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    Douze pour un, ép. 1/3

    Perte de libido chez l’autruche

    Les pétards, une menace pour la libido des autruches ? Les pétards, une menace pour la libido des autruches ?

    Premier extrait du feuilleton consacré à Douze pour un, le tout premier recueil des Romanciers Nantais. Dans cette nouvelle, Philippe Ayraud met en scène avec humour un paysan bourru qui réclame qu'on lui rembourse la perte de libido de son autruche. Mais à malin, malin et demi !

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    I

    Quand j’ai offert des pétards à Rémy, à l’occasion du quatorze juillet, j’étais loin de me douter que la facture s’élèverait à dix mille euros !

    Le gosse était fou de joie. Tu m’étonnes ! À la campagne, les distractions sont rares pour un gamin de huit ans, à qui les copains d’école racontent les monts et merveilles de l’univers urbain. Ma femme n’avait pas totalement approuvé :

    "Tu es sûr que cela n’est pas dangereux ?"

    J’avais levé les yeux au ciel : elle et son tempérament de mère poule…

    "Sauf s’il s’en sert comme de suppositoires. Mais il a beau être légèrement abruti, il a quand même des limites !"

    Elle avait ri, et nous avions chassé les pétards de nos pensées.

     

    II

    Il se tenait devant nous, massif et menaçant. Un de ces paysans qu’on ne trouve plus guère que dans les nouvelles de Maupassant. Je tentais de l’apaiser et de le raisonner :

    "Écoutez, m’sieur Bellaire, je reconnais que Rémy a eu tort de faire exploser ses pétards à côté de l’enclos de votre autruche. Il sera puni, veuillez me croire.

    Puni ? Z’en avez de bonnes ! Et qui c’est qui va rendre son allant à mon autruche ?"

    J’ai allumé une cigarette, pour me donner une contenance. Ma femme, qui sentait les ennuis arriver à vitesse grand V, a filé chercher une bouteille de rouge et trois verres à la cuisine. Elle lui a balancé son sourire enjôleur, celui qui amadoue même le flic le plus coriace quand elle se fait arrêter sans sa ceinture de sécurité.

    "Vous prendrez bien un p’tit verre avec nous ?"

    D’un geste, il a écarté la proposition. L’heure devait être grave, pour qu’un paysan vendéen refuse un verre de Mareuil. J’ai pris mon air le plus stupide :

    "L’allant de votre Gustave ? J’avoue ne pas saisir très bien…"

    Il a abattu son poing sur la table.

    "C’est pourtant simple, bordel ! Gustave, les femelles, avant, fallait pas lui en promettre. Tout juste s’il fallait pas le rationner ! Mais depuis qu’il a eu cette trouille bleue avec les pétards, il est comme qui dirait déprimé. Y a plus moyen de le faire aller."

    J’ai tenté de le rassurer :

    "Cela ne devrait pas durer. Dans quelques jours, il aura oublié les raisons de sa frousse, et il va se remettre au travail."

    Bellaire s’est mis à barrir comme un éléphant :

    "Ce s’ra bien trop tard ! En attendant, j’ai fait mes calculs.

    Les calculs de quoi ?

    Les calculs du manque à gagner, pardi ! Gustave, sans les pétards, il nous aurait fait quatorze petits à l’heure d’aujourd’hui. À quatre cents euros la valeur de la bête, ça va chercher dans les…"

    J’étais atterré. Je comprenais mieux où il voulait en venir.

    "Enfin, monsieur Bellaire, vous n’allez quand même pas me demander de vous indemniser pour des procréations virtuelles !

    J’comprends pas tous vos mots, j’ai pas été beaucoup à l’école, mais c’qu’est sûr, c’est qu’il va falloir me rembourser !"

     

    III

    J’avais tempêté, protesté. Je l’avais menacé des tribunaux.

    Et j’avais payé.

    Deux mois s’étaient écoulés. Rémy avait repris le chemin de l’école, et nous profitions d’une matinée chaude et ensoleillée d’arrière-saison. Dévêtus sur le lit, nous goûtions les saveurs raffinées d’un long prélude amoureux quand ma femme s’est mise à hurler.

    "Là… là…" a-t-elle bégayé en me montrant la fenêtre du doigt.

    À travers les vitres ouvertes, Gustave avait passé son long cou et nous observait avec curiosité.

    Je me ruai sur la fenêtre, ce qui eut comme effet de le faire détaler. Je consolai mon épouse du mieux que je pus.

    N’empêche, le charme était rompu.

    Même si, à défaut, une petite idée m’était venue.

     

    IV

    Bellaire semblait avoir perdu de son arrogance.

    "J’avais pourtant bien fermé l’enclos, murmurait-il, embarrassé.

    Peut-être, rétorquai-je impitoyable. Seulement, ma femme, elle a subi un choc. Et depuis, c’est plus fort qu’elle, elle est incapable d’envisager des relations… euh… intimes !

    Z’en avez parlé à votre toubib ?

    Justement ! Il dit qu’elle se rétablira, forcément, mais que ce sera long… très long… En attendant…"

    Je vis son visage se crisper, à l’approche de l’estocade finale.

    "En attendant, il est impossible de donner un petit frère ou une petite sœur à Rémy. Il s’agit donc d’un réel préjudice, qui…

    Combien ? coupa-t-il brutalement."

    Je sentis mes muscles se détendre, et retins de justesse un sourire de triomphe.

    "Dans un premier temps, glissai-je, il me paraîtrait convenable de récupérer l’indemnité versée pour la perte de libido de votre autruche…"

     

    Nouvelle extraite du recueil Douze pour un des Romanciers Nantais, éditions Durand-Peyroles, 14 €. Achat dans les librairies nantaises et sur le site de la Fnac.

     

    L'auteur

    Philippe Ayraud, héraut pédagogue du roman noir

    Philippe Ayraud, romancier nantaisNé à La Roche-sur-Yon, Philippe Ayraud a mené ses études sur Nantes et il y travaille depuis 25 ans. Auteur de trois recueils de nouvelles et de six recueils de poèmes, c'est aussi un grand passionné de polars. En 2002, il a ainsi créé le festival Mauves en noir qu'il a dirigé jusqu'en 2006. Également animateur de nombreux ateliers d'écriture, ce fan d'Henning Mankell et de Bob Dylan consacre désormais une bonne partie de son temps libre à faire connaître des textes contemporains à travers des spectacles et des lectures publiques.

    Il faut dire que la transmission est une vocation. Professeur de lettres en lycée professionnel, Philippe Ayraud relève quotidiennement le défi d'intéresser des jeunes qui sont souvent en décrochage scolaire. "J'essaye de les réconcilier avec la littérature, de leur faire redécouvrir la lecture et l'écriture. Lire est une ouverture sur le monde qu'ils n'ont pas toujours dans leur milieu culturel, tandis qu'écrire peut être une catharsis, permettant de canaliser leurs émotions et leur violence."

    Logiquement, les passions de l'homme ont trouvé leur place dans l'enseignement du professeur. "J'organise régulièrement des ateliers d'écriture en classe, car l'exercice est très complémentaire des cours plus classiques et a démontré ses vertus, notamment pour les élèves en révolte. Je travaille aussi beaucoup avec le roman noir qui est souvent centré sur des personnes défavorisées, délaissées : cela provoque un écho."

    Son blog : http://ayraud.over-blog.com

    Thibaut Angelvy

     

    Lire tous les épisodes du recueil Douze pour un

     

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