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    Requiem à quatre mains, ép. 1/4

    Prélude - L’esprit souffle où il veut, mais gare aux courants d’air !

    La couverture du roman Requiem à quatre mains de Roger Coupannec. La couverture du roman Requiem à quatre mains de Roger Coupannec.

    Dans une boutique underground d'Angers, Marco rencontre Paulo. Les deux petites frappes sympathisent, deviennent partenaires de magouilles. Et leur prochaine affaire, proposée par un type mystérieux à Saint-Brevin, s'annonce lucrative… Premier extrait du polar de Roger Coupannec, Requiem à quatre mains.

    Paul Renaudeau, dit Paulo, arpentait depuis un quart d’heure la rue Thiers sans se décider. Il parcourait une vingtaine de mètres dans un sens puis revenait sur ses pas en lorgnant chaque fois d’un air faussement indifférent la boutique bariolée. Il en était à son cinquième ou sixième passage lorsque la porte s’ouvrit sur une femme accorte qui lui lança :

    — Eh ! Bonhomme ! C’est le premier pas qui coûte. Je te vois aller et venir depuis quelque temps ce matin. Il me semble même que tu es passé hier, non ?

    — Oui, c’est possible. Je ne me rappelle pas.

    — Écoute, mon grand, tu n’es pas le premier. Tu appréhendes de sauter le pas c’est ça ? On flotte entre désir et inquiétude, c’est normal.

    — Ben, c’est un changement définitif. Qui accepte le cœur léger qu’on lui fasse la peau, hein ?

    — Tu m’amuses. Tu as de l’esprit. Je te propose d’approcher les choses en douceur. J’attends justement quelqu’un qui, lui, s’est décidé. Il a même arrêté son choix. Alors tu entres, tu t’assois, tu regardes et si mon travail te convient, on passe à la phase d’intervention. D’accord ?

    L’homme balança cinq secondes. Pendant ce temps la femme le dévisageait. Un sacré gabarit. Il mesurait près d’un mètre quatre-vingt et il arborait à son oreille droite un petit anneau d’or. Ses cheveux bruns bouclés jusqu’aux épaules lui donnaient une gueule de Jésus et adoucissaient un
    peu l’impression désagréable laissée par le nez proéminent et les joues rouges. Quand il franchit la porte elle évalua sa pointure de souliers : au moins du 49. Sa proposition familière avait eu le mérite de dégeler le visiteur qui s’installa sur la banquette accolée au mur. Il sembla s’intéresser à un catalogue déposé sur une tablette : sur la couverture plastronnaient trois Tahitiens dénudés.

    La sonnette retentit et un homme élégant, veste de lin rouille, chemise blanche et nœud papillon rouge vif à pois verts, pénétra dans la salle en ponctuant, jovial :

    « Tu rayonnes, Mireille, un peu plus chaque jour. »

    Il embrassa la femme sur les deux joues et découvrit alors seulement la présence d’une tierce personne.

    — Eh ! Eh ! Les affaires marchent, on dirait ! Tu as un client avant moi ? Tu veux que je repasse ?

    — Non, non. Je t’attendais, poète de mon cœur. Tout est prêt. Monsieur est là pour voir comment la chose se réalise. Il a encore un peu d’appréhension, tu comprends. Tu as connu cela, Marco !

    — Eh oui, on passe tous par là. Vous allez assister, Monsieur, à une création artistique. Vous aimez les roses ?

    — Euh, oui, assez.

    — Moi je les adore. Allez, zou ! Roule, ma poule ! Je m’installe, Mireille, petite abeille !

    Le dénommé Marco s’assit au bord d’une table et y posa son avant-bras gauche à plat après avoir remonté la manche de sa chemise immaculée. Mireille se retira une demi-minute dans son arrière-boutique et revint avec un plateau sur lequel se côtoyaient trois petits gobelets contenant des pigments liquides, un vert, un noir, un rose. Elle désinfecta à la biseptine l’endroit du poignet désigné par son client et se saisit de son outil de travail, le dermographe, une sorte de petite buse qu’elle manipulait comme un pinceau et qui abritait, fixé sur une masselotte, un faisceau d’aiguilles animé par une alimentation électrique. Trempées dans le noir les aiguilles tracèrent d’abord le contour de la fleur. Dans un deuxième temps, changeant son faisceau, l’artiste s’attacha à réaliser deux feuilles avec le vert. Enfin, avec d’autres aiguilles elle composa la rose.

