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    Les rivages blancs, ép. 1/4

    En cavale sur la Manche

    La couverture du livre Les rivages blancs La couverture du livre Les rivages blancs

    Premier épisode du feuilleton consacré au livre Les rivages blancs de Luc Chatelus. Le personnage principal, Jean, emmène Christine à travers la Manche sur son voilier pour fuir les ennemis qui les poursuivent. Une ouverture en flashforward qui annonce la couleur de ce thriller composé de mer, de mort et d'amour.

    Franchir le rail n'a pas été une mince affaire. Tirer des bords vers le nord-est par travers de la Manche par Noroît bien appuyé, c'était un peu comme chercher à traverser en zigzag une voie rapide où ne circulent que des véhicules lourds lancés à pleine vitesse. Les feux qui indiquent que l'on navigue à la voile ont sans doute encore une signification mais certainement plus de sens.

    J'avais fini par tout affaler et naviguer au moteur en remerciant celui qui avait construit ce bateau de l'avoir équipé d'un diesel efficace et d'une hélice à la hauteur. L'aube se lève enfin. Dans une heure ou deux il fera suffisamment jour pour mettre en panne. Pas de feux de signalisation à l'horizon, je me penche vers l'intérieur pour vérifier au radar. Rien. Je bloque la barre sur le vérin du pilote, cap nord-nord-est. Je descends faire chauffer de l'eau pour un café du matin. Il y a longtemps que celui du petit matin est passé. À jeun de sommeil et de toute nourriture depuis quinze heures ou plus. Je fais deux pas vers l'avant de la cabine. Je me penche vers la couchette tribord et je remonte la couverture sur les épaules de Christine. Elle dort profondément. C'est ce que je crois. Mais lorsque j'achève mon geste, elle prend ma main et la serre un instant. Je lui caresse les cheveux que j'ai toujours connu argentés.

    « Dors. Il n'y a que nous ici. »

    Elle lâche ma main, change de position comme elle doit le faire pour vaincre une insomnie.

    Je retourne à l'arrière. L'eau est chaude. Café soluble, sucre. Je remonte sur le pont et je referme le capot. Le moteur est à bas régime. Pas vraiment silencieux mais ronronnant ce qu'il faut pour dire qu'il est à l'œuvre. Le Noroît se lève à nouveau. Le ciel est bien dégagé. Je vais en pied de mât pour hisser la trinquette et le génois sur son bout dehors après avoir mis le bateau face au vent. Puis ensuite manœuvre des deux palans d'encornat et de vergue pour hisser la grand voile. Les toiles fasseyent sans claquer. Petit temps.

    Je borde au près après un coup de barre pour un long bord bâbord amure. Si je n'ai pas à me dérouter nous irons ainsi à deux ou trois nœuds direction les côtes de l'ancienne Flandre. Je coupe le moteur. D'un coup, silence absolu. Seulement le clapot contre l'étrave et tous les petits grincements d'un bateau tout en bois. Un très long navire passe au loin. Sans doute un porte-container. Dans le ciel, le jour fait s'éteindre les dernières étoiles. Loin à l'est, le soleil court vers nous. Le capot s'ouvre. Christine apparaît, le visage défait par un sommeil trop court pour une nuit trop longue.

    – Tu n'as pas dormi une seconde, me dit-elle en se serrant contre moi. Je passe mon bras autour de ses épaules.

    – Toi non plus.

    – Ça va. J'ai somnolé.

    – Dans un moment nous mettrons en panne. Lorsqu'il fera plein jour.

    – Sommes-nous assez loin ?

    – Ne t'inquiète pas. Ici, personne ne viendra nous chercher.

    – Pourquoi fais-tu tout cela ?

    Est-ce que je sais moi pourquoi ? Il y a cent mille raisons et aucune à la fois. Je ne suis pas calculateur et si je joue aux échecs, c'est toujours un coup après l'autre. Peut-être est-ce pour cela que je ne gagne jamais sauf à renverser l'échiquier. A cette réflexion, j'ai eu un petit sourire.

    – Qu'est-ce qui te fait sourire ?

    – Juste une image. Je me disais que si l'on ne peut pas gagner, il faut simplement ne pas jouer.

    – Cela ne me dit pas pourquoi tu fais tout cela pour moi.

    – Peut-être parce que je suis amoureux de toi … Christine.

    Elle se tourne vers moi. Elle me fixe intensément de ses yeux délavés par l'existence. En quatre années, c'est la première fois que je l'appelle par son prénom.

    – Ne dis pas de sottises !

    – Je ne dis pas de sottises.

    – Mais je suis vieille, Jean.

    – Et alors ?

    – Et alors, c'est ridicule.

    – Ce qui est ridicule c'est de ne pas l'avoir dit plus tôt. À la seconde où je t'ai vue pour la première fois, j'ai su.

