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    Un destin foudroyé, ép. 2/3

    "Sortir de ce merdier au plus vite"

    La couverture du livre Un destin foudroyé de Kodjovi Obilalé. La couverture du livre Un destin foudroyé de Kodjovi Obilalé.

    Kodjovi Obilalé, ancien gardien de but de l'équipe nationale du Togo, a été gravement blessé lors d'une attaque terroriste en 2010. Dans son livre, Un destin foudroyé, il raconte le calvaire de sa lente guérison, ses peurs et ses hontes. "Renvoyé au rang de nourrisson ou de vieillard sénile", l'athlète devenu infirme doit ravaler sa fierté et se battre pour retrouver une vie normale.

     

    Aujourd’hui encore, j’ai parfois recours à la sonde amovible. La plupart du temps, j’urine sans aucun problème. Mais quand je sens des douleurs dans ma vessie, c’est signe que la vidange ne s’opère pas bien. Des résidus douloureux stagnent. Un bon massage de l’abdomen peut suffire à tout évacuer. Dans le cas contraire, je sors ma seringue de Xylocaïne et c’est reparti pour un tour. C’est devenu un geste banal, un cadeau à vie des gens du FLEC (Front de Libération de l’Enclave de Cabinda).

    Lors de ma convalescence, toutes ces maltraitances infligées à mon organe m’ont sérieusement inquiété. Je redoutais de perdre en vigueur, que mon sexe se venge en me faisant défaut au moment crucial… s’il se présentait un jour. Bien pire que de ne plus pouvoir jouer au football. Une amputation.

    Fort heureusement, je m’en suis sorti indemne de ce côté-là. Il y a bien eu une période durant laquelle la stimulation s’est accompagnée d’une légère douleur. J’avais même la vague sensation d’avoir perdu en virilité. J’étais peut-être trop à l’écoute. Toujours est-il que tout est rentré dans l’ordre. Les terroristes n’auront pas gagné la bataille du sexe.

    La sonde amovible n’était pas le seul aspect délicat de ma convalescence. Toujours alité, j’ai dû me plier aux exigences du "carré". C’est le nom que l’on donne à ce qui me servait de toilettes : une sorte de grosse couche que l’on me glissait sous les fesses. Je me faisais dessus et je devais attendre qu’un étranger passe derrière pour nettoyer. Si la personne en question m’aimait bien et qu’elle était consciencieuse, j’avais les fesses propres. Avec quelqu’un de mauvais poil ou d’antipathique, c’était différent…

     

    J’étais renvoyé au rang de nourrisson ou de vieillard sénile. Je l’ai mal vécu. C’était mon calvaire du matin. La dignité en a pris un coup. Ce qui n’arrangeait rien, c’est que le casting était souvent inapproprié. En Afrique du Sud, ce genre de besogne était l’affaire de mon pote Isaak ou d’une aide-soignante d’un âge avancé. On arrivait à en rigoler. Je surjouais l’enfant capricieux dans des petites mises en scène qui rendaient tout cela très naturel.

    À Kerpape, je voyais parfois entrer dans ma chambre une jeune femme d’une vingtaine d’années, fraîchement diplômée. Avec mon "carré", vous parlez d’une entrée en matière. Il y a le bruit et l’odeur, sans compter la vue. Il est difficile de passer au second degré et de papoter comme à la terrasse d’un café. Ça vous guérit de toute pudeur excessive. Ça vous met dans la tête qu’il va falloir faire de gros efforts pour sortir de ce merdier au plus vite.

     

    Extraits du témoignage de Kodjovi Obilalé, Un destin foudroyé, éditions Talent sport, 256 pages, 18 €. Achat en ligne sur le site de la Fnac ou Amazon.

     

    Victime du terrorisme

    Kodjovi Obilalé, le gardien de but qui ne baisse jamais les bras

    Kodjovi Obilalé, auteur de Un destin foudroyéDevenir footballeur professionnel en Europe est un rêve pour beaucoup de jeunes Africains. À 17 ans, le Togolais Kodjovi Obilalé, gardien de but prometteur, peut y croire. Un agent le fait venir en France pour des essais chez les Chamois Niortais et au FC Lorient, mais c'est un échec : "la priorité était donnée aux jeunes de leur centre de formation", regrette-t-il. Fan de "Gigi" Buffon et Edwin van der Sar, "des gardiens qui ont connu une carrière exceptionnelle grâce à une bonne hygiène de vie*", Kodjovi rentre en Afrique mais continue de croire en sa bonne étoile. À 19 ans, comme un symbole, il intègre l'Étoile Filante de Lomé, club sacré sept fois champion. À 22 ans, devenu international (il fait partie du groupe qui dispute la Coupe d'Afrique des Nations puis la Coupe du monde en 2006), il retente sa chance en France. Deuxième échec.

    Cette fois, il reste en Bretagne et joue pour le CS Queven qui évolue en DRH (équivalent de la septième division). En 2008, il passe un cap en étant transféré au GSI Pontivy, alors en CFA (quatrième division). Il grimpe les échelons, et le rêve se rapproche. "En 2010, je commençais à avoir des contacts avec des clubs professionnels avant de partir à la CAN." Cela sera en fait sa dernière saison. Grièvement blessé pendant l'attaque du bus de sa sélection par des séparatistes angolais, il doit tirer un trait sur sa carrière de footballeur et craint même quelque temps de devenir stérile. Cinq ans après le drame, il a décidé de revenir sur ce traumatisme avec un livre autobiographique, Un destin foudroyé. "C'est une forme de thérapie, une manière d'extérioriser. Ma vie a totalement basculé", explique le jeune homme de 31 ans, père de deux enfants. "J'ai un moral d'acier, mais cela a été très dur. Désormais, je vais mieux. J'ai troqué le fauteuil roulant contre des béquilles, je suis autonome, j'ai repassé le permis et je conduis…"

    Aujourd'hui, Kodjovi Obilalé s'efforce de partager son expérience au quotidien pour lutter contre la violence. "J'ai passé un diplôme d’éducateur spécialisé, et je me suis engagé auprès de jeunes en réinsertion via l’association lorientaise Remise en Jeu. J'essaye de leur inculquer des valeurs d'humanité, de les amener à relativiser et à se responsabiliser. Car le premier ennemi de l'homme, c'est l'homme lui-même. Il faut agir pour que la paix puisse s'imposer partout dans le monde. À mon niveau, j'ai le sentiment de faire le maximum en me levant tous les matins, malgré la douleur, pour aller travailler avec ces jeunes en difficulté. Je me sens utile, et cela donne un sens à ma vie." Non seulement Kodjovi ne baisse pas les bras, mais c'est aussi le premier à se relever les manches.

    * van der Sar a joué au plus haut niveau jusqu'à 41 ans et Buffon est encore le gardien titulaire de la Juventus et de l'Italie à 37 ans.


    Thibaut Angelvy

     

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