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    Moi, Julienne David, corsaire nantaise jamais soumise, ép. 2/3

    La fille du diable

    Capture écran du Teaser de Moi, Julienne David, corsaire nantaise jamais soumise Capture écran du Teaser de Moi, Julienne David, corsaire nantaise jamais soumise

    Une enfance passée à Saint-Mars-du-Désert dans une maison au sol de terre battue. Un père travaillant dans les fermes, une mère faisant des lessives chez les riches. La petite Julienne doit s'occuper de son frère et subir les moqueries des garçons qui la traitent de bâtarde. La colère monte dans le cœur de la future corsaire. Deuxième extrait de Moi, Julienne David, Corsaire nantaise jamais soumise, de Thérèse André-Abdelaziz.

    Savoir ce que ça lui fait à la petite rouquine quand on l’appelle comme ça ! Savoir à quoi elle pense quand elle joue toute seule dehors en toute saison. Si elle joue ! Les travaux n’attendent pas chez les D. Claquent ses sabots sur les pierres du chemin, virevoltent autour d’elle ses jupes et jupons trop larges et mal taillés. Flamboient ses longs cheveux raides et roux autour de son visage à la peau claire, constellé d’éphélides, «  la marque du diable » , dit-on au village..

    Elle est née à Saint-Mars-du-Désert au lieu-dit «  Places » dans l’arrière-pays, fin 1773 ou février 1774, on ne sait plus très bien, et vit dans une maisonnette basse, murs de torchis, sol de terre battue, entourée de terres incultes, désertifiées par les crues de l’Erdre détournée de son cours au 6ème siècle par St Félix alors évêque de Nantes. Son père se gage à l’année dans les fermes voisines, laboureur, commis. Sa mère fait des lessives et des gros travaux chez les uns et chez les autres, dont les gens à chevelure poudrée du château. Julienne l’accompagne souvent et l’aide à transporter ses baquets, son battoir et ses sabots neufs - car elle enfile une paire de socques usagés pour ménager les autres - dans une vieille brouette qui tressaute à chaque tour de roues. François, le petit frère, est juché dessus et pleurniche quand il fait froid ou qu’il pleut. Mais il ne peut rester seul à la maison, il est trop jeune. Julienne prend soin de lui aussi, l’aide à manger, pisser, nettoyer sa morve, s’habiller. Lui raconte des histoires à l’occasion quand ils s’endorment en hiver, blottis l’un contre l’autre sur leur paillasse, près du foyer où reste un peu de braise. Quand il y a eu une flambée ! Lui parle des loups et des chiens sauvages qui dévorent les enfants.

    - Tout crus ?

    - Tout crus !

    Lui parle des garnements du village qui ne cessent de la poursuivre.

    - Un jour, François, je serai plus forte qu’eux ! jure-t-elle, l’œil rempli de haine. Je les battrai et les embrocherai au sabre ou à l’épée, je… je les regarderai crever !

    Ils se moquent de sa tignasse de feu, disent que leurs parents ne sont pas ses parents à elle ou bien que sa mère a forniqué avec le démon une nuit de pleine lune alors quelle était saignante. D’ailleurs elle s’habille en rouge, souvent. Pas comme les paysannes du village et des alentours, portant coiffes, affûtiaux et châle noirs… Elle, elle a les cheveux défaits, en plus, et si maigre ! «  Une vraie tcheuvarson ! » Non, elle ne leur ressemble pas, elle sait même pas travailler la terre, elle trimballe ses baquets et son battoir d’un bout à l’autre de la commune par tous les temps.

    - D’où qu’elle vient ? L’est pas d’la paroèsse, c’est sûr !

    - Des landes de l’aut’côté de l’Erdre ou ben un p’tit pu lin.

    - L’est-elle seulement de Nan-ette, hein ? »

    - Une galvoadeuse, oui !

    - Une bâtarde !

