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    Les rivages blancs, ép. 4/4

    L'escort girl et l'assassin de Lady Di

    La couverture du livre Les rivages blancs. La couverture du livre Les rivages blancs.

    Un contrat. Cinq personnes à effacer. Jean, ancien agent secret reconverti en charpentier, vient de sortir de la retraite pour une belle baronne (lire les épisodes précédents). Les deux personnages révèlent leur face obscure, entre les orgies sexuelles et le célèbre accident d'une Mercedes sur un pilier parisien... Dernier épisode du feuilleton consacré au thriller de Luc Chatelus, Les rivages blancs (roman à télécharger en intégralité en fin d'article).

    Si je n'avais pas accepté, je ne serai pas là. Et j'ai accepté. Chaque photographie était barrée d'un nom et d'un mot qui indiquait ce que faisait l'individu à qui correspondait le portrait au moment de la prise de vue. Les images étaient visiblement extraites de bandes vidéos ou de coupures de presse.

    – Cela a commencé il y a dix ans. Cela a duré trois ans ou un peu plus. Jusqu'à ce que j'ai le courage de devenir veuve. Je levai des yeux interrogateurs.

    – Il manque une photo, celle du défunt baron. Je m'en suis occupée seule et le cauchemar a pris fin.

    – Pourquoi, ou plus exactement, comment savez-vous que vous pouvez me demander ce genre de chose ?

    – Il y a longtemps que je cherche. Et votre nom, dans une conversation sur les travaux réalisés au château, a conduit une de mes connaissances à s'étendre sur ses activités anciennes et donc les vôtres. Un général à la retraite qui vient ici de temps à autres pour goûter à leur juste prix le parfum des dentelles de luxe et celui des alcool rares. Inutile de s'étendre sur les questions secondaires ou les explications qui ne font que meubler le silence.

    – Et que voulez-vous comme résultat ?

    – Les têtes.

    – Physiquement ? »

    Elle sourit légèrement.

    – Non, je ne saurai qu'en faire. Les actes de décès me conviendront.

    – Est-ce qu'il y a une raison ?

    – Oui.

    – Est-elle légitime ?

    – Que veut dire légitime ? Est-ce qu'une femme violée a une quelconque légitimité à demander la tête des violeurs ? Si ce n'est pas légitime, c'est juste. Selon moi.

    Je restai un instant silencieux.

    – Quel budget par tête ?

    – Ce qui est utile. Grâce à vous la maison est devenue florissante.

    Là, elle m'a regardé au fond de mon être. Ce qui se passait était bien autre chose qu'un contrat. Ce qui se montrait, c'est un destin qui venait au jour.

    – Il me faudra justifier les entrées et les sorties sur ma comptabilité.

    – Sauf si vous travaillez au château !

    – Donc, il faudrait que je laisse mon entreprise. ? Et qu'en sera-t-il après ?

    – Est-ce qu'il y a un après ? Un après quoi ? Quelle est ma vie, quelle est votre vie ? Beaucoup de travail, un peu de temps libre, et ensuite ? Cancer, accident cardiaque, Parkinson ? Quel est le sens de tout cela ? Mais il y a peut-être un après, pour vous.

    Je regardais les photos. Mon esprit tournait à plein régime. Quel après ? Je ne savais pas. Christine avait peut-être raison. On peut calculer, compter, aligner les chiffres et les rendements et un jour, oui, elle avait raison, écharpé par une calandre de quatre-quatre urbain conduit par une femme trop petite pour voir la route, ironie du sort, ou compte rendu d'analyses médicales qui disent autrement que c'est fini ou presque. Et puis quel monde ? Qui se soucierait de poursuivre ce que j'avais entrepris ? Personne. Nous n'étions plus à l'époque où l'on pouvait laisser un monde en héritage et s'en aller en paix. Lorsque j'aurai passé le cap de la dernière déferlante, le tout serait vendu parce qu'il n'y aurait personne pour suivre. Je revins aux photographies. Christine me fixait, le regard presque dur. Je triai mentalement les difficultés au vu de ce qu'annonçaient comme déploiement d’énergie et de moyens les quelques mots prononcés. Puis je cherchai les appuis, les sources. J'arrêtai. C'était un travail immense. Étais-je encore à la hauteur ?

    – Et que vous a dit le général ?

    – Que votre mise hors cadre ou hors service, c'est selon, avait été une erreur magistrale.

    – Heureux de l'apprendre. Mais je serai bien parti un jour ou l'autre.

