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    C'était Ginette, ép. 1/2

    Le chemin de Ginette - par Catherine Trautmann

    Couverture de "C'était Ginette" Couverture de "C'était Ginette"

    Premier extrait du livre C'était Ginette, de Patrick Amara et Jean Goblet. Dans cette préface, Ginette Leroux est présentée par l'une de ses "sœurs d'armes" en politique. Un bel hommage signé Catherine Trautmann qui a notamment été maire de Strasbourg, ministre de la Culture et de la communication, puis députée européenne.

    Nulle personne qui croisait la route de Ginette Leroux ne pouvait échapper au saisissement de son regard direct, sa présence et son intelligence vive, toute mobilisée pour établir une rencontre véritable avec son interlocuteur. Parce qu’elle était une femme d’action en même temps qu’elle portait haut ses convictions, on disait d’elle qu’elle avait un fort tempérament !

    C’était le sort de toutes les femmes, militantes politiques et élues, qui ne craignaient pas de s’exprimer, ni de prendre des responsabilités, pour transformer la société dans son quotidien comme dans ses assises les plus profondes. C’est ainsi que nous nous sommes rencontrées, tout justes élues à l’Assemblée nationale, elle l’Angevine et moi l’Alsacienne ; nous siégions dans ce temple de la République, le Palais Bourbon, elle qui gardait au cœur l’héritage des luttes des ouvriers de Trélazé, et puisait une racine solide dans leur quête de justice, d’égalité et de dignité, et moi, parente de l’un des meneurs de la révolution qui eut lieu dans la vallée du Rhin en 1848, révolte presque effacée par les annexions et les guerres qui ont suivi. Même époque, même aspirations : construire un monde démocratique où les droits humains s’imposeraient aux dirigeants et bénéficieraient à toutes et à tous et d’abord aux plus fragiles. Car les adeptes de La Marianne voulaient établir une "république démocratique et sociale".

    Voilà qui convenait parfaitement à Ginette, qui par son histoire, dont elle me fit part avec beaucoup de pudeur, était d’abord une militante du social. Elle savait ce qu’étaient la précarité et la chance offerte à l’école par un maître attentif et déterminé à la voir faire ses études. Elle mesurait combien il importait de garder la mémoire de cette tranche de vie et de rester fidèle à tous ceux qu’elle avait côtoyés, depuis ses proches jusqu’aux connaissances plus lointaines, puis à toutes celles et ceux dont elle a eu à s’occuper comme assistante sociale. Pour elle, il n’y avait pas de progrès démocratique, ni d’ailleurs de République digne de ce nom, sans la résorption des inégalités, sans l’accès à l’éducation qui mène à l’activité professionnelle, sans logement décent, sans des droits sociaux et une protection sociale et universelle.

    Que ce soit au Parti Socialiste, dans le cercle des rocardiens, dans son mandat local ou dans la commission des affaires sociales et culturelles de l’Assemblée nationale, Ginette poursuivait tous les sujets qui lui paraissaient brûlants pour les gens, le revenu minimum, l’accès aux soins, le chômage de longue durée, le partage du travail ou le travail de nuit des femmes, etc. Nous enragions ensemble de voir que toutes ces questions, pourtant fondamentales, ne parvenaient pas au premier rang des priorités de nos instances politiques. Lors de nos discussions, dans le bureau de l’une ou de l’autre, nous réfléchissions aux démarches à entreprendre pour nous faire davantage entendre. Nous imaginions des scénarios pour le futur congrès, groupes de travail, résolutions, participation à l’élaboration de notre motion, toutes choses que nous fîmes en particulier du fait de la responsabilité de Ginette à la Fédération du Maine-et-Loire. Sa présence et son ton tranchaient dans l’aréopage des "hommes forts" de nos fédérations. Beaucoup s’interrogeaient sur ses ambitions politiques, elle impressionnait, et de là à ce qu’on la craigne, comme on craint toute femme qui prend le pouvoir, le pas fut parfois franchi. Nous nous encouragions à tenir bon dans notre perspective : démontrer concrètement comment la gauche pouvait "changer la vie", et comment les femmes qui portaient ce changement n’allaient pas se contenter d’être de simples alibis.

    Nous partagions les mêmes espoirs, voir les femmes accéder à toutes les responsabilités et toutes les libertés dont elles se trouvaient encore privées : choisir leurs métiers, conquérir leur indépendance économique, être reconnues autant que les hommes dans leur parcours de vie et leur rôle social, quelles que soient leur profession, leur origine, leur formation. Assumer, sans le mépris des autres, d’être femmes dans leur corps, leur sexe, leur maternité. Cela supposait d’être prête soi-même à prendre des risques, à ne pas refuser la confrontation ou le rapport de force. Dès les premiers jours de notre présence au Palais Bourbon et parce que nous voulions apprendre notre tâche de législateur, nous assistions aux séances de nuit. Sur les bancs de la droite, les quolibets fusaient, on nous traita même de "pétroleuses" ! Marie Jacq, députée du Finistère et vice-présidente de l’Assemblée, nous repéra et entreprit de nous livrer tuyaux et formation accélérée pour être députées. Nous imposer par notre compétence, il en allait de même en politique comme dans le monde du travail, l’adage était le même et le constat semblable : une femme prend la place d’un homme, mais la place que l’homme prend, lui revient…

    Nous étions souvent toutes les trois ensemble, l’ancienne expérimentée et les deux nouvelles, pour échanger, analyser et apprendre les unes des autres. En riant nous disions qu’à nous trois, nous représentions toute la France entre ouest, centre et est… Mais à trois, dans l’hémicycle, on se demandait à quoi nous complotions ! Cet apprentissage politique fut une expérience heureuse et la source d’une profonde amitié.