    Elle s'est à nouveau tournée vers l'avant du bateau. Nous sommes restés un long moment ainsi. Il n'y avait rien autour de nous. Seulement la mer avec ses vagues et sa houle, le vent qui venait du nord et le bateau qui avançait, magique mouvement né de l'écoulement de l'air sur la toile des voiles. Changement d'amure. Un bord nord-ouest pour être un peu moins gîté.

    Il fait jour maintenant. Le vent est stable. Le fardage n'empêchera pas le courant qui va vers le nordest de nous porter. Deux heures de dérive. Il faudra faire un sérieux point au réveil si le GPS ne fonctionne toujours pas. Je mets le bateau face au vent et je donne la barre à Christine. Affaler et ferler rapidement les toiles, ancre flottante par dessus bord. Ainsi le courant va nous tracter dans le bon sens. Tout est clair à l'horizon. Un coup d’œil au radar, un coup d’œil à la météo. Nous pouvons dormir deux heures. Je mets le réveil.

    Les couchettes sont assez larges. Suffisantes pour deux corps enlacés. Mais nous savons l'un et l'autre que dans ce cas nous ne dormirons pas et que, malgré tout le temps des derniers mois et toute la tension des ces dernières heures, ce moment-là n'est pas encore venu. Je prends la couchette bâbord qui permet d'accéder directement à l'arrière où se trouvent tous les instruments d'aide à la navigation et, de là, à la barre. Christine s'endort enfin sur la couchette tribord qui est la sienne depuis qu'elle est montée à bord la première fois. Avant de sombrer, je fais un point rapide.

    Poursuivre vers le Nord lointain veut dire qu'il faut accoster pour faire le plein de tout. Deux solutions : ou un très grand port en espérant passer inaperçu, ce dont je doute, ou un échouage éventuel dans un port de dernière zone avec l'inconvénient de la marée qu'il faut attendre pour repartir. Ceux qui peuvent nous chercher n'iront pas commencer leur chasse meurtrière dans la vase. Comment en sommes-nous arrivés là ? Puis le sommeil l'emporte sur l'esprit.

     

    Extraits du livre Les Rivages blancs de Luc Chatelus. Disponible en intégralité et gratuitement en versions ebook et PDF (liens sur le dernier épisode du feuilleton).

     

    L’auteur : Luc Chatelus

    Un capitaine, du bois et une plume


    Luc ChatelusCapitaine d’infanterie, charpentier, auteur. Luc Chatelus a eu deux vies, si ce n’est plus. Diplômé de Saint Cyr (promotion 1985), ce militaire de carrière est notamment envoyé en Bosnie et en Angola, "au cœur des ténèbres". Les mensonges, l’autoritarisme, la bêtise et l’orgueil d'une bonne part de la hiérarchie et de l’armée en général le dégoutent. À 36 ans, il démissionne et l’homme de fer fond pour le bois : il repasse des diplômes et devient charpentier-menuisier-ébéniste. Désormais installé à Cossé en Champagne, en Mayenne, il travaille uniquement pour des particuliers et cultive sa liberté. "Je suis indépendant, personne ne m'emploie et personne ne me renvoie […] Une de mes lubies est de dépendre le moins possible du monde tel qu'il est. Le "léviathan", comme dit Jünger. Légumes, vin, confiture, pain, forge… je fais tout ce qu'il est possible de faire sans dépendre des rouages du registre de l'argent facile."

    Grand lecteur (sa bibliothèque fait "50 mètres linéaires" !), de Gracq à Eco en passant par Drieu, il écrit depuis ses années étudiantes. "Une littérature de fond de tiroir !", plaisante-t-il, "celle que l’on trouve lorsque l’auteur a disparu et que quelqu’un trie ses papiers." Le tiroir doit être grand, puisqu’il a déjà signé quatre romans et une quarantaine de nouvelles, écrits "en plongeant la plume dans le sang de la vie" et exclusivement diffusés dans un cercle privé. Un bateau pour Gwenn est le premier roman publié sur internet. Gratuitement. Car Luc Chatelus n’écrit pas pour l’argent. "Il me semble que le rapport purement marchand dénature la création. Écrire ne me coûte pas ; pourquoi faire payer ?" Après le forum www.bateaubois.com, il a proposé son roman à Terri(s)toires. "Vous avez publié un papier de grande qualité sur ce que je fais (un bateau viking) et sur ce que je suis. Il m'a semblé juste d'offrir en retour quelque chose. J'aime la finesse de ce que vous écrivez. Il y a du recul et de la sensibilité ; l'humain est à sa place."

    Thibaut Angelvy


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    Lire tous les épisodes de notre feuilleton consacré au livre Les rivages blancs

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