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    La Malle sanglante du Puits d’Enfer, ép. 3/5

    "Je ne veux pas avoir d'ennuis avec vos histoires !"

    La couverture de La Malle sanglante du Puits d’Enfer La couverture de La Malle sanglante du Puits d’Enfer

    Andrée Farré et son chauffeur partent en direction de Lyon. Mais en plus d'être désagréable, la gouvernante se comporte bizarrement et veut changer la destination du voyage pour aller vers l'ouest. Troisième épisode consacré à La Malle sanglante du Puits d’Enfer, de Xavier Armange.

    Boulevard Péreire… Porte Maillot… les rues commencent à s'animer, une sorte de petit jour sale tente de percer les paquets de brume poisseuse effilochés par le vent. Les ouvriers partent à leur travail, musette sur le dos, bravant les intempéries. Les bistrots s'entrouvrent ; on balaie la sciure de la veille dans des odeurs de café, de calva et de rhum.

    Le conducteur de la voiture, Charles-Jules André, n'apprécie pas beaucoup Andrée Farré. Il la trouve froide et fantasque, mais c'est une amie d'enfance de sa sœur Suzanne. La semaine dernière la gouvernante lui a envoyé un pneumatique un peu sibyllin : "Pouvez-vous m'aider à acheter une voiture pour un grand voyage ?".

    Ils se sont retrouvés dans un café Porte des Ternes, jeudi dernier. Andrée Farré lui a dit qu'elle était chargée par son patron d'acheter un véhicule d'occasion et de trouver un chauffeur pour le conduire en Suisse. Charles-Jules, qui s'y connaît en mécanique et travaille dans un garage, a accepté de conseiller Andrée Farré pour l'achat.

    — Il y aura 20 000 francs pour vous, Charles, si vous voulez bien être le chauffeur.

    — Quand aura lieu ce voyage ?

    — Je vous préciserai la date, sans doute mardi prochain, très tôt matin.

    La somme était généreuse, l'homme connaissait l'aisance de M. Thélier. Il s'est cependant un peu étonné :

    — Pourquoi votre patron a-t-il besoin de partir si vite, subitement, comme ça ?

    — Ce sont ses affaires, a-t-elle répondu, en ajoutant perfidement "Je crois qu'il n'a pas le choix mais je ne peux en dire plus".

    Charles-Jules pouvait-il refuser une telle somme ? Les temps sont difficiles dans cette après-guerre où rien ne se rétablit rapidement et où tout manque encore.

    Le garagiste chez qui Charles-Jules travaillait près des Ternes proposait une Delahaye, 18 chevaux, 7 places, avec des pneus neufs. Andrée est allée le voir.

    — Une très bonne voiture, et belle avec cela… 350 000 F seulement, c'est une affaire !

    — Trop cher, a déclaré Andrée Farré.

    Le patron s'est souvenu qu'une de ses connaissances, Sylvain Baldit, cherchait à se débarrasser d'une berline d'avant guerre qu'il n'utilisait plus. Un gouffre à essence !

    — Il y a bien quelqu'un que je connais, tout près d'ici, qui aurait ce que vous cherchez. Une 21 CV, 8 cylindres en V, à soupapes latérales… a précisé le garagiste. Ça, c'est de la bagnole ! Matford 1939 ; le mariage de la Mathis, vous savez les voitures de Strasbourg, avec Ford. La qualité française et le meilleur de la technique américaine ! Vous pourrez y loger toute la famille et tous vos bagages…

    À voix basse il a ajouté que le bougnat souhaitait la vendre rapidement et qu'ils devaient pouvoir s'entendre.

    — C'est le patron du "Palace Clichy" un beau café en face du Gaumont Palace ; pas loin d'ici. Vous ne pouvez pas vous tromper à côté du "Balto".

    Sylvain Baldit était au comptoir et discutait avec un jeune homme. Quand il a vu une grande femme bien mise, en long manteau noir, chapeauté et gantée, s'approcher du bar, il a tout de suite eu le pressentiment qu'elle venait pour la petite annonce qu'il avait laissée un peu partout dans le quartier chez les commerçants.

    — Il paraît que vous avez une voiture à vendre ?

    L'homme a vanté la qualité de son véhicule et sa solidité.

    — Alors pourquoi vous en débarrassez-vous ?

    — Vous savez, avant-guerre j'dis pas, mais aujourd'hui, c'est plus pareil, avec les restrictions… et puis mes enfants sont grands, mais je vous assure que c'est une sacrée bonne bagnole.

    Il a pris à témoin le jeune homme accoudé au comptoir.

    — Demandez donc à Paul Soubie, mon neveu, ce qu'il en pense. C'est un casse-cou et il est du métier ; pas vrai Paul ! Il travaille chez Renault.

    Le garçon a acquiescé en toisant cette drôle de dame un peu hautaine, un peu déplacée dans ce bar.

    — Une voiture épatante !

    Le patron a conduit sa visiteuse dans la cour où l'engin était remisé dans un garage. Une grosse berline noire avec une large malle arrondie en contraste avec son nez effilé comme les ailes d'un ange attendait sous une bâche un acheteur.

    La gouvernante n'a pas discuté : elle a conclu l'affaire au prix de 200 000 F.

    — Préparez-la. Je passerai la payer lundi et vous ferez les formalités. Mon chauffeur, Charles-Jules, viendra la prendre ce même soir.

    Andrée a téléphoné à Charles-Jules pour lui annoncer son acquisition. "Prenez livraison de la voiture lundi soir. Monsieur Thélier en aura besoin mardi matin."

    Quand Andrée Farré est sortie du “Palace Clichy”, Sylvain Baldit n'en revenait pas.

