Actualités : inscription à la newsletter de Terri(s)toires

Recherche

Les ebooks à la Une


Folles journées
Folles journées Après Nantes voyage, les Romanciers Nantais ont réalisé un nouveau recueil en partenariat avec un événement phare de la…


Le FC Lorient
Le FC Lorient Troisième club professionnel breton, le FC Lorient est une valeur sûre du football français. De la première saison au…


C'était Ginette
C'était Ginette Première femme députée du Maine-et-Loire, comme l'indique le sous-titre du livre qui lui est dédié, Ginette Leroux était une…




  • Les feuilletons à la Une


    Chomlaik
    Chomlaik Marion Gommard-Jouan est partie à la rencontre "des artistes qui donnent à voir le monde". Au fil des histoires glanées sur plusieurs continents, et notamment à chaque…


    Au fil de l'estuaire de la Loire
    Au fil de l'estuaire de la Loire 200 km, à pied. "Appréhender l’estuaire dans sa globalité nécessite d’en arpenter les franges, pas à pas, au rythme du marcheur", expliquent Guy-Pierre Chomette et Franck Tomps.…


    Les tops de Terri(s)toires
    Les tops de Terri(s)toires Artistes locaux, endroits flippants, jolies plages, lieux aux noms insolites...  La rédaction de Terri(s)toires explore les territoires de l'Ouest à la recherche de perles, et dresse des…




  • Nos partenaires

    

    Requiem à quatre mains, ép. 3/4

    Le Grand Bleu miniature

    La couverture du roman Requiem à quatre mains de Roger Coupannec. La couverture du roman Requiem à quatre mains de Roger Coupannec.

    Augustin Donnet Du Vallon, petit bourgeois mayennais plutôt détestable, s'est construit une vie "sans tambour ni trompette"… sans se douter qu'elle finirait dans un tel fracas. Et que vient faire une chanson d'amour dans la mort de cet homme désabusé ? Nouvel extrait de Requiem à quatre mains, de Roger Coupannec, avec la première apparition du journaliste-détective Jo Morel.

    Vers 7 h 30 le lundi 4 mai, alors que les moineaux s’égosillaient dans les rues du Pouliguen à chanter la nature en fête, Rosalie Bercot qui venait comme d’habitude d’ouvrir avec sa clef la porte du domicile d’Augustin Donnet et qui s’apprêtait au copieux ménage d’après week-end, découvrit son patron dans son aquarium exotique, la tête fracassée. Les pieds dans l’eau répandue sur le sol, peu habituée aux situations sortant de l’ordinaire, elle resta un instant hébétée, se contentant de répéter en guise d’oraison funèbre "Ben dis donc ! Ben mon cochon !" Puis elle prit la sage résolution d’appeler la seule personne apte à s’occuper de la chose à sa place.

    S’il fut surpris des circonstances du décès, Pierre-Jean Chapelain n’en laissa rien paraître, à la différence de la bonne qui maintenant se tamponnait les yeux dix fois par minute et multipliait les exclamations de compassion alarmée. Ce fut grâce à son sang-froid et à sa diligence que la procédure habituelle en cas d’accident mortel fut vite enclenchée, même s’il ne s’attendait sans doute pas à l’enquête de la police venue de La Baule.

    Le docteur Balpuytren, au vu des circonstances du décès, refusa comme il se doit le permis d’inhumer et il en informa le maire du Pouliguen qui répercuta l’information au commissariat de La Baule. Le capitaine Larivière, récemment affecté dans la cité balnéaire, se fit accompagner par le lieutenant Piperno et tous deux examinèrent les lieux pour élucider le mystère de cette mort inopinée. Ils prirent des notes dont voici la transcription :

    Sur le sol carrelé de la salle de séjour flottent quelques corps de poissons colorés au milieu d’une quantité importante de liquide échappée d’un énorme aquarium situé à 1,80 m du mur nord, juste à l’aplomb du bord extérieur de la mezzanine de l’étage. Le corps de la victime, vêtue d’un pyjama de soie, se trouve à moitié immergé et l’aquarium aux proportions peu ordinaires (longueur 200 cm, largeur 100, hauteur 80) est vidé de la moitié de sa contenance. La tête et le thorax plongent dans l’eau, le reste pendant à l’extérieur et seul le pied droit est chaussé d’une mule. Une incision large et profonde s’observe sur la nuque et la tête forme avec les épaules un angle supérieur à 90 degrés, dû sans doute à la rupture des vertèbres cervicales. Il semble évident que l’homme est tombé la tête la première sur une des arêtes de l’aquarium et seule l’épaisseur de ses parois explique que ce réceptacle hors normes ne se soit pas rompu. À l’étage on n’observe aucune marque sanglante, aucune trace de lutte ni au sol ni sur la balustrade et la mule manquante du défunt est la seule tache bleue sur la moquette beige, à peu de distance du bord. Rien ne permet de suspecter d’emblée une agression. Reste à savoir comment et pourquoi l’homme est tombé. La première hypothèse est qu’en admirant ses poissons exotiques il se soit imprudemment penché en avant.

    Piperno se plaça exactement à la verticale du corps et examina avec soin la boiserie de la main courante. Elle était intacte. Il se pencha en avant, imaginant la chute, une belle pirouette ventrale si l’on se fiait à la fracture des cervicales.

    — Et pourquoi pas un suicide ?

    — Non. C’était un bon vivant. Vous avez vu les céramiques paillardes ? Et puis, un peu tarabiscotée la position, je trouve, pour se donner la mort.

    — Soit ! Pas d’indices déterminants à l’étage. Redescendons !

    Les poches du pyjama, gonflées, attirèrent leur attention. Muni de gants de plastique le lieutenant extirpa lentement un flacon de gouttes oculaires, un mouchoir plié avec soin, brodé aux initiales AD, quatre billets de faveur du cirque Amar valables le 9 mai, une clé USB, deux biscuits enveloppés de cellophane. Il ajouta en riant :

    — On dirait que le défunt appréciait de satisfaire un petit creux dans la nuit. Et peut-être aussi, comme moi, d’écouter de la musique en cas d’insomnie.

    — Ah, oui, la clé USB ! Passez-la sur votre ordinateur, s’il vous plaît, Lieutenant !

    Répercutée par le haut plafond, une musique de plénitude joyeuse envahit la salle, suivie d’une chanson :

    "Tant qu’il y aura des chevaux, des arbres, des oiseaux
    Nous resterons ensemble,
    Tant qu’il y aura de l’amour tout comme au premier jour
    Nous aimerons ensemble…
    "

    Cette voix ? Le capitaine la connaissait, oui… Il voyait un visage de femme. Une actrice aux yeux envoûtants… Plein Soleil, le film de René Clément… Marie Laforêt. Voilà ! Il s’appliqua à tout écouter. Un chœur reprenait en alternance la belle espérance. La clé USB ne contenait que cette chanson. C’était une affirmation d’amour enthousiaste et optimiste. L’hypothèse du suicide s’envolait définitivement. Pas d’effraction, pas de vol. Alors ? Seul un familier connaissant les habitudes du mort et assez proche pour être reçu par lui en pleine nuit aurait pu le faire tomber. Mais une rapide investigation dans le bar exclut la vengeance. On ne connaissait aucun ennemi déclaré au défunt. Pas plus d’ailleurs, et cela rendit le capitaine quelques instants perplexe, de liaison féminine justifiant l’hymne à l’amour de la clé USB. Le procès-verbal établit donc que M. Augustin Donnet Du Vallon, né le 30 avril 1964 à Laval, département de la Mayenne, célibataire, sans enfants, propriétaire au Pouliguen du Bar Dudevant sis 203 quai Jules Sandeau, honorablement connu sur la place et sans casier judiciaire, était décédé accidentellement, suite à une chute malencontreuse. À 15 heures Rosalie fut autorisée à nettoyer les lieux.

    Personne, dans la turbulence de cette mort inattendue, n’avait songé à avertir du décès de leur partenaire les trois autres joueurs de cartes habituels du lundi soir. Aussi furent-ils étonnés, en arrivant quasiment tous en même temps, de trouver le bar fermé. Pierre-Jean Chapelain se présenta à eux bientôt pour les informer de l’accident qui entraînait, bien sûr, la fermeture temporaire du Bar Dudevant. La conséquence immédiate les navrait : leur partie de tarot était à l’eau. On pouvait se demander à leur mine déconfite si ce n’était pas là leur principale contrariété. "Il a bien choisi son jour", marmonna l’un d’eux en hochant la tête.

    * * *

    L’enterrement de Donnet Du Vallon réunit une petite foule dans l’église du Pouliguen et le curé, comme d’habitude, chanta les mérites rares du disparu. Il faut bien avouer que la plupart des gens qui s’étaient déplacés pour la cérémonie souhaitaient surtout en apprendre plus sur les circonstances cocasses du décès, mais rien ne transpira.

    L’article de La Vigie était resté sobre malgré le fou rire incontrôlé et les blagues faciles qu’avait suscitées la nouvelle dans l’équipe de rédaction. La plongée en aquarium devenait pour l’un le sujet d’un nouveau film : Le Grand Bleu miniature. Un autre qui revenait du Mexique évoquait le saut de l’ange des plongeurs fous de La Quebrada à Acapulco, ridiculisé désormais par le saut de carpe du bistrotier du Pouliguen. Comme l’actualité de mai, fort réduite, n’alimentait aucun article de fond, Jérémie Grondin, en charge des faits divers, avait poussé la conscience professionnelle jusqu’à couvrir les obsèques et il emmena avec lui son collègue Jo Morel, désœuvré. Ils disposaient d’une heure. Ils en profitèrent pour flâner sur le quai du Pouliguen, s’intéresser au va-et-vient des bateaux dans le chenal et passer par le bois où les boulistes organisaient déjà leurs compétitions.

    — Dis-moi, Jo ! Je te trouve moins expansif ces jours-ci. Tu n’aurais pas un coup de blues ?

    — Par moments, oui. Mais je rebondis, mon vieux. Rien de grave.

    — Tu parles ! "Un seul être vous manque et tout est dépeuplé" Jamais je ne comprendrai que Laurette et toi vous n’ayez pas emménagé ensemble. Vous auriez pu au moins vivre à proximité. C’est vraiment du masochisme de vivre à 1000 kilomètres l’un de l’autre quand on s’entend aussi bien que vous deux.

    — Je sais que tu ne le comprends pas. J’avoue que de temps en temps je tiens ton raisonnement mais Laurette et moi nous respectons la carrière de l’autre. Nous n’avons pas choisi cet éloignement mais pour être franc, aussi curieux que cela paraisse, nous en tirons une force particulière… Et puis il y a internet qui facilite les contacts.

    — C’est bien joli mais je ne te vois pas te contenter du virtuel.

    — Moi non plus, sois rassuré ! Nous nous retrouvons une dizaine de fois dans l’année en profitant des circonstances et c’est chaque fois une fête totale. L’intensité vaut mieux que la durée.

    Juste au moment ou un tireur de boule lyonnaise réalisait un magnifique carreau, les cloches de l’église annoncèrent le début des obsèques. Aucun représentant de la famille n’assistait à la cérémonie. Apparemment ce Donnet Du Vallon n’avait pas de parents vivants. "À moins, suggéra Jo, que leurs relations se soient détériorées. Ce n’est pas si rare." La corporation des commerçants avait tenu à offrir une gerbe et plusieurs d’entre eux se trouvaient dans les premiers rangs. Grondin salua un notaire de sa connaissance et, à la sortie de l’office, il n’hésita pas à l’interroger sur l’avenir du Bar Dudevant. Bingo ! L’autre lui confia qu’il était un familier du défunt et qu’il lui revenait, en raison d’une disposition antérieure, de régler la succession. Fort simple au demeurant : un seul héritier, un petit-cousin vivant en Australie.

    — Et il n’a pas pu se déplacer, évidemment ?

    — Non, il n’est pas là. C’est compréhensible. Mais je l’ai contacté par téléphone. Il ne connaissait pas du tout son parent, vous savez. L’affaire ne l’intéresse pas et il m’a chargé de vendre tout au plus vite. J’ai cru comprendre qu’il avait besoin de liquidités. Vous n’en parlez pas, hein ! Le bougre ne va pas être déçu : j’ai déjà des repreneurs. Les nouvelles vont vite. Peut-être grâce à votre article d’ailleurs. J’ai éliminé cinq ou six clients pas très sérieux ou novices en affaires. Ma préférence irait à un couple qui connaît déjà la région pour y passer régulièrement ses vacances et qui a surtout d’excellentes références bancaires.

    [...]

     

    Extraits de Requiem à quatre mains, de Roger Coupannec, éditions D'Orbestier, novembre 2015, 160 pages, 15 €. Achat en ligne sur le site de l'éditeur.

     

    L'auteur : Roger Coupannec

    Défi relevé pour le professeur globe-trotter

    Roger Coupannec - auteur du PouliguenChacun son tour. Après avoir passé des années à demander à ses élèves de bien raconter leurs histoires, Roger Coupannec, professeur de lettres classiques et chef d'établissement à la retraite, s'est lancé le même défi. "Et toi, mon bonhomme, es-tu capable de tenir la longueur ?" La réponse est oui : 10 ans plus tard, il écrit encore et publie environ un livre par an. Avec une recette immuable : "un tiers de morts, un tiers d'amour et un tiers d'humour !".

    Tous ses romans se déroulent sur la presqu'île guérandaise, l'auteur habite au Pouliguen et il a été correspondant pour L’Écho de la Presqu'île à Herbignac. N'allez pour autant pas croire qu'il s'agit d'un pantouflard : Sénégal, Mali, Côte d'Ivoire, Algérie, Rwanda, Mexique... Roger Coupannec a passé les deux tiers de sa vie professionnelle à l'étranger. Et du local à l'international, il "invite la réalité" dans ses récits imaginaires en abordant des sujets qui fâchent : "la pollution des côtes, l'invasion publicitaire, le projet d'aéroport à Notre Dame des Landes, le rôle ambigu des ONG dans les pays en développement, les âneries sur le quatrième âge..."

    Mais avec ses livres, Roger Coupannec "cherche avant tout à distraire". Auteur de polars humoristiques, dans la lignée de Léo Malet ou Charles Exbrayat, il prend un malin plaisir à s'amuser avec les lecteurs qui jouent aux détectives, et notamment en commençant par une grille de mots croisés qui donne des indices sur l'intrigue. À votre tour de relever le défi !

    Thibaut Angelvy

     

    Lire tous les épisodes de Requiem à quatre mains

    Partager cet article :

    Dans la même rubrique :

    Vous n'avez pas le droit de laisser un commentaire ! Veuillez vous connecter ou vous abonner si vous n'avez pas encore de compte...