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    Nantes voyage, ép. 1/5

    L’age de fer

    La couverture de Nantes Voyage La couverture de Nantes Voyage - © Jean-Claude Chiariello

    Première nouvelle du feuilleton consacré au recueil Nantes Voyage des Romanciers Nantais. Sylvain Forge imagine un Nantes post-apocalyptique habité par des tribus d'enfants. Mais les sauvageons ont besoin d'armes pour se défendre contre de nouveaux prédateurs, les "gloutons", des ragondins géants qui n'hésitent pas à attaquer...

    Un jour gris et pluvieux, pareil à tous les autres. La chaleur était étouffante. Du haut du monticule, le groupe de gamins apercevait le fleuve immense qui les séparait de la ville en ruines. Au loin, l’unique tour encore debout se détachait sous un ciel sombre. Ils atteignirent bientôt la rive où s’étalait une végétation tropicale. Tous étaient drapés dans un mélange de lanières de cuir et de larges feuilles tressées : des sauvageons, le plus vieux avait quinze ans. Leur camp de base, plus loin vers l’Ouest, rassemblait une centaine de leurs congénères. Depuis que les adultes s’étaient entre-tués pour le contrôle des armes à feu et des dernières réserves de nourriture, les enfants vivaient en communautés disséminées le long des deux berges du fleuve. Combien y en avait-il en tout ? Personne ne le savait. Les contacts entre différentes unions demeuraient exceptionnels ; la méfiance et la prudence régnaient. Des femmes qui refusaient de devenir esclaves avaient cherché, avec les plus âgés, à rejoindre ces clans où leur avenir paraissait meilleur.

     

    Du présent monde, seuls les plus vieux pouvaient en esquisser l’origine.

    Les pluies avaient commencé à tomber un jour, plus fréquentes et longues que jamais. Les saisons perdirent leurs particularités. Les hivers étaient doux et courts, les étés caniculaires et interminables. Bientôt, il n’y eut plus qu’un cycle unique, fait d’averses lourdes et chaudes. Le fleuve grossit démesurément, la végétation devint équatoriale. Les terres qui avaient échappé aux inondations formaient de vastes marigots peuplés de créatures hostiles. Outre les reptiles surabondants, les abords du cours d’eau se virent aussi infestés de ragondins géants. Les gamins les nommaient « gloutons ». À force de côtoyer des cadavres, ils semblaient s’être habitués au goût de la chair humaine. Les bestioles attaquaient par meute de cinq ou six et les gosses devaient toujours sortir équipés de lances, d’arcs et de flèches.

    Le fleuve grouillait de poissons, trouver de quoi se nourrir n’était pas difficile. Le bien le plus précieux restait le fer et l’acier, utiles tant pour la confection d’armes efficaces que pour la solidité de leurs habitats. En effet, le bois n’offrait aux palissades des camps qu’une protection bien dérisoire face aux gloutons : ceux-ci s’introduisaient dans le campement, sabotaient les fondations des cabanes quand ils ne s’en prenaient pas aux nourrissons ou aux humains les plus faibles.

     

    © Jean-Claude Chiariello

    © Jean-Claude Chiariello

    L’avant-veille, au pied d’un grand mangoustier, des gamins avaient déniché un squelette couché dans les herbes. La dépouille se trouvait à quelques centaines de mètres de la première enceinte du bivouac. Il portait encore ses vêtements ainsi qu’un sac en bandoulière qui contenait une feuille manuscrite, pliée à l’abri de l’humidité, dans une pochette plastique.

    Au camp, un vieillard connaissait l’écriture des anciens temps. À la lueur d’une bougie, au milieu du cercle que faisaient les enfants autour de lui, il conclut qu’il s’agissait là d’une carte devant mener aux sous-sols du château en ruines, planté de l’autre côté du fleuve. À l’est du grand arbre blanc foudroyé qu’on distinguait les nuits de pleine lune, dressé au sommet d’une colline rongé par la végétation.

    Le doyen pointa son doigt sur une case biffée de noir.

    — C’est la salle des armes, souffla-t-il. Il y avait là, il y a fort longtemps, des chevaliers et tout un arsenal d’objets forgés. Le château est devenu un musée, le musée une ruine.

    Mais bien des choses doivent dormir par en dessous ; elles attendent qu’on vienne les récupérer. Si nous pouvions nous en emparer, les gloutons nous laisseraient enfin tranquilles !

     

    Le seul moyen disponible pour traverser le fleuve était le vestige d’un immense pont à tablier élevé ; jadis s’y trouvait suspendue une plateforme. Cette dernière avait été désossée depuis un bout de temps. Restait la charpente métallique du pont, massive malgré la rouille qui l’enduisait d’une lèpre vermillon.

    Escalader le pilier puis parcourir le portique sur toute sa longueur relevait de l’exploit. Plus d’un gosse, les jours de grand vent, avait perdu l’équilibre avant de plonger deux cents mètres plus bas, dans les eaux tannées du fleuve.

    Au mitan du jour ils posèrent pied de l’autre côté : une zone marécageuse où des insectes évoluaient paresseusement dans l’air.

    Toujours en file indienne, ils longèrent la rive en direction de la ville.

    Il restait peu de maisons debout, tous les toits s’étaient volatilisés.

    La silhouette du château se dressait à l’horizon.

