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    La Malle sanglante du Puits d’Enfer, ép. 2/5

    Un étrange déménagement

    La couverture de La Malle sanglante du Puits d’Enfer La couverture de La Malle sanglante du Puits d’Enfer

    M. Thélier déménage. Du moins, c'est ce que dit sa gouvernante, Andrée Farré, une femme sèche et hautaine. Un chauffeur est venu chercher une grande malle en osier, et elle est terriblement lourde… Deuxième extrait de La Malle sanglante du Puits d’Enfer, de Xavier Armange.

    Paris, lundi 7 février 1949.

    Lorsqu'à 6 h 50 la concierge entrouvre la large porte de bois massif du 64 de la rue Jouffroy pour sortir ses poubelles, il fait un temps exécrable. La T.S.F a annoncé la veille : pluie, neige sur le nord du pays et baromètre autour de zéro. C'est encore la nuit noire. De grosses bourrasques de bise gèlent les flaques d'eau et balayent la rue, déserte à cette heure. Que feraient les bourgeois si tôt matin dans ce quartier tranquille et chic, près du boulevard Malesherbes et des Ternes ?

    Alors qu'elle se prépare à se recoucher, la concierge entend une voiture qui s'arrête devant la porte de l'immeuble. Par les persiennes toujours entrebâillées, elle aperçoit mal l'homme qui descend du véhicule, engoncé dans un large pardessus marron. Au passage, le long de la loge, elle ne le reconnaît pas ; sans doute un chauffeur qui vient chercher quelqu'un de l'immeuble. Mais qui ? Il pénètre dans le hall, prend l'ascenseur… un… deux… trois ; elle enregistre la vibration que fait la grille à chaque palier. Il s'arrête au troisième, chez M. Thélier.

    La concierge se souvient alors de sa conversation de la veille avec Andrée Farré, la "gouvernante" du vieux monsieur. Gouvernante, c'est un bien grand mot, pense la concierge. Avant, celles qui servaient au troisième étaient de simples petites bonnes mais celle-là ne se prend pas pour n'importe qui. Cette grande femme sèche, pas vraiment belle, ni laide non plus, la regarde souvