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    C'était Ginette, ép. 2/2

    Ginette Leroux : "Penser global. Agir local" – par Pierre Joxe

    Couverture de "C'était Ginette" Couverture de "C'était Ginette"

    Après Catherine Trautmann, c'est l'ancien ministre Pierre Joxe qui prend la plume et se rappelle avec émotion de Ginette Leroux. Une militante passionnée, qui connaissait parfaitement les réalités du terrain et portait la voix des plus défavorisés au Parlement, jouant notamment un rôle dans la création d'un revenu minimum solidaire (le RMI, qui deviendra le RSA). Second extrait du livre C'était Ginette, de Patrick Amara et Jean Goblet.

    En évoquant son nom et son souvenir, je commencerai par évoquer son élection et aussi ce résultat surprenant des élections de 1986, car je redevenais Président du Groupe socialiste à l’Assemblée, après l’avoir déjà été en 1981.

    En 1981, après l’élection de François Mitterrand à l’Élysée, nous avions largement gagné les élections législatives avec 285 députés élus, mais seulement 16 femmes, soit 6 % du groupe. En 1986, notre défaite était limitée, puisque nous avions 212 députés, mais le nombre de femmes augmentait, lui : 19 élues. Leur nombre était encore faible, mais leur pourcentage augmentait : il approchait les 9 %.

    Ginette Leroux faisait partie de ces militantes associatives, syndicales ou politiques qui, après avoir forcé les portes du Parlement, non seulement se sont imposées, mais ont démontré qu’en général, dans la vie publique, les femmes sont plus travailleuses, plus désintéressées, plus modestes, plus aptes au travail collectif, plus dévouées à la cause publique.

    Depuis les élections de 2012, c’est à présent 100 femmes députées socialistes qui forment un tiers du groupe à l’Assemblée. Alors qu’autrefois aucune règle n’avait encore été fixée au PS pour favoriser ou imposer des candidatures féminines, le "scrutin uninominal d’arrondissement" en France favorisa longtemps avant tout les notables locaux, presque uniquement des hommes.

    Avec le scrutin de liste départemental, il devenait presque impossible de ne pas mettre au moins une femme sur la liste, c’est ainsi que je vis arriver en 1986 à l’Assemblée des personnalités aussi peu connues que l’Angevine Ginette Leroux, l’Alsacienne Catherine Trautmann, la Bretonne Marie Jacq et une dizaine d’autres militantes dont plusieurs poursuivaient déjà une longue carrière politique dans les rangs de la gauche. On peut penser que cela aurait été le sort de Ginette Leroux si elle n’avait pas été emportée par un cancer, si jeune, dès l’année suivant sa victoire parlementaire. En effet, à l’occasion des élections législatives de 1986 caractérisées par l’adoption du scrutin proportionnel départemental à un tour, Ginette Leroux – fait absolument exceptionnel – avait été désignée en tête de la liste socialiste dans ce département de Maine-et-Loire traditionnellement ancré à droite, mais où la forte personnalité de Jean Monnier faisait bouger les lignes.

    Au soir du vote, avec 100 694 des 329 841 suffrages exprimés, soit 30  % des voix, elle est élue, ainsi que son second de liste, à la grande surprise et pour le plus grand dépit de la droite, et en particulier de l’ancien ministre réactionnaire Jean Foyer, qui recueillait 55,7  % des voix et la majorité des sièges à pourvoir.

    Devenue membre de la Commission des affaires culturelles, familiales et sociales, elle posa dès le 20 juin 1986 une question relative à la fermeture des ardoisières de l’Anjou. Elle évoquait souvent les luttes sociales des ardoisiers et les puissants mouvements républicains qui avaient manifesté leur hostilité à Napoléon III. Elle était très active sur le plan social, toujours capable de rattacher notre action politique à l’histoire nationale. Elle intervint à plusieurs reprises en séance, notamment sur le projet relatif à la suppression de l’autorisation administrative de licenciement ; elle plaida pour des plans sociaux prenant en compte tous les moyens pour réduire les postes supprimés.

    Elle prit la parole en séance lors de la discussion du budget des affaires sociales et de l’emploi pour 1987. Elle insista sur le rôle indispensable des "centres sociaux". Elle illustrait toujours ses interventions grâce à sa culture politique et son expérience professionnelle, le thème "penser global, agir local".

    Le 28 avril 1987, lors de la discussion en première lecture du projet de loi relatif aux établissements d’hospitalisation et à l’équipement sanitaire, elle dénonça la politique hospitalière menée depuis 1986.

