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    Moi, Julienne David, corsaire nantaise jamais soumise, ép. 3/3

    Nantes en fièvre

    Capture écran du Teaser de Moi, Julienne David, corsaire nantaise jamais soumise Capture écran du Teaser de Moi, Julienne David, corsaire nantaise jamais soumise

    À la fin du XVIIIe siècle, les mauvaises récoltes et les rivalités de villages enfièvrent Nantes. Julienne David se mêle aux ouvrier et artisans nantais. Lorsque la France entre en guerre avec l’Angleterre, il faut des hommes pour repousser l’ennemi. Julienne David est alors poussée par le désir impérieux de fuir sa vie de paysanne et de combattre auprès des hommes. Elle se forge un nom à la pointe de son sabre. Troisième et dernier extrait de Moi, Julienne David, Corsaire nantaise jamais soumise, de Thérèse André-Abdelaziz.

    Troupeaux décimés par la peste ovine en 1785, mauvaises récoltes, sécheresse, disette. Les paysans sont inquiets. En janvier 1789, des hommes de passage parlent d’émeutes populaires :

    - Les ouvriers nantais réclament la baisse du prix du pain, pillent les boulangeries...

    - Un échevin est blessé.

    Le ton monte entre gens du peuple, nobles et bourgeois. En juillet, c’est le début de la Grande Peur dans les campagnes puis l’abolition des privilèges dans la nuit du 4 août. Création du département de Loire-Inférieure. La division des paroisses en communes provoque des rivalités de villages, supprimant d’un seul coup quantité de privilèges que de nombreuses collectivités gardaient jalousement. La province de Bretagne perd ainsi tous ses avantages fiscaux et les familles de contrebandiers comme celles des gabelous qui leur faisaient la chasse se révoltent : ils perdent leur gagne-pain !

    Julienne se mêle aux ouvriers et artisans nantais que la cherté de la vie pousse vers la campagne. Ils s’en viennent grossir les çeurchons d’ pain. Bientôt on ne les différencie plus les uns des autres. Les paysans se méfient : «  Y ragaleu partout les bougres ! »

    Nantes est en fièvre et la jeunesse de Julienne s’enfièvre. Ça pulse dans sa poitrine, ses tempes et ses poignets. Tendue elle est, réduite à un cri muet si long qu’il n’en finit pas de jaillir d’elle.

    Les hommes parlent-ils de Nantes ? Elle n’en perd pas une bribe.

    - La ville est un immense chantier.

    - Des ponts, des navires… Une forêt de navires…

    Julienne est excitée. Elle les interroge sans relâche. Envahie par le bruit des bois travaillés et l’odeur du calfatage… Celles des cordages et du sucre dans les raffineries ; celle des étoffes dans les manufactures qui tissent et impriment des indiennes, des toiles peintes, des toiles de lin. Verrerie, faïencerie, ateliers de clouteries, minoteries et filassiers, tanneries, tonnelleries… bateaux-lavoirs et leurs tenanciers.

    - Qu’est-ce qu’un bateau-lavoir ? demande-t-elle.

    Portefaix, rouliers, voituriers... Julienne fait corps avec eux. Elle enrage de ne pouvoir partager leur vie sur les quais, accomplit tous les gestes quotidiens d’une façon mécanique et s’isole de plus en plus. Si sa mère s’en étonne elle n’en dit mot. S’inquiète pourtant à la longue de cette violence perpétuelle qui ronge sa fille et l’amaigrit. Julienne, elle, sait qu’elle quittera un jour ce pays de terres incultes pour parcourir les océans.

    «   Ne peut se voir en paysanne

    Dans une vie déjà tracée… »

    Comme tous ceux de la paroisse, les parents de Julienne commentent les événements.

    - Faut se méfier des nouvelles lois et des serments à la Constitution, affirme Pierre.

    - On dit que les gens du château vont partir, ajoute Anne.

    Ça signifie du travail en moins sinon pas du tout.»  Y’a d’quoi fo léyeu »

    Julienne les écoute et s’insurge. Elle supporte de moins en moins sa condition de femelle et de paysanne.

    Des rumeurs se propagent.

    - V’la qu’on nous demande des droits d’entrée des bestiaux à la foire des Enfants Nantais !

    Émeutes. Révoltes. Désillusion des ruraux devenus «  contribuables ». Les terres appartenant jusque là au clergé ne font que changer de mains, elles passent dans celles des notables des bourgs et des villes. La Révolution prône l’égalité mais, faute de pouvoir devenir propriétaires, nombre de paysans se querellent désormais entre eux.

