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    À Montparnasse, ép. 2/4

    Jean-Marc, le chef de gare romantique

    La couverture du roman À Montparnasse de Léna Ellka. La couverture du roman À Montparnasse de Léna Ellka.

    Le jeune Renan est parti de Brest pour un tour du monde mais se retrouve coincé à Montparnasse. L'occasion de s'intéresser à ceux qui y travaillent, comme Jean-Marc, le chef de gare. Deuxième épisode du feuilleton consacré au roman À Montparnasse de Léna Ellka.

    Il prend son portable et son talkie-walkie, et sort. Traverse le hall, imagine le piano trôner face à la rue de Rennes, donne des instructions pour l’accueillir chaleureusement. Enfin, il atteint la mezzanine et s’enfonce dans le couloir sombre au fond duquel se cache la grotte des objets trouvés, derrière les rangées d’immenses casiers de la consigne. Là, les agitations du monde extérieur ne filtrent pas, ni même celles de la gare. Ce lieu dégage une douce poésie. Pourtant, la plupart des objets sont froidement utilitaires : téléphones, ordinateurs, portefeuilles, parapluies. Mais il y a aussi les doudous que les voyageurs à l’âme enfantine ont pris le temps de rapporter, les livres dédicacés, les carnets, les vieux bijoux.

    Inspection faite, Jean-Marc retourne au bureau en faisant un détour par la cahute de son ami, qui commente ses lectures du jour. En écoutant la voix grave du kiosquier, en regardant les petits accidents dans sa peau noire, une sorte de langueur l’enveloppe. Jamais il ne l’avouerait au kiosquier. Jean-Marc lui achète Télérama toutes les semaines. Il pourrait s’abonner, mais il aime discuter, justement, perdre un peu de temps. Déjà que Ville, Rail & Transport, il le reçoit au bureau…

    Il raconte au kiosquier cette histoire de dame morte dans le hall, et les badauds qui cherchent le sang. Le kiosque tourne le dos aux quais, mais Michel n’avait pas pu échapper au remue-ménage des secours et de la police, qui se croient toujours dans un film et en font des tonnes.

    Le chef de gare lui offre un sac plein de livres, cadeau qu’il a lui-même reçu du service des objets trouvés. Les livres en main, Michel reste songeur, et Jean-Marc voit presque les petits rouages de son cerveau tourner à toute vitesse. Il n’a pas l’occasion de lui demander à quoi il pense. Son talkie-walkie crachote à sa ceinture. C’est toujours comme ça, il ne peut jamais terminer une conversation.

     

    Il y a un bagage abandonné dans la gare.

    Ça, Jean-Marc n’aime pas. Il doit passer des annonces qui fichent la frousse à tout le monde, ensuite ça empire avec le périmètre de sécurité rouge et blanc : pas bon. Et puis, l’arrivée des hommes dans les pantalons noirs qui moulent les fesses. On se demande toujours si ce sont des gentils ou des méchants. Enfin, un grand boum qui fait trembler l’édifice entier. La pauvre valise n’est qu’un tas de miettes. Il va encore y avoir du retard. Le retard, Jean-Marc n’aime pas non plus. Il aime que ses 300 trains quotidiens arrivent et partent à l’heure, même si jamais personne ne le remerciera pour les embûches qu’il déjoue chaque jour afin que le miracle de la ponctualité se reproduise. Ce n’est pas grave, il se raconte des petites histoires de voyages qui se finissent toujours bien. Jean-Marc est un chef de gare romantique, sans doute comme beaucoup de chefs de gare. Car c’est un sacerdoce. On entre en gare comme on entre dans les ordres. Voilà sa vision. Il en faut de la foi pour supporter les canicules, les tempêtes, les trains et les hommes qui déraillent, les circulaires. Il en faut de la foi pour faire tourner une gare qui ferme après 1 h 00 et ouvre dès 4 h 00, pour être capable d’être sur le site en moins de trois minutes.Tout ça pour des journées comme celle-ci : une morte et un bagage à faire exploser. Jean-Marc se demande d’ailleurs si la valise n’aurait pas un rapport avec la vieille dame morte. Mais comme ce sont des services différents qui s’en chargent, il se prédit de grosses complications s’il cherche à faire des rapprochements d’indices et donc d’équipe. Il renonce. Avec 200 000 voyageurs par jour, la probabilité pour que les deux événements aient un rapport est minime.

    Jean-Marc passe les coups de fil de la procédure, contacte les autorités, la préfecture et le service de déminage. Il fait installer le périmètre de sécurité et passer des annonces avant destruction.

     

    À Montparnasse, de Léna Ellka, éditions Lunatique, juillet 2015, 184 p., 18 €.
    Plus d'informations
    sur le site de l'éditeur et achat en ligne sur le site de la Fnac.

     

    L'auteur : Léna Ellka

    L'onirisme pour garder une âme d'enfant

    Léna Ellka, auteur de À MontparnasseLéna Ellka, 39 ans, a grandi à Plouzané, dans la région brestoise, et passait ses étés au Conquet. "C'est un territoire un peu particulier, car on est loin de tout... mais lorsque j'ai quitté Brest, je me suis rendu compte que cette identité forte permettait paradoxalement de se rapprocher des autres ! Des Bretons, bien sûr, mais pas seulement : la Bretagne a une bonne image et ne laisse personne indifférent."

    Après un cursus modèle (bac littéraire, Hypokhâgne, SciencesPo Rennes puis un master à SciencesPo Paris), Léna Ellka s'est dirigée vers la communication. Elle est désormais à temps partiel pour pouvoir écrire, une passion démarrée il y a près de dix ans. D'abord de la littérature jeunesse, bien qu'elle n'avait pas encore eu ses deux jeunes enfants. "Lorsque j'étais petite, les livres étaient très importants pour moi. J'écris en pensant à l'enfant que j'étais et je m'amuse. La littérature jeunesse est un style assez libre, qui peut être poétique ou humoristique, et les textes sont courts : on peut prendre le temps de travailler chaque mot et ses sonorités, de jouer avec, voire d'en inventer de nouveaux."

    Depuis la publication de son premier ouvrage en 2009, l'auteur a déjà gonflé sa bibliographie avec plusieurs livres pour enfants, mais aussi des nouvelles et deux romans pour les plus grands. Un exercice différent, "qui s'apparente davantage à une course de fond". Mais dans Le goût de la crêpe au chocolat et À Montparnasse, on retrouve l'attirance de Léna Ellka pour l'innocence, la poésie des petits riens et les rêveurs éveillés. Car tout comme les voyages, les rêves forment la jeunesse. Même quand ce sont des cauchemars, le thème de son prochain livre pour les plus petits...

    En savoir plus : http://lenaellka.hautetfort.com

    Thibaut Angelvy

     

    Tous les épisodes du roman À Montparnasse

    Jean-Marc, le chef de gare romantique

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