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    À Montparnasse, ép. 3/4

    Michel, le kiosquier mélancolique

    La couverture du roman À Montparnasse de Léna Ellka. La couverture du roman À Montparnasse de Léna Ellka.

    Troisième extrait d'À Montparnasse de Léna Ellka. Après Jean-Marc, le chef de gare, portrait de Michel. Originaire du Mali et arrivé en France à huit ans, il rêvait de devenir libraire mais s'est retrouvé kiosquier dans la gare parisienne. Et il ne s'y sent pas à sa place, une fois de plus...

    En quelques grands pas, il est de retour à son poste, se verse une tasse de café et déplie les journaux pour voir si le monde va mieux que la veille.

    C’est rarement le cas.

    Heureusement, les clients se donnent le mot pour venir un à un l’empêcher de poursuivre sa lecture. Plus l’heure avance et plus ses clients sont réveillés, à la grande déception de Michel. Leurs rêves de la nuit se décollent en lambeaux. La poésie disparaît de leurs visages, laissant apparaître dans les plis de leur peau l’ambition et les petits arrangements avec les désirs. Alors, les regrets reprennent Michel. Il aurait dû postuler pour être libraire. Un jour, il aurait eu une librairie spécialisée dans le roman. Les clients seraient venus avec des yeux gourmands et des envies plein la bouche. Il les aurait écoutés longtemps, il aurait sorti pour eux des livres des rayons. Ils les auraient palpés ensemble. Michel s’était fait ce film des dizaines de fois. Il n’avait même pas essayé. Au début, il a pensé que c’était trop tôt pour changer. Maintenant, il se dit que c’est trop tard. Et ça le rend triste.

    Dans les journaux, il ne voit plus que les travers humains grossis à la loupe. Ce matin, le Mali fait la une. Ça paraît loin, tout ça. Michel avait 8 ans quand ils sont partis en famille. Il était content, lui, de partir. Il n’avait pas d’attache, pas de copains pour la vie parmi les enfants qui traînaient avec lui dans les rues. Pas de sang ni de crachat échangé. Son petit frère Maki, lui, avait fait tout un raout de ce départ. Il avait un meilleur copain, il en avait même toute une bande. C’est simple : Maki ne pensait pas survivre à la séparation, et le détachement de son grand frère l’avait prodigieusement agacé. La réaction de ses sœurs, Michel ne s’en souvient pas. Elles étaient plus grandes et faisaient partie du monde étrange des adolescentes. Ce qui est certain, c’est que l’arrivée à Paris 18e avait été brutale pour tous. Déjà, parce qu’ils étaient tassés dans un petit appartement. Et puis, il faisait froid. Et puis, ils avaient découvert qu’ils étaient noirs. Chacun s’était accommodé de ce cataclysme comme il pouvait. Leur père passait le moins de temps possible au foyer. Leur mère s’était mise à cuisiner pour tout l’immeuble. Dès qu’elle rentrait, elle épluchait, coupait, hachait, rissolait et touillait. Maki s’était refait une bande de meilleurs copains pour la vie. Michel allait à l’école où on lui demandait juste d’écouter, de lire et d’écrire. La maîtresse leur avait montré une bibliothèque. Révélation ! Le soir, le petit Michel se faisait oublier en haut de son lit superposé, avec sa réserve de livres aux couvertures plastifiées.

    Les parents avaient vieilli, les enfants avaient grandi. Le père était mort. Sa mère était l’institution culinaire du quartier. Ses sœurs s’étaient coulées sans histoire dans leur nouveau pays avec des maris comme ceux qu’elles auraient pu avoir au bled. Pour Michel, ça ne s’était pas amélioré. Il était toujours décalé. Il avait d’abord tenté des études de lettres. Mais comment ne pas se sentir passager clandestin dans ce monde d’étudiants innocents ? Il serait bien devenu bibliothécaire, mais il avait jugé les épreuves au-dessus de ses compétences. Alors, il avait séparé son corps et sa tête. Il avait quitté la fac grouillante de savoir et de questions, et il avait enchaîné les petits boulots où l’on demande des bras, de la vitesse et des sourires pour les clients.

    à 30 ans, Michel était revenu dans son pays. Il espérait encore trouver sa place : échec. Là-bas, la famille n’avait pas compris son retour. Lui, de toute façon, il avait vu trop de choses différentes pour se fondre dans la vie paisible du village. Face aux hommes du village accroupis sur la place à palabrer sans fin, il avait compris que ce n’était pas le pays le problème, mais lui-même. Il était revenu en France.

     

    À Montparnasse, de Léna Ellka, éditions Lunatique, juillet 2015, 184 p., 18 €.
    Plus d'informations
    sur le site de l'éditeur et achat en ligne sur le site de la Fnac.

     

    L'auteur : Léna Ellka

    L'onirisme pour garder une âme d'enfant

    Léna Ellka, auteur de À MontparnasseLéna Ellka, 39 ans, a grandi à Plouzané, dans la région brestoise, et passait ses étés au Conquet. "C'est un territoire un peu particulier, car on est loin de tout... mais lorsque j'ai quitté Brest, je me suis rendu compte que cette identité forte permettait paradoxalement de se rapprocher des autres ! Des Bretons, bien sûr, mais pas seulement : la Bretagne a une bonne image et ne laisse personne indifférent."

    Après un cursus modèle (bac littéraire, Hypokhâgne, SciencesPo Rennes puis un master à SciencesPo Paris), Léna Ellka s'est dirigée vers la communication. Elle est désormais à temps partiel pour pouvoir écrire, une passion démarrée il y a près de dix ans. D'abord de la littérature jeunesse, bien qu'elle n'avait pas encore eu ses deux jeunes enfants. "Lorsque j'étais petite, les livres étaient très importants pour moi. J'écris en pensant à l'enfant que j'étais et je m'amuse. La littérature jeunesse est un style assez libre, qui peut être poétique ou humoristique, et les textes sont courts : on peut prendre le temps de travailler chaque mot et ses sonorités, de jouer avec, voire d'en inventer de nouveaux."

    Depuis la publication de son premier ouvrage en 2009, l'auteur a déjà gonflé sa bibliographie avec plusieurs livres pour enfants, mais aussi des nouvelles et deux romans pour les plus grands. Un exercice différent, "qui s'apparente davantage à une course de fond". Mais dans Le goût de la crêpe au chocolat et À Montparnasse, on retrouve l'attirance de Léna Ellka pour l'innocence, la poésie des petits riens et les rêveurs éveillés. Car tout comme les voyages, les rêves forment la jeunesse. Même quand ce sont des cauchemars, le thème de son prochain livre pour les plus petits...

    En savoir plus : http://lenaellka.hautetfort.com

    Thibaut Angelvy

     

    Tous les épisodes du roman À Montparnasse

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