    Aucune compétition entre nous, aucun doute sur notre éthique d’action, juste de la solidarité et de l’énergie partagées dans la complicité. La personnalité de Ginette était rayonnante et généreuse. Elle travaillait intensément, ressentait avec une grande sensibilité, qu’elle transformait en humour et parfois en indignation, les situations les plus injustes et les plus choquantes. Aucune situation ne pouvait rester sans solution. C’est dans cette émulation politique avec Ginette que j’ai commencé à comprendre que l’innovation n’était pas seulement technologie mais qu’elle devait être aussi sociale et se penser comme de mener un groupe.

    De mon côté, je lui faisais partager les conceptions que je nourrissais pour transformer l’espace urbain, "changer la vie, et la ville", pour que nos quartiers soient plus vivables et que nous puissions mettre en œuvre une véritable "égalité humaine", en matière de logement, d’espace public et de services publics. Je lui faisais part du socialisme municipal, tel qu’il avait été mis en œuvre à Strasbourg, elle me décrivait Angers et Trélazé et tout ce qui pourrait y être réalisé. Elle savait que je songeais à me préparer pour conquérir la mairie de Strasbourg, je l’encourageais à envisager aussi, un jour, de devenir maire.

    Et puis vint cette soirée où elle me parla de son cancer, de sa douleur au bras, du fait qu’elle avait fait toute la campagne législative, malgré son mal. Je prenais conscience de son courage, mais aussi du danger pour elle, pour son mari, sa famille et son équipe qui partageaient avec elle l’espoir qu’elle s’en remettrait. C’est ce soir-là, pour changer de sujet, qu’elle m’a parlé des ardoisières qui ont fait la richesse de son territoire, mais aussi l’exploitation des ouvriers… Elle me raconta le passage de Louise Michel, venue au contact des ouvriers en lutte. Puis elle s’est mise à me décrire l’ardoise, cette pierre solide et friable, sa couleur grise et changeante sur les toits, la difficulté et la noblesse à travailler ce matériau, son attachement inextinguible au paysage créé par l’exploitation ardoisière. À force de l’écouter, je n’ai pu faire autrement que de m’intéresser à ce schiste et de l’associer définitivement à Ginette, si forte et si fragile.

    Dans le dernier échange téléphonique que nous avons eu, peu de temps avant qu’elle ne s’en aille, elle m’a assuré que nous nous retrouverions pour la poursuite de nos projets et m’encourageait pour les prochaines échéances. Dernier geste d’élégance pour me dire qu’elle était obligée de me laisser seule poursuivre ma route…

    Je l’ai poursuivie, ma route, avec la rage au cœur de l’avoir vue partir si vite, frustrée de cette injustice et de ne pas continuer à construire avec elle nos plans pour un futur politique meilleur. J’ai puisé dans cette colère mais aussi dans la générosité avec laquelle elle bâtissait ses amitiés, une partie de la force qui m’a permis d’endurer quelques épreuves avant de devenir la première femme maire d’une grande ville de France. Elle est dans le petit nombre de ceux à qui cette victoire fut dédiée. Si elle n’est plus là, son souvenir demeure et de manière concrète. À Strasbourg, dans le siège du Parlement européen, a été construite, tout à côté de l’hémicycle, une allée comme une faille de lumière. Espace de transition, son sol est couvert d’ardoises dont l’empilement dessine des formes ondulées dont s’échappent des lianes géantes dressées vers le puits lumineux qui éclaire le cheminement des députés. Nous partagions avec l’architecte le même goût pour l’ardoise de Trélazé…

    Ainsi se prolonge, dans cet autre Parlement où se délibère le droit européen, le chemin symbolique de Ginette.

     

    Catherine Trautmann

    Députée Bas-Rhin de 1986 à 1988. Réélue dans la première circonscription en 1997.
    Maire de Strasbourg de 1989 à 1997.
    Ministre de la Culture et de la communication de juin 1997 à mars 2000.
    Députée européenne de 1989 à 1997 et de 2004 à 2014.
    Nommée ministre en 1997, elle avait démissionné de ses fonctions de députée.

     

    Extrait de C'était Ginette, Première femme députée du Maine-et-Loire, de Patrick Amara et Jean Goblet, éditions du Petit Pavé, août 2016, 160 pages, 16 €. Achat en ligne sur le site de l'éditeur.


    L'auteur

    Jean Goblet, passeur de mémoire et reporter de territoire

    Jean GobletDepuis plus de 70 ans, Jean Goblet recueille et raconte les histoires locales. D'abord dans la presse, et désormais dans des livres. Son dernier ouvrage, C'était Ginette, a été réalisé à quatre mains avec Patrick Amara. Il est dédié à une femme politique angevine au destin aussi brillant que tragique, Ginette Leroux. Un hommage sur commande, mais aussi sincère que désintéressé.

     

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