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    Nantes voyage, ép. 2/5

    Sous le charme

    La couverture du recueil de nouvelles Nantes Voyage La couverture du recueil de nouvelles Nantes Voyage - © Jean-Claude Chiariello

    Commissariat Waldeck Rousseau, au milieu de la nuit. Un lieutenant de police éreinté enregistre la déposition d'un rêveur aussi bavard qu'imaginatif et qui a été arrêté alors qu'il nageait dans le canal Saint-Félix... un bon mal de tête en perspective ! Une nouvelle du recueil Nantes Voyage de Sophie Vuillemin.

    La nuit berce la ville. Une brume légère recouvre les quais de l’Erdre, comme si une colonie de fantômes diaphanes avait pris possession du fleuve. Troublant le silence, une Renault aux couleurs de la Police Nationale freine bruyamment devant l’entrée du commissariat Waldeck Rousseau.

    L’officier qui descend de la voiture a les yeux cernés. D’une main posée au milieu du dos, il encourage fermement un type en caleçon à entrer. Le fautif proteste :

    — Soyez plus doux, je vous prie, ou j’appelle mon avocat. Comment ça, je m’exprime comme dans une série américaine ?

    Les deux hommes traversent le hall d’entrée, désert à cette heure matinale, avant d’emprunter un couloir au plafond craquelé.

    — Dites donc, la décoration n’est pas gaie chez vous : peinture grise, assortie à l’uniforme. Non, je ne fais pas le malin. Je ne suis pas en position. Encore moins en tenue. À ce propos, si vous me prêtiez une serviette ou une de vos chemises bleues réglementaires ? Du polyester ? Vous devez transpirer. Surtout lorsqu’il faut courir après les originaux dans mon genre. Vous avez apprécié le sprint, n’est-ce-pas ? Je mange sainement, je freine sur la bière. Ma devise : mieux vaut être celui qui caracole devant. Surtout à l’approche de la cinquantaine. Je sais, je la ferme. Je garde mes conseils pour moi. N’empêche, un peu de gym, quelques abdominaux… Un tee-shirt, c’est gentil, merci. Avec un caleçon pour unique vêtement, je me sentais un peu vulnérable. Je sens que vous
    m’appréciez déjà un peu plus. Je suis du genre attachant. Un siège ? Merci, on approche du paradis. Si vous pouviez retirer les menottes et m’apporter un verre d’eau… J’ai comme un arrière-goût de vase au fond de la gorge. On n’est pas au Radisson ? Je parle trop ? À partir de maintenant, vous poserez les questions. Je suis tout ouïe.

    Le fonctionnaire prend place derrière son bureau. Sur le mur, une grosse pendule Ikea – on manque cruellement de moyens dans la police française – indique 2 h 34. Il bâille, il a enchaîné les nuits toute la semaine. L’ordinateur s’allume avec un bip. Le type posté sur le bord de la chaise en face
    s’agite. Encore un hurluberlu.

    — Mon histoire commence au jardin des Plantes. Vous vous promenez de temps en temps ? Pas le temps, trop d’énergumènes à coffrer j’imagine. Vous devriez cependant effectuer une petite ronde dans ce parc. À première vue, il paraît normal. Ribambelle de petits gars en culottes courtes qui grimpent dans une araignée de corde et lycéens étendus sur les pelouses après une journée de dur labeur au lycée Clémenceau. Le mercredi, on y croise des grands-parents poursuivant des garçonnets à trottinette. Derrière les camélias, des amoureux s’embrassent. La routine. Mais ne vous fiez pas aux apparences. Le lieu est enchanté. Ensorcelé par la magie d’une fée facétieuse. Je rentrais d’un aller-retour à Paris. Pour mon travail, lieutenant. Vous êtes de la police ?

