier, 2013, 168 pages, 15 €. Achat en ligne sur le site de l'éditeur ou sur celui de la Fnac.

     

    L'auteur : Roger Coupannec

    Défi relevé pour le professeur globe-trotter

    Roger Coupannec - auteur du PouliguenChacun son tour. Après avoir passé des années à demander à ses élèves de bien raconter leurs histoires, Roger Coupannec, professeur de lettres classiques et chef d'établissement à la retraite, s'est lancé le même défi. "Et toi, mon bonhomme, es-tu capable de tenir la longueur ?" La réponse est oui : 10 ans plus tard, il écrit encore et publie environ un livre par an. Avec une recette immuable : "un tiers de morts, un tiers d'amour et un tiers d'humour !".

    Tous ses romans se déroulent sur la presqu'île guérandaise, l'auteur habite au Pouliguen et il a été correspondant pour L’Écho de la Presqu'île à Herbignac. N'allez pour autant pas croire qu'il s'agit d'un pantouflard : Sénégal, Mali, Côte d'Ivoire, Algérie, Rwanda, Mexique... Roger Coupannec a passé les deux tiers de sa vie professionnelle à l'étranger. Et du local à l'international, il "invite la réalité" dans ses récits imaginaires en abordant des sujets qui fâchent : "la pollution des côtes, l'invasion publicitaire, le projet d'aéroport à Notre Dame des Landes, le rôle ambigu des ONG dans les pays en développement, les âneries sur le quatrième âge..."

    Mais avec ses livres, Roger Coupannec "cherche avant tout à distraire". Auteur de polars humoristiques, dans la lignée de Léo Malet ou Charles Exbrayat, il prend un malin plaisir à s'amuser avec les lecteurs qui jouent aux détectives, et notamment en commençant par une grille de mots croisés qui donne des indices sur l'intrigue. À votre tour de relever le défi !

    Thibaut Angelvy

     

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