    Pendant toute l’opération qui avait bien duré deux heures, Paulo avait guetté sur le visage du patient des signes de douleur. L’autre plaisantait, racontait des anecdotes amusantes sur ses démêlés avec sa mère ou la police, reprochait à Mireille de le chatouiller. Son accent rocailleux lui était familier : il venait sûrement lui aussi du sud-ouest. Ce fut peut-être le détail qui emporta sa décision de se faire tatouer le lendemain un chat sur la main gauche.

    * * *

    Paulo et Marco, que l’on baptisa vite dans les quartiers mal famés d’Angers, la paire tatouée ou, simplification évidente, Marco-Polo, devinrent inséparables. Leurs tenues vestimentaires et leurs habitudes de langage les différenciaient mais en plus de leurs tatouages qu’ils arboraient fièrement depuis peu, ils avaient en commun une forte répulsion pour l’ordre établi et pour ses représentants, et un penchant prononcé pour les femmes faciles, la bonne chère et les vins chauds à la cannelle. Tous deux, pour des babioles, avaient été mis à l’ombre par les flics : bagarres, vols à la tire et cambriolages pour le premier, abus de confiance pour Marco dont le bagout et l’élégance enjôlaient les gogos.

    Mais la crise réduisait les bonnes occasions et multipliait les mouchards. Ils commençaient à être trop connus sur la place pour monter des coups dans leur environnement immédiat. Ils se résolurent à rayonner hors du Maine-et-Loire et sous couvert de proposer sur les marchés des ustensiles de ménage, fruits de contrebande, qu’ils emportaient dans la camionnette de Marco, ils établirent ici et là quelques contacts destinés à faire savoir qu’ils étaient disponibles.

    Un jour de grand vent et d’affluence réduite le miracle qu’ils attendaient se produisit sur la côte. À Saint-Brévin, un gaillard bien bâti, que la tempête semblait amuser, se recommanda d’une de leurs connaissances et leur offrit de les rencontrer dans un bar voisin à 13 heures.

    L’affaire qu’il leur proposa leur plut tout de suite. Elle était cocasse mais bien payée. Les modalités envisagées dénotaient une préparation sérieuse : lui seul prendrait contact et le fric leur parviendrait en liquide au domicile de Paulo quand tout serait accompli. Un détail tout de même. Il était nécessaire de passer inaperçus. Donc pas de coupe de cheveux fantaisiste. Le p’tit Jésus passerait chez le coiffeur pour se faire une tête discrète. Compensation ou cerise sur le gâteau, comme preuve de bonne foi, le gars leur remit sur-le-champ un acompte substantiel, la moitié du contrat. Ils trinquèrent alors à la réussite de leur projet.

     

    Extraits de Requiem à quatre mains, de Roger Coupannec, éditions D'Orbestier, novembre 2015, 160 pages, 15 €. Achat en ligne sur le site de l'éditeur.

     

    L'auteur : Roger Coupannec

    Défi relevé pour le professeur globe-trotter

    Roger Coupannec - auteur du PouliguenChacun son tour. Après avoir passé des années à demander à ses élèves de bien raconter leurs histoires, Roger Coupannec, professeur de lettres classiques et chef d'établissement à la retraite, s'est lancé le même défi. "Et toi, mon bonhomme, es-tu capable de tenir la longueur ?" La réponse est oui : 10 ans plus tard, il écrit encore et publie environ un livre par an. Avec une recette immuable : "un tiers de morts, un tiers d'amour et un tiers d'humour !".

    Tous ses romans se déroulent sur la presqu'île guérandaise, l'auteur habite au Pouliguen et il a été correspondant pour L’Écho de la Presqu'île à Herbignac. N'allez pour autant pas croire qu'il s'agit d'un pantouflard : Sénégal, Mali, Côte d'Ivoire, Algérie, Rwanda, Mexique... Roger Coupannec a passé les deux tiers de sa vie professionnelle à l'étranger. Et du local à l'international, il "invite la réalité" dans ses récits imaginaires en abordant des sujets qui fâchent : "la pollution des côtes, l'invasion publicitaire, le projet d'aéroport à Notre Dame des Landes, le rôle ambigu des ONG dans les pays en développement, les âneries sur le quatrième âge..."

    Mais avec ses livres, Roger Coupannec "cherche avant tout à distraire". Auteur de polars humoristiques, dans la lignée de Léo Malet ou Charles Exbrayat, il prend un malin plaisir à s'amuser avec les lecteurs qui jouent aux détectives, et notamment en commençant par une grille de mots croisés qui donne des indices sur l'intrigue. À votre tour de relever le défi !

    Thibaut Angelvy

     

    Lire tous les épisodes de Requiem à quatre mains

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