    Je vois que vous n’appréciez pas mon humour. Une chaleur inhabituelle était tombée sur Nantes et, à la descente du train, j’ai eu envie de me dégourdir les jambes. Il m’a suffi de traverser la ligne de tram. D’habitude, je préfère les virées urbaines autour de la place Royale aux parcs infestés de petits
    bonhommes hurlants à la vue d’un pain au chocolat ensablé mais, hier soir, la fraîcheur me tendait les bras. Au détour d’une allée ombragée, je suis tombé sur une cascade de fleurs multicolores. Une merveille. Un peu comme un arc-en-ciel qui aurait explosé. Des rires enfantins, légers comme des grelots, s’échappaient des pétales. J’ai pensé à ma maman, aux gâteaux de mon enfance et aux histoires qu’elle me racontait le soir. Vous connaissez la légende où les marins doivent se boucher les oreilles pour ne pas succomber aux chants des sirènes qui les entraînent vers les abîmes marins ? Ils me faisaient le même effet, ces doux babils.

    Le policier sent un gratouillement au niveau du cuir chevelu. La promesse d’une migraine carabinée qui ne manquera pas de lui plomber la fin de la nuit. Il a le chic pour attirer les illuminés. La brigade entière le charrie régulièrement à ce sujet.

    — J’ai continué à flâner, le cœur tout ramolli, et soudain je l’ai vu, allongé dans l’herbe verte, son ventre rebondi pointant vers le ciel. Un poussin géant endormi. Étrange rencontre, n’est-ce-pas ? J’ai regardé aux alentours. D’où débarquait ce gros volatile ? Il n’était pas arrivé par le Chronobus ! Voici ma version : il a émergé de l’étang voisin, une nuit, bousculant au passage les canards endormis et s’est dandiné jusqu’à la pelouse avant de s’écrouler de fatigue. Mon hypothèse parait folle mais la magie existe. Même vous, vous devez y croire un peu, non ? Vous doutez, votre métier y est pour quelque chose. Les faits, rien que les faits. Si je peux me permettre, vous vous trompez. Sans un peu d’imagination, sans cheveux emmêlés au sommet de pots de terre cuite, sans serpents fleuris émergeant des mares au beau milieu du jardin des Plantes, la vie est nettement moins séduisante.

    Le lieutenant fixe pour la première fois le visage de son interlocuteur. Des traits réguliers, un regard brun, un peu de fatigue au coin des yeux, ce monsieur-tout-le-monde n’a pas l’allure d’un caïd. Son sourire trahit même une certaine douceur.

    — Vous levez un sourcil interrogateur, j’ai suscité votre intérêt. Je ne crie pas victoire, rassurez-vous. La suite ? Je suis sorti du jardin et ai poursuivi ma balade. J’ai déambulé un moment. J’aime bien marcher. Jambes en mouvement, esprit au repos, une autre maxime de ma composition. Je ne vous ai pas révélé que j’écris des histoires ? Des contes destinés aux enfants. À disposition des plus grands aussi. La société a besoin d’ordre, m’sieur l’inspecteur, mais aussi d’un grain de folie douce.

    L’écrivain lisse d’une main distraite la veste aux couleurs de la Police Nationale posée sur ses épaules et poursuit son récit :

    — Le château des Ducs de Bretagne luisait dans la pénombre qui s’installait. J’ai imaginé une femme appuyée au chambranle d’une haute fenêtre, son voile blanc faseyant lentement sous l’effet de la brise et j’ai agité la main. Un peu comme Lady Diana lorsqu’elle circulait en carrosse princier. Les faits, les faits, j’y arrive ! Je me suis arrêté au bord du canal. La nuit était tombée. Je ne sais pas si vous prêtez attention aux petits détails des saisons mais le noir arrive vite lorsque l’été s’achève. J’étais d’humeur mélancolique. Ça arrive parfois. Aux meilleurs aussi. Même les joueurs du FCN ont des coups de blues, vous ne pensez pas ? J’étais dans cet état d’esprit quand je l’ai vue. Plus belle que dans mes rêves. Elle ondulait comme une sirène mythique. Je ne pouvais pas manquer l’occasion. Laetitia Casta, quand même ! Sans hésitation, j’ai retiré mon pantalon et mon polo et j’ai plongé. Croyez-moi, j’ai été déçu. L’eau était glacée et gluante. Et, dès que j’ai eu touché la surface, le charme s’est rompu. Comme un seau d’eau glacée sur le crâne qui vous ramène à la réalité. Elle n’était plus là, Laetitia. Volatilisée.