    Quand ils arrivèrent au pied des douves, ils remarquèrent la muraille croulante ; de gros blocs de pierre avaient tapissé les fossés où régnait une selva hostile, faite de ronces et de choses qui grouillaient à l’intérieur.

    Le leader, qui se nommait « Lame », en référence aux épées qu’il vénérait, jeta un oeil sur le plan. Il ne savait pas lire, mais le vieux l’avait redessiné dans la terre en leur expliquant où devait se trouver la salle des armes : droit devant eux, juste après le pont-levis, quelque part dans les sous-sols du corps de garde : un ouvrage à demi effondré d’où prit son envol une nuée de corbeaux quand ils s’en approchèrent.

    Lorsqu’ils furent arrivés dans la bâtisse, des choses semblaient écrites sur les murs : d’anciens panneaux, probablement. Les gosses n’en comprirent pas le sens.

    Les premières marches d’un grand escalier en colimaçon s’enfonçaient dans la pénombre. Leurs yeux ne tardèrent pas à s’habituer à la lumière chiche.

    Lame s’engagea en premier. Les autres ne le lâchaient pas d’un pouce, attentifs au moindre bruit.

    À mi-parcours, pourtant, le dernier glissa sur une marche luisante d’humidité et entraîna les autres dans une dégringolade qui les précipita tous par-dessus un palier qui marquait la limite avec le vide, toute la partie suivante de la construction étant éboulée.

    © Jean-Claude Chiariello

    © Jean-Claude Chiariello

    Ils se relevèrent au bout d’un moment, endoloris et les vêtements déchirés par leur chute de plusieurs mètres. La pièce était circulaire. Nulle trace d’armes dans ce réduit de l’ancien musée où on avait entreposé des dizaines de panneaux et d’encarts. La plupart étaient illisibles ou rongés par les vers. Les gamins les examinèrent un instant. Sur l’un d’eux, on apercevait des humains dans un véhicule inconnu ; ils reconnurent des roues. De grosses lettres au-dessus précisaient : « le voyage à Nantes ». Ils n’en perçurent pas la signification.

    La seule issue était un trou sombre à hauteur d’homme qui devait mener vers l’extérieur.

    Ils comprirent qu’ils se trouvaient dans des oubliettes, ou peut-être une cave sous les remparts.

    Ils percevaient mieux leur environnement, car des meurtrières situées plus haut laissaient passer une lumière à claire-voie. Au sol, ils découvrirent que des débris de bois qui craquaient sous leurs pas formaient toute autre chose : un amoncellement d’os et de crânes brisés.

    Avant eux, d’autres enfants et quelques adultes s’étaient déjà mis en quête de l’armurerie.

    La salle d’armes n’en était pas une ; c’était un mouroir.

    En s’approchant de l’orifice, ils perçurent à l’intérieur les couinements et le bruit caractéristique d’un troupeau de ragondins affamés.

    Leur chute les avait attirés. Toute une meute.

    Leur voyage se terminait là.

     

    Nantes Voyage, ouvrage collectif, éditions Durand-Peyroles, 210 pages, 14 €. Disponible chez tous les libraires et dans les points Le Voyage à Nantes. Achat en ligne sur le site de l'éditeur.

     

    Sylvain Forge : des codes et des lettres

    Portrait de Sylvain ForgeDu code pénal au code informatique : juriste de formation, Sylvain Forge travaille dans le domaine de la sécurité informatique. Un background professionnel qui lui donne un intérêt tout particulier pour les nouvelles technologies, la cybercriminalité ou encore les réseaux sociaux.

    Né en 1971, il habite à Nantes, "ville sirène fascinante, ni tout à fait marine, ni tout à fait terrestre, marquée par le passé mais tournée vers l'avenir", depuis une dizaine d'années. D'origine auvergnate, il a travaillé pendant ses études en tant qu'animateur culturel à Vichy. Cela lui a inspiré son deuxième roman, Le Vallon des Parques, un polar qui se déroule en 1943. Son dernier roman (le 5e) évoquera lui la tragédie des Harkis à travers une nouvelle enquête policière. Deux exemples historiques d'un "passé qui ne passe pas".

    Lorsqu'il était étudiant, Sylvain Forge était aussi passionné de jeux de rôles et a écrit plusieurs scénarios. Une compétence qu'il décline aujourd'hui à Nantes, puisqu'il a imaginé trois jeux de pistes pour l'association Graine d'Europe destinés à faire découvrir le passé européen de la ville à des scolaires (du primaire au lycée) et un autre pour les 9 – 12 ans élaboré avec le musée Jules Verne (dans lequel se déroule en partie l'un de ses romans, Un parfum de souffre).

    Ces expériences lui ayant plu, Sylvain Forge souhaite désormais se lancer dans la littérature jeunesse afin de "lâcher la bride à l'imaginaire !". La nouvelle réalisée pour le recueil Nantes Voyage a d'ailleurs été le point de départ de son prochain projet, qui sera réalisé en collaboration avec le graphiste et illustrateur Jean-Claude Chiariello. Dans un univers fantastique là aussi bien codifié. "L'histoire se déroulera sur les vestiges de Nantes et mettra en scène des hordes d'enfants, dans une ambiance à mi-chemin entre Game of Thrones et Avatar..."

    En savoir plus : http://sylvainforge.webnode.fr

    Crédit photo : Eric Perraud

    Thibaut Angelvy

     

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