    — C'est vendu mon gars ! Tu parles d'une aubaine ! Elle n'a même pas discuté, j'en suis débarrassé ! C'est une bonne auto mobile, j'dis pas, mais alors l'essence ! Ils annoncent 11 litres au cent dans leur réclame, mais elle doit bien boire le double !

    Il a trinqué avec son neveu pour fêter l'événement.

    — C'est vendu Paul ! maintenant je ne veux plus en entendre parler !

    Le soir Charles-Jules a fait part de ses interrogations à sa femme qui l'a rassuré.

    — Son patron a de l'argent, il a le droit d'être exigeant. Ne te mêle pas de leurs affaires ; tu sais bien qu'Andrée présente toujours les choses de façon bizarre !

    Bizarre, en effet, qu'en ce mardi matin ce ne soit pas M. Thélier qu'il transporte comme convenu en Suisse, mais Andrée Farré avec une énorme malle ? Ce n'était pas prévu ; Charles-Jules s'en est étonné en arrivant à l'appartement.

    — Mon patron est parti la veille en train, a répliqué sèchement la gouvernante. Nous allons le rejoindre en voiture. La malle contient des fourrures et des objets précieux que je suis chargée de lui amener.

    Devant l'air un peu incrédule de l'homme, elle lui a tendu une petite liasse de billets :

    — Voici la moitié de l'argent, ça vous va ? Vous aurez le reste au retour.

    Quand Charles-Jules a demandé où l'on se rendait précisément, Andrée Farré lui a dit de prendre la route de Lyon.

    "Après nous verrons" a précisé la femme.

    Tout ceci ne paraît pas très normal au conducteur. À l'entrée du Bois de Boulogne, il hasarde :

    — Comment passerons-nous la frontière avec ce chargement ?

    — Vous verrez bien ! se contente de lancer la gouvernante du ton sec et méprisant qu'elle prend souvent.

    En sortant du bois, Andrée Farré annonce que la destination a changé, on va à Tours.

    — Vous venez de me dire Lyon ! s'exclame l'homme. Et M. Thélier, quand allez-vous le rejoindre ?

    — Ce sont mes affaires, ça ne vous regarde pas, faites ce que je vous dis, allez à Tours !

    Le ton monte. Charles-Jules arrête la voiture dans une contre-allée pour s'expliquer. Cette expédition lui paraît maintenant très louche. Andrée Farré, sentant qu'il va se récuser, l'interrompt brusquement :

    — Je vais vous dire la vérité. Cette malle contient des armes. M. Thélier en fait le trafic, c'est ainsi qu'il est devenu très riche. Je dois les livrer à Tours.

    — Ce n'est pas ce que nous avions conclu. Vous avez dit à la concierge que la malle renfermait vos affaires, à moi qu'elle était pleine de fourrures et d'objets de valeur et maintenant ce sont des armes, non, je ne marche plus !

    — Qu'importe ! Faites ce que je vous demande, direction Tours !

    L'homme tire sur le démarreur, mais insiste :

    — Je ne marche pas, je rentre à la maison. Vous trouverez un autre chauffeur, moi je ne suis pas d'accord, je ne veux pas avoir d'ennuis avec vos histoires !

    Deux minutes plus tard, la voiture stoppe rue de Locarno, à Suresnes, devant le petit pavillon de Charles-Jules André. Sa femme est encore couchée. Son mari lui explique les faits. La discussion avec la gouvernante est tendue, l'homme ne veut pas rendre la totalité de l'argent reçu en acompte ; il a passé du temps à négocier la voiture, s'est levé tôt, vient d'effectuer la course… Finalement, pour avoir la paix, le couple décide de restituer les 10 000 F à la femme en lui demandant sans ménagement de se débrouiller toute seule et d'aller chercher un chauffeur ailleurs.

    Andrée Farré téléphone d'un café proche à S.V.P. La conversation est courte, on peut lui envoyer un chauffeur dans l'heure qui suit. À 8 h 30 le nouveau conducteur se présente. Ils se mettent rapidement d'accord : l'homme, Maurice Chatelain, percevra 10 000 F pour la conduire à Angers, décharger son colis et la ramener à Paris le soir même. Il ne faudra pas traîner. Quand la voiture repart, Andrée Farré n'a pas un regard pour les volets clos du pavillon de meulière de ses anciennes relations.

     

    Extraits de La Malle sanglante du Puits d’Enfer, de Xavier Armange, éditions d'Orbestier, novembre 2015, 160 pages, 15 €. Achat en ligne sur le site de l'éditeur.


    Xavier Armange, auteur-éditeur globe-trotteur

    Xavier Armange, auteur-éditeur

    Xavier Armange est né à Nantes en 1947. Auteur d’une trentaine de romans, il a aussi collaboré pour la presse jeunesse. Il a créé en 1995 aux Sables d'Olonne une maison d’édition aujourd’hui gérée pas son fils, Cyril Armange, à Saint-Sébastien-sur-Loire : les Editions d'Orbestier. Xavier Armange s'intéresse à l'Asie, "surtout à l'Inde et plus particulièrement à Bénarès." Il est d'ailleurs l'auteur de l'ouvrage Bénarès, au-delà de l’éternité. Passionné de voyage, il a parcouru une soixantaine de pays dans le monde depuis quarante ans. Il vit près de Nantes et participe, comme intervenant, à divers événements et festivals, anime dans les écoles et les bibliothèques des rencontres et conférences ainsi que des ateliers de lecture et d'écriture.

    Pauline Jahan

     

    Tous les épisodes de La Malle sanglante du Puits d’Enfer

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