    Le souvenir est revenu. Précis. Une énorme bavure, un dommage collatéral qui avait défrayé la chronique et qui n'avait jamais été élucidé. Tout au moins pour les regards médiatiques et le miroir aux alouettes qu'ils présentent à ce qui devient ensuite l'opinion publique. Tout, pourtant, avait été serti comme un solitaire de grande valeur. Mais ils étaient deux dans la voiture qui était venue s'encastrer dans un plot de béton sous le tunnel de la voie sur berge. La cible était un financier suffisamment véreux pour qu'un certain nombre d’États aient un intérêt à le voir s'effacer. Là, d'ailleurs, entre nous soit dit, ceux qui lui en voulaient pour ses affaires, même s'ils étaient aux commandes de nations dites démocratiques, ne l'en étaient pas moins que lui. Les lions ne fraient pas avec les hyènes et inversement. Et la deuxième victime était une femme de la très haute société, coqueluche des journaux populaires pour ses galas de bienfaisance et l'implication de son nom quasi royal au profit de causes humanitaires. Dans la cheminée, il ne restait que des braises. Il n'y avait pour toute lumière que les bougies qui scintillaient et dont les flammes changeaient de forme au moindre souffle. Christine se leva. Je me levai également.

    – Voulez-vous remettre un bûche dans le feu, je vous prie.

    À droite de la cheminée, un grand coffre à bois était ouvert. J'en ai extrait quelques morceaux assez fins et deux bûches plus grosses. Un instant, le fagot a fumé, puis il s'est enflammé d'un coup. Christine était maintenant assise dans un des deux grands fauteuils qui étaient face à l'âtre. Je me suis installé dans l'autre. Entre les deux profonds sièges, un panier avec des verres fins et deux bouteilles.

    – Armagnac 1942 ou pure malt de Nikka ?

    – Je vous sers ? Elle fait oui de la tête.

    – Une larme de Nikka.

    J'ai servi l'alcool. Elle a allongé ses jambes ; sous le satin de la robe, les formes donnaient toutes les saveurs que l'esprit et le goût sculptent sous l'incise du désir que le regard fait naître. Mais ce n'était pas le moment.

    – Pourquoi ne pas avoir fait appel à la justice ou à la police ? Elle tenait son verre devant ses yeux comme pour y chercher une réponse.

    – Je ne suis Française que par mon mariage. Avant j'étais Lettone et ce que l'on appelle ici une escort girl, une prostituée de luxe pour le dire crûment. Le baron avait mon passeport.

    Je ferme les yeux. La violence faite aux femmes. Trop facile, trop souvent l’œuvre de types qui n'ont rien dans les tripes de vraiment viril, au sens latin du terme.

    – Quand voulez-vous que je commence ?

    – Lorsque vous serez prêt.

    Nous sommes restés un moment en silence. Puis nous avons à nouveau parlé du temps qu'il faisait, des uns et des autres. Il était tard. Je me suis levé, j'ai pris sa main tendue et je me suis incliné. Où avais-je appris ce geste ?

     

    Extraits du livre Les Rivages blancs de Luc Chatelus.


    Télécharger gratuitement le roman complet en version ebook ou PDF.

     

    L’auteur : Luc Chatelus

    Un capitaine, du bois et une plume


    Luc ChatelusCapitaine d’infanterie, charpentier, auteur. Luc Chatelus a eu deux vies, si ce n’est plus. Diplômé de Saint Cyr (promotion 1985), ce militaire de carrière est notamment envoyé en Bosnie et en Angola, "au cœur des ténèbres". Les mensonges, l’autoritarisme, la bêtise et l’orgueil d'une bonne part de la hiérarchie et de l’armée en général le dégoutent. À 36 ans, il démissionne et l’homme de fer fond pour le bois : il repasse des diplômes et devient charpentier-menuisier-ébéniste. Désormais installé à Cossé en Champagne, en Mayenne, il travaille uniquement pour des particuliers et cultive sa liberté. "Je suis indépendant, personne ne m'emploie et personne ne me renvoie […] Une de mes lubies est de dépendre le moins possible du monde tel qu'il est. Le "léviathan", comme dit Jünger. Légumes, vin, confiture, pain, forge… je fais tout ce qu'il est possible de faire sans dépendre des rouages du registre de l'argent facile."

    Grand lecteur (sa bibliothèque fait "50 mètres linéaires" !), de Gracq à Eco en passant par Drieu, il écrit depuis ses années étudiantes. "Une littérature de fond de tiroir !", plaisante-t-il, "celle que l’on trouve lorsque l’auteur a disparu et que quelqu’un trie ses papiers." Le tiroir doit être grand, puisqu’il a déjà signé quatre romans et une quarantaine de nouvelles, écrits "en plongeant la plume dans le sang de la vie" et exclusivement diffusés dans un cercle privé. Un bateau pour Gwenn est le premier roman publié sur internet. Gratuitement. Car Luc Chatelus n’écrit pas pour l’argent. "Il me semble que le rapport purement marchand dénature la création. Écrire ne me coûte pas ; pourquoi faire payer ?" Après le forum www.bateaubois.com, il a proposé son roman à Terri(s)toires. "Vous avez publié un papier de grande qualité sur ce que je fais (un bateau viking) et sur ce que je suis. Il m'a semblé juste d'offrir en retour quelque chose. J'aime la finesse de ce que vous écrivez. Il y a du recul et de la sensibilité ; l'humain est à sa place."

    Thibaut Angelvy


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