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    Peau de peinture, ép. 3/3

    Les piliers de comptoirs philosophes

     Couverture du livre "Peau de peinture" Couverture du livre "Peau de peinture"

    Dernier extrait du roman Peau de peinture , de Thierry Picquet. Après un weekend calamiteux, Paul et Louis noient leur chagrin dans la Guinness d'un bar rennais. Alors qu'il était pion dans un collège de banlieue, Paul est désormais désœuvré. Avant de le suivre dans une aventure surprenante, présentation du personnage…

    On était bien d’accord, avec Louis, y’avait pas mort d’hommes. Ça nous faisait même marrer d’être là comme deux vieux cons dans une maison de retraite qui se plaignent que le nouveau P.Q. est plus rêche que l’ancien et que l’infirmière de nuit est moins ban­dante que celle du matin. N’empêche qu’à force de Guinness, on trouvait qu’on en avait vraiment ras le cul de toutes ces petites conneries qui petit à petit, insidieusement, nous grignotaient le cerveau et nous pourrissaient la vie.

    On n’était pas encore de vieux cons, mais à ce tarif-là, ça menaçait de nous arriver encore plus vite qu’une augmentation des impôts.

    Le dimanche soir dans les bistrots en province, t’as deux races de pékins : les jeunes, en bande ou en couple, qui ont passé un excellent week-end, et qui veulent en profiter jusqu’au bout, qu’ont pas envie de se quitter, et pis les vieux, solitaires, célibataires, divorcés, pas trop propres sur eux, qui eux se sont fait chier pendant deux jours d’affilée. Ils traînent leur misère à lustrer les tabourets des rares bars ouverts le dimanche pour repousser le moment de rentrer seuls chez eux. Avec Louis, on voyait bien à quelle race on appartenait. Il était temps de réagir. C’est à ce moment-là que Louis a lâché :

    « C’est incroyable, Paul, tout ce qu’on fait pas dans notre vie et qu’on aimerait faire et tout ce qu’on fait et qui nous fait royalement chier. »

    Le constat était sans appel, on a recommandé une autre tournée de bières. Sympa, le patron nous a refourgué un ravier où s’étiolaient dans leur saumure quelques olives, blessées qu’elles étaient d’être trans­percées par des cure-dents.

    Je ne me souviens plus comment et à quelle heure je suis rentré. Mais je suis rentré indemne. J’avais bien fait de pas prendre ma Twingo parce que je ne suis pas sûr qu’elle aurait pu en dire autant. Je ne me sers pas beaucoup de ma bagnole, d’une part parce qu’elle arrive en fin de vie et que d’autre part j’ai maintenant la chance d’habiter le centre de Rennes, ce qui m’évite des déplacements à hauts risques après avoir passé la soirée avec des potes du Mac Burn. Pendant plusieurs années, j’ai été obligé de déménager de banlieues sordides en cités boucanées. L’horizon des barres d’H.L.M. m’a plombé le moral à vie. Dans ces quar­tiers plus pourris les uns que les autres, je croisais les mêmes mômes détestables que je côtoyais quotidien­nement au bahut. Ils pissaient sur les paliers, défon­çaient les boîtes aux lettres, mettaient le feu dans le local aux poubelles pour se marrer. Je n’appréciais pas vraiment leur humour, surtout le soir où, sous la menace d’une lame de rasoir, je me suis fait dépouil­ler de mon blouson et de mon fric par des jeunes comiques du quartier. Dès que Louis m’avait informé qu’un taudis se libérait pour cause de décès dans un immeuble ancien à deux pas de chez lui, derrière les jardins du Tabor, j’avais sauté sur l’occasion. Le pro­priétaire en demandait un loyer exorbitant, mais il était prêt à négocier des remises si le locataire s’en­gageait à faire des travaux de réfection à ses frais. Je me suis découvert illico une vocation de zélé bricoleur pour échapper à l’univers où je croupissais faute de thunes.

    Au matin, j’avais l’impression qu’un môme avait toute la nuit joué au Mako-Moulage en se servant de ma bouche comme moule. Il m’a bien fallu dix minutes de brossage des dents intensif pour me sou­venir que j’avais de la salive. J’avais un peu plus de trente berges, pas beaucoup de fric devant moi, mais du temps, mon contrat à durée déterminée comme pion au collège Jules Ferry venait d’expirer dans la souffrance.

     

    Extrait de Peau de peinture, de Thierry Picquet, éditions du Petit Pavé, février 2015, 174 pages, 18 €. Achat en ligne sur le site de l'éditeur.


    L'auteur : Thierry Picquet

    Poupées russes sauce Columbo

    Thierry Picquet, romancier nantais

    La silhouette fluette et énergique, la gouaille, la voix rocailleuse, le teint méditerranéen et même le long imper : Thierry Picquet a définitivement un petit air à la Columbo. Il n'a pourtant jamais été inspecteur, seulement commissaire… d'exposition.

    Né à Nantes en 1957, Thierry Picquet est avant tout professeur de lettres en filière spécialisée pour jeunes en difficultés. "Mon boulot est davantage celui d'un éducateur que d'un enseignant." Grand lecteur, fan de polars, il est progressivement passé à l'écriture en étudiant Pierre Véry, écrivain et scénariste auquel il a consacré un essai : "Je suis devenu ami avec sa famille et suis l'un des spécialistes français de cet auteur. J'ai d'ailleurs été commissaire d'une exposition sur son œuvre organisée à Paris. Mais au bout d'un moment, à force de démonter les mécanismes de l'écriture, j'ai eu envie de m'y essayer à mon tour." Il publie ainsi le recueil de nouvelles Un moment d'abandon en 2002, puis le roman Le mur de l'alimentation en 2011.

    Mais comme les poupées russes, un Thierry Picquet en cache toujours un autre. Membre de la première heure de l'association des Romanciers nantais, il s'implique depuis longtemps dans les milieux associatif et culturel, multipliant les casquettes : également scénariste pour le cinéma, il a été manager d'un groupe de rock et d'une troupe de théâtre, et participe à l'organisation d'événements artistiques. À Nantes, il prépare un festival du livre avec plusieurs petits éditeurs. Avant, il a piloté pendant cinq ans un festival de musique, cinéma et arts vivants qui détonnait dans le village aveyronnais de 400 habitants où il a acheté un petit coin de paradis. Bientôt à la retraite, il pourra allonger ses séjours à la campagne, et projette d'y organiser des résidences artistiques. Au calme, mais toujours sur un fond de rock'n'roll. "J'aime bien les oppositions, les choses qui surprennent."

    Thibaut Angelvy

     

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