    Ceux qui l’ont connue se rappellent sa précision et sa compétence dans les débats internes au PS, qui n’étaient pas rares, ou débats avec la droite, en commission ou en séance. Elle a été de ceux, et plutôt de celles, qui ont préparé l’une des mesures phares de la gauche après notre retour au pouvoir en 1988 : la création du Revenu minimum d’insertion, le RMI devenu depuis RSA.

    Ginette n’était pas seulement une militante et une élue locale, avant de devenir députée elle avait un métier. Elle avait exercé son métier d’assistante sociale. Elle avait un métier et une expérience professionnelle.

    Elle ne ressemblait en rien à ces nombreux personnages politiques qui, de nos jours plus que jamais dans notre histoire, n’ont jamais eu d’autre activité, jamais eu d’autre gagne-pain, jamais eu d’autre "profession" que politique… C’est aujourd’hui une des caractéristiques de la France, à droite comme à gauche, qu’une professionnalisation à l’extrême de la vie politique. L’éloignement, progressivement aggravé, entre les préoccupations du prolétariat français et les dirigeants se réclamant du socialisme est évidemment dû à ce phénomène sournois. Comment concevoir et mener une politique favorable aux travailleurs quand on n’a jamais pratiqué, si peu que ce soit, un métier, un vrai travail, qu’il soit physique, manuel, intellectuel. C’est aujourd’hui le cas, chacun le sait, aussi bien du Premier secrétaire du PS que du Premier ministre. En 1986 lorsque Ginette Leroux vint siéger parmi nous, son expérience professionnelle d’assistante sociale fut très précieuse dans notre groupe où pour la plupart nous étions plutôt des professionnels du droit, de l’économie ou de l’enseignement que des travailleurs sociaux. Je me rappelle cette lente conception et gestation du RMI, sous l’égide de François Bloch Lainé, l’ancien directeur de la Caisse des dépôts, neveu de Léon Blum, alors Président de la plus grande fédération d’organismes d’action sociale, qui allait aboutir avec le Gouvernement Rocard en 1988 à la création de ce RMI, inspiré de nombreuses politiques sociales des partis sociaux-démocrates scandinaves.

    Mais en 1988, hélas, Ginette Leroux n’était plus là. Elle nous avait quittés à la fin de l’année précédente. Son image et son nom sont restés dans nos mémoires, ainsi que dans la ville de Trélazé où une belle institution porte son nom : le "Centre social Ginette Leroux".

    Je me souviens du jour de ses obsèques. Son cercueil nous attendait à la Mairie de Trélazé. Nous l’avons accompagné dans une église très sobre, aussi dépouillée même qu’un temple protestant, pour une cérémonie bouleversante, on sentait l’émotion du public. Au long du chemin et au retour, j’étais fasciné par cette ardoise omniprésente dans l’architecture angevine. Me rappelant la modestie de Ginette Leroux et son attachement à son Anjou natal, je me récitais l’un des sonnets de Joachim du Bellay appris au lycée, en classe de seconde :

    Plus me plaît le séjour qu’ont bâti mes aïeux,
    que des palais romains le front audacieux.
    Plus que le marbre dur me plaît l’ardoise fine.

    Plus mon Loir gaulois, que le Tibre latin,
    Plus mon petit Liré que le mont Palatin,
    et plus que l’air marin la douceur angevine.

     

    Pierre Joxe

    Ancien Président du Groupe parlementaire socialiste ;
    Président de la Cour des Comptes de 1993 à 2001 ;
    Ministre de l’Intérieur de mai 1988 à janvier 1991 ;
    Ministre de la Défense de janvier 1991 à mars 1993 ;
    Membre du Conseil constitutionnel de 2001 à 2010.

     

     

    Extrait de C'était Ginette, Première femme députée du Maine-et-Loire, de Patrick Amara et Jean Goblet, éditions du Petit Pavé, août 2016, 160 pages, 16 €. Achat en ligne sur le site de l'éditeur.


    L'auteur

    Jean Goblet, passeur de mémoire et reporter de territoire

    Jean GobletDepuis plus de 70 ans, Jean Goblet recueille et raconte les histoires locales. D'abord dans la presse, et désormais dans des livres. Son dernier ouvrage, C'était Ginette, a été réalisé à quatre mains avec Patrick Amara. Il est dédié à une femme politique angevine au destin aussi brillant que tragique, Ginette Leroux. Un hommage sur commande, mais aussi sincère que désintéressé.

     

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