    L’illuminé avait donc sauté dans le canal Saint-Félix à la rencontre d’une pin-up imaginaire. Un cas d’école. Les collègues se moqueraient de lui le lendemain matin lorsqu’il rapporterait ce motif de trouble de l’ordre public.

    — Je pataugeais dans la vase. Un petit crawl m’a rapproché du bord. Le canal n’est pas prévu pour la baignade et les berges sont glissantes. Je dois ma survie au fait que j’avais oublié de couper mes ongles le matin. J’étais debout sous le rond de lumière d’un réverbère, le caleçon dégoulinant et
    la respiration un peu courte, une posture peu commune, je dois le confesser, quand le coup de sifflet a retenti. Votre silhouette s’est découpée sur la lune.

    À bien y réfléchir, ce pauvre bougre n’a commis aucun crime, il n’a découpé personne en cubes, même pas insulté son voisin. Il a juste confondu rêve et réalité. Le policier met un point final à son rapport et clique sur l’icône d’enregistrement. Il congédie le contrevenant et lui conseille de rentrer
    tranquillement chez lui.

    L’écrivain se redresse pour exposer une dernière requête :

    — Je peux conserver votre veste en souvenir, capitaine ? Le lieutenant retient un sourire : quelques heures ont suffi à lui faire gagner un grade dans l’estime de l’imprudent conteur. Il l’accompagne en direction de la sortie. Le soleil matinal inonde le parvis du commissariat. Le policier place la main en visière pour suivre du regard le poète qui s’éloigne sur le pont de la Motte Rouge. Sa silhouette s’amenuise et fond comme par enchantement. À l’horizon, ses jambes maigrichonnes émergeant du polyamide réglementaire dessinent une ombre chinoise dans la lumière éblouissante. Soudain, un nuage léger monte de l’Erdre et emporte l’image dans un souffle magique.

    Nantes Voyage, ouvrage collectif, éditions Durand-Peyroles, 210 pages, 14 €. Disponible chez tous les libraires et dans les points Le Voyage à Nantes. Achat en ligne sur le site de l'éditeur.

     

    Sophie Vuillemin : de l'ambassade à la scribouille

    Portrait de Sophie Vuillemin

    Originaire d'Angers, Sophie Vuillemin, 46 ans, a été collégienne et lycéenne à Nantes. Après une école de commerce, elle a d'abord été embauchée pour un laboratoire pharmaceutique, puis à suivi son fiancé à Nairobi où elle a travaillé pendant deux ans au service commercial de l'ambassade de France au Kenya. De retour dans l'Hexagone, elle a occupé différents postes dans le marketing, mais sans être passionnée par son métier.

    "J'étais bonne élève et j'ai suivi une trajectoire classique, mais lorsque j'ai eu des enfants et que je me suis arrêté de travailler, ce n'était pas du tout un déchirement ! J'ai alors eu l'envie de tester l'aventure de l'écriture." Pari réussi : son premier roman, commencé en 2007, paraît en 2009. C’est quoi ton stage ? suit Pierre, 14 ans, qui réalise un stage dans une maison de retraite. "Le livre a bien marché. Une version audio a été réalisée, il est étudié dans un lycée professionnel à Rezé et a même été traduit en anglais grâce à une rencontre avec un américain jeune homme au pair chez un couple d'amis." Sophie Vuillemin a pourtant encore du mal à se considérer comme un auteur et se présente plutôt comme une "scribouilleuse".

    "Auteur, ça fait un peu pompeux, et j'ai encore beaucoup à apprendre. J'ai d'ailleurs pu mesurer ma marge de progression dans l'écriture avec mon deuxième roman que je trouve plus accompli." À travers le dialogue d'une jeune fille avec sa mère malade, L’histoire entre nous n’est pas terminée (roman qui se déroule à Quiberon et paraît en septembre), elle se livre davantage avec un récit "sensible et intimiste". Le personnage principal a de nouveau 14 ans : mine de rien, la "scribouilleuse" est en train de devenir une ambassadrice de l'adolescence.

    En savoir plus : https://sophievuillemin.wordpress.com

    Crédit photo : Eric Perraud

    Thibaut Angelvy


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