    Tout va très vite ensuite. Les 5 et 6 octobre 1789 des milliers de femmes marchent sur Versailles pour ramener Louis XVI et sa famille à Paris ; la France est partagée en deux. Les campagnes s’agitent. Julienne entre en rébellion. Chez les siens et au village. Ses rêves d’évasion par la mer sont mis à mal. Qu’à cela ne tienne ! Elle se lave et se relave dans les eaux de l’Erdre pour s’aguerrir, bande ses seins de nouveau et revêt des habits de garçon. Les gens du pays disent, en se frappant la tempe de l’index, que la rouquine des tourbières est en train d’fo-léyeu… mais les temps sont si troublés… les esprits si préoccupés… qu’ils finissent par s’habituer à la voir dans les cabarets. Et puis… avec ses médecines…

    Interné à la prison du Temple le 10 août 1792, le roi est guillotiné le 21 janvier 1793 à Paris, sur la Place de la Révolution. La France entre en guerre avec l’Angleterre. Un décret est promulgué : on a besoin d’hommes  pour repousser l’ennemi ! On parle de trois cent mille. Des commissaires, mandatés par les «  bleus » , parcourent les communes pour procéder au tirage au sort des jeunes paysans qui seront envoyés aux frontières.

    Guillaume le bouvier harangue les villageois à l’estaminet et aux champs. Il les exhorte :

    - Refusons le tirage au sort ! Jamais nous ne nous soumettrons ! Rassemblons-nous ! Armons-nous ! Défendons-nous !

    Des bandes de jeunes se rebiffent et se rallient à Guillaume. Ils s’organisent et chassent les «   nations » au cri de «  qui vive ! » . C’est le début de la guerre civile ou guerre de Vendée qui prend naissance au nord et au sud de la Loire. La chouannerie se développe dans la paroisse de Saint-Mars du Désert, acquise aux idées royalistes. La contrée est appelée «  Petite Vendée.»

    Guillaume et ses compagnons s’installent avec les Chouans au château du Pont-Hus. Sa situation, entre la rivière d’Erdre et la grande route de Nantes à Châteaubriant, en fait un poste de surveillance important. On réclame des bras. Poussée par le désir impérieux de fuir sa vie de paysanne et de combattre auprès des hommes, Julienne les rejoint. Elle a 19 ans. Guillaume l’accepte. Il a toujours pensé que la rouquine des tourbières était une sacrée femelle, vigoureuse et intrépide. Jamais il ne l’a crainte ni méprisée. En outre elle a du cran. Il lui en a fallu pour tenir tête aux gens de la paroisse toutes ces années… Elle veut en découdre, la bougresse, et ça lui plaît, au bouvier.

    - Quand tout ça sera fini, lui dit-elle un soir, je voudrais partir !

    - Partir ?

    - M’embarquer.

    - Drôlesse, va !

    Il la bouscule un peu puis, sans la regarder :

    - Ça se pourrait qu’on embarque ensemble… oui, ça se pourrait. La terre, les bestiaux… c’est pas fait pour moi. Ni pour toi. J’me suis pas trompé en te prenant comme gaillard.

    Et de lui conter ses rêves d’écumeur des mers, son impatience de naviguer.

    - Certains, ajoute-t-il, sont ennoblis pour leurs exploits.

    Ils sont assis tous les deux près du bivouac. Sans se toucher. Fixant les flammes. Peuplant tour à tour la nuit de navires, d’assauts et de luttes au corps à corps, de captures et de prises… Audacieux. Enivrés. Même fièvre dans la voix. Même éclat dans les yeux. Même souffle dans la poitrine.

    - Nous embarquerons peut-être ensemble, répète Guillaume tout bas.

    C’est une sorte de pacte dont ils ne reparleront jamais.

    Très vite, Guillaume décide d’apprendre le maniement du sabre et des armes à feu à Julienne et lui confie des missions de confiance. Elle risque sa peau en portant de la poudre aux combattants. Au retour, elle lit la fierté et quelque chose d’autre dans le regard du bouvier.

     

    Extraits de Moi, Julienne David, corsaire nantaise jamais soumise, de Thérèse André-Abdelaziz, Éditions Ex-Aequo, 2012, 148 pages, 14 €.

    Achat en ligne sur le site d'Ex-Aequo ou sur celui de la Fnac et toutes les librairies.

     

    L'auteur : Thérèse André-Abdelaziz
    Thérèse André-Abdelaziz a plusieurs plumes à son arc

    Portrait de Thérèse André-Abdelaziz.Elle joue avec les mots depuis qu’elle les connaît. La romancière nantaise Thérèse André-Abdelaziz est entrée en écriture comme on entre en religion et n’en est plus jamais sortie. Depuis, entre ses quatre enfants et ses nombreux déménagements, elle a pris le temps d'en explorer toutes les formes : contes, poèmes, romans, nouvelles, faits de société, pièces radiophoniques et théâtrales…

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