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    Un destin foudroyé, ép. 3/3

    Le retour aux sources pour "devenir quelqu’un"

    La couverture du livre Un destin foudroyé de Kodjovi Obilalé. La couverture du livre Un destin foudroyé de Kodjovi Obilalé.

    Pour se reconstruire, l'ancien footballeur togolais Kodjovi Obilalé est revenu à ses racines paternelles. Au pays Akposso, dans le village d'Ouga, dont son grand-père a été roi. Un voyage qui ressource, première étape vers sa nouvelle vie. Troisième et dernier extrait du livre Un destin foudroyé.

    Le retour sur la terre de mes ancêtres après les ors de la République togolaise créa un sérieux contraste. En cas de coup dur, certains se tournent vers la religion. Je préférais revenir à mes racines paternelles. Elles se situaient à cinq heures de route de Lomé, dans un Togo profond que Google Map ne connaît pas très bien. En pays Akposso et plus précisément dans le village d’Ouga, qui a vu naître mon père et dont mon grand-père Samuel fut roi. Mon père y était enterré depuis 2001.

    Vu d’Europe, cela peut ressembler à un folklore distrayant mais le retour aux rituels akposso comptait beaucoup dans mon processus de reconstruction. Comment pouvais-je prétendre "devenir quelqu’un", comme l’avait dit le président, sans savoir d’où je venais, sans me frotter aux savoirs et aux traditions qui avaient façonné mes ancêtres ?

    Je n’avais jamais mis les pieds à Ouga, un endroit chargé de mystère. J’en avais beaucoup entendu parler quand j’étais gosse. Mon grand-père, le roi Samuel Obilalé, était une grande figure locale. Dans toutes ces populations de chasseurs et de cueilleurs, on se repassait en boucle ses exploits. Légende ou réalité, un beau jour, il était sorti de la forêt en traînant tout seul le cadavre d’un taureau qu’il avait abattu. Je n’ai malheureusement jamais connu ce colosse très respecté dans la région. Il faut dire qu’il avait une très grande famille, avec 18 enfants au compteur.

    Dans mon voyage, j’étais accompagné d’André, d’un oncle et d’une tante paternelle. Ce fut une journée bien remplie. Tout d’abord, nous avons fait la route jusqu’à Atakpamé, à environ 160 kilomètres de Lomé. Ensuite, nous avons loué les services d’un indispensable taximan local. Il n’y avait pas de route bitumée jusqu’à Ouga, proche de la frontière ghanéenne. Quoi que pittoresque, le trajet fut assez éprouvant. Ça chahutait pas mal dans le 4 x 4. La végétation était très dense, très verte, nous empruntions souvent de petits chemins défoncés, les pistes en terre bien plane étaient trop rares. Tout cela pendant deux heures, sous une chaleur étouffante. Retrouver ses racines, ça se mérite.

    J’imagine que les villageois avaient placé des guetteurs sur le trajet à des endroits stratégiques. Après un énième chemin pierreux, quand nous avons débouché sur la place du village, tout le monde était en position. Quelques centaines de personnes se sont avancées pour organiser une sorte de haie d’honneur au taxi. Des percussions ont commencé à retentir jusqu’à couvrir le bruit de notre moteur. Dans la voiture, nous étions muets, les yeux grand ouverts. 100 % des habitants du village avaient semble-t-il entendu parler de moi. Et tout cela sans Internet !

     

    Extraits du témoignage de Kodjovi Obilalé, Un destin foudroyé, éditions Talent sport, 256 pages, 18 €. Achat en ligne sur le site de la Fnac ou Amazon.

     

    Victime du terrorisme

    Kodjovi Obilalé, le gardien de but qui ne baisse jamais les bras

    Kodjovi Obilalé, auteur de Un destin foudroyéDevenir footballeur professionnel en Europe est un rêve pour beaucoup de jeunes Africains. À 17 ans, le Togolais Kodjovi Obilalé, gardien de but prometteur, peut y croire. Un agent le fait venir en France pour des essais chez les Chamois Niortais et au FC Lorient, mais c'est un échec : "la priorité était donnée aux jeunes de leur centre de formation", regrette-t-il. Fan de "Gigi" Buffon et Edwin van der Sar, "des gardiens qui ont connu une carrière exceptionnelle grâce à une bonne hygiène de vie*", Kodjovi rentre en Afrique mais continue de croire en sa bonne étoile. À 19 ans, comme un symbole, il intègre l'Étoile Filante de Lomé, club sacré sept fois champion. À 22 ans, devenu international (il fait partie du groupe qui dispute la Coupe d'Afrique des Nations puis la Coupe du monde en 2006), il retente sa chance en France. Deuxième échec.

    Cette fois, il reste en Bretagne et joue pour le CS Queven qui évolue en DRH (équivalent de la septième division). En 2008, il passe un cap en étant transféré au GSI Pontivy, alors en CFA (quatrième division). Il grimpe les échelons, et le rêve se rapproche. "En 2010, je commençais à avoir des contacts avec des clubs professionnels avant de partir à la CAN." Cela sera en fait sa dernière saison. Grièvement blessé pendant l'attaque du bus de sa sélection par des séparatistes angolais, il doit tirer un trait sur sa carrière de footballeur et craint même quelque temps de devenir stérile. Cinq ans après le drame, il a décidé de revenir sur ce traumatisme avec un livre autobiographique, Un destin foudroyé. "C'est une forme de thérapie, une manière d'extérioriser. Ma vie a totalement basculé", explique le jeune homme de 31 ans, père de deux enfants. "J'ai un moral d'acier, mais cela a été très dur. Désormais, je vais mieux. J'ai troqué le fauteuil roulant contre des béquilles, je suis autonome, j'ai repassé le permis et je conduis…"

    Aujourd'hui, Kodjovi Obilalé s'efforce de partager son expérience au quotidien pour lutter contre la violence. "J'ai passé un diplôme d’éducateur spécialisé, et je me suis engagé auprès de jeunes en réinsertion via l’association lorientaise Remise en Jeu. J'essaye de leur inculquer des valeurs d'humanité, de les amener à relativiser et à se responsabiliser. Car le premier ennemi de l'homme, c'est l'homme lui-même. Il faut agir pour que la paix puisse s'imposer partout dans le monde. À mon niveau, j'ai le sentiment de faire le maximum en me levant tous les matins, malgré la douleur, pour aller travailler avec ces jeunes en difficulté. Je me sens utile, et cela donne un sens à ma vie." Non seulement Kodjovi ne baisse pas les bras, mais c'est aussi le premier à se relever les manches.

    * van der Sar a joué au plus haut niveau jusqu'à 41 ans et Buffon est encore le gardien titulaire de la Juventus et de l'Italie à 37 ans.


    Thibaut Angelvy

     

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