    On dit que le gars Pierre l’aurait ramenée chez lui un soir, juste après les vendanges. C’est un terreux, un pierreux, un qu’a pas de terre et pas de bêtes. Même pas d’oueille et de traille, juste une chèvre et quelques poules. Qu’a rien à rouché.

    - Et yelle, on sait pas son âge !

    Jolie, pas jolie, on la trouve trop fière pour une moins que rien. Y’en a qui disent en se signant qu’Anne c’est pas son nom : «  Le nom de la Bonne Mère, quel sacrilège !!! » C’est le Pierre qui lui aurait donné ce prénom de chrétienne. D’ailleurs elle communie jamais ! Forcément si elle a vendu son âme au Malin… Jusquiame, digitale, ortie, coquelicot ou chardon de Marie… Millefeuilles, marc de raisin, liseron, et gui aussi. Les breuvages et les mixtures qu’elle prépare à partir des plantes et des herbes en inquiètent plus d’un. Pourtant ils viennent la voir en cachette la nuit pour les bêtes qui crèvent, les hommes qu’ont la trique trop molle, les femmes qui saignent trop souvent ou les nourrices qu’ont plus de lait. On achète son silence avec un cruchon de gnôle ou quelques hardes : jupon de laine, braies, fichu, et rarement de l’argent, sinon quelques pistoles.

    - Jamais je leur pardonnerais ! répète Julienne à son petit frère, jamais !

     

    Extraits de Moi, Julienne David, corsaire nantaise jamais soumise, de Thérèse André-Abdelaziz, Éditions Ex-Aequo, 2012, 148 pages, 14 €.

    Achat en ligne sur le site d'Ex-Aequo ou sur celui de la Fnac et toutes les librairies.

     

    L'auteur : Thérèse André-Abdelaziz
    Thérèse André-Abdelaziz a plusieurs plumes à son arc

    Portrait de Thérèse André-Abdelaziz.Elle joue avec les mots depuis qu’elle les connaît. La romancière nantaise Thérèse André-Abdelaziz est entrée en écriture comme on entre en religion et n’en est plus jamais sortie. Depuis, entre ses quatre enfants et ses nombreux déménagements, elle a pris le temps d'en explorer toutes les formes : contes, poèmes, romans, nouvelles, faits de société, pièces radiophoniques et théâtrales…

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    Ebook

     

    Tags : ebook, feuilleton, Moi Julienne David, littérature, roman

     

    Légende photo : La couverture de Moi, Julienne David, corsaire nantaise jamais soumise, de Thérèse André-Abdelaziz.

     

     

    Moi, Julienne David, corsaire nantaise jamais soumise, ép. 2/3

    La fille du diable

    Une enfance passée dans une maison nantaise au sol de terre battue. Un père travaillant dans les fermes, une mère faisant des lessives chez les riches. La petite Julienne doit s'occuper de son frère et subir les moqueries des garçons qui la traitent de bâtarde. La colère monte dans le cœur de la future corsaire. Deuxième extrait de Moi, Julienne David, Corsaire nantaise jamais soumise, [LIEN VERS SOMMAIRE] de Thérèse André-Abdelaziz. [LIEN VERS PORTRAIT]

    - La fille du diable !

    Savoir ce que ça lui fait à la petite rouquine quand on l’appelle comme ça ! Savoir à quoi elle pense quand elle joue toute seule dehors en toute saison. Si elle joue ! Les travaux n’attendent pas chez les D. Claquent ses sabots sur les pierres du chemin, virevoltent autour d’elle ses jupes et jupons trop larges et mal taillés. Flamboient ses longs cheveux raides et roux autour de son visage à la peau claire, constellé d’éphélides, «  la marque du diable » , dit-on au village..

     

    Elle est née au lieudit «  Places » dans l’arrière-pays, fin 1773 ou février 1774, on ne sait plus très bien, et vit dans une maisonnette basse, murs de torchis, sol de terre battue, entourée de terres incultes, désertifiées par les crues de l’Erdre détournée de son cours au 6ème siècle par St Félix alors évêque de Nantes. Son père se gage à l’année dans les fermes voisines, laboureur, commis. Sa mère fait des lessives et des gros travaux chez les uns et chez les autres, dont les gens à chevelure poudrée du château. Julienne l’accompagne souvent et l’aide à transporter ses baquets, son battoir et ses sabots neufs - car elle enfile une paire de socques usagés pour ménager les autres - dans une vieille brouette qui tressaute à chaque tour de roues. François, le petit frère, est juché dessus et pleurniche quand il fait froid ou qu’il pleut. Mais il ne peut rester seul à la maison, il est trop jeune. Julienne prend soin de lui aussi, l’aide à manger, pisser, nettoyer sa morve, s’habiller. Lui raconte des histoires à l’occasion quand ils s’endorment en hiver, blottis l’un contre l’autre sur leur paillasse, près du foyer où reste un peu de braise. Quand il y a eu une flambée ! Lui parle des loups et des chiens sauvages qui dévorent les enfants.

    - Tout crus ?

    - Tout crus !

     

    Lui parle des garnements du village qui ne cessent de la poursuivre.

    - Un jour, François, je serai plus forte qu’eux ! jure-t-elle, l’œil rempli de haine. Je les battrai et les embrocherai au sabre ou à l’épée, je… je les regarderai crever !

    Ils se moquent de sa tignasse de feu, disent que leurs parents ne sont pas ses parents à elle ou bien que sa mère a forniqué avec le démon une nuit de pleine lune alors quelle était saignante. D’ailleurs elle s’habille en rouge, souvent. Pas comme les paysannes du village et des alentours, portant coiffes, affûtiaux et châle noirs… Elle, elle a les cheveux défaits, en plus, et si maigre ! «  Une vraie tcheuvarson ! » Non, elle ne leur ressemble pas, elle sait même pas travailler la terre, elle trimballe ses baquets et son battoir d’un bout à l’autre de la commune par tous les temps.

    - D’où qu’elle vient ? L’est pas d’la paroèsse, c’est sûr !

    - Des landes de l’aut’côté de l’Erdre ou ben un p’tit pu lin.

    - L’est-elle seulement de Nan-ette, hein ? »

    - Une galvoadeuse, oui !

    - Une bâtarde !

    On dit que le gars Pierre l’aurait ramenée chez lui un soir, juste après les vendanges. C’est un terreux, un pierreux, un qu’a pas de terre et pas de bêtes. Même pas d’oueille et de traille, juste une chèvre et quelques poules. Qu’a rien à rouché.

    - Et yelle, on sait pas son âge !

     

    Jolie, pas jolie, on la trouve trop fière pour une moins que rien. Y’en a qui disent en se signant qu’Anne c’est pas son nom : «  Le nom de la Bonne Mère, quel sacrilège !!! » C’est le Pierre qui lui aurait donné ce prénom de chrétienne. D’ailleurs elle communie jamais ! Forcément si elle a vendu son âme au Malin… Jusquiame, digitale, ortie, coquelicot ou chardon de Marie… Millefeuilles, marc de raisin, liseron, et gui aussi. Les breuvages et les mixtures qu’elle prépare à partir des plantes et des herbes en inquiètent plus d’un. Pourtant ils viennent la voir en cachette la nuit pour les bêtes qui crèvent, les hommes qu’ont la trique trop molle, les femmes qui saignent trop souvent ou les nourrices qu’ont plus de lait. On achète son silence avec un cruchon de gnôle ou quelques hardes : jupon de laine, braies, fichu, et rarement de l’argent, sinon quelques pistoles.

    - Jamais je leur pardonnerais ! répète Julienne à son petit frère, jamais !



    Extraits de Moi, Julienne Davis, corsaire nantaise jamais soumise, de Thérèse André-Abdelaziz, Éditions Ex-Aequo, 2012, 148 pages, 14 €.

    Achat en ligne sur le site d'Ex-Aequo ou sur celui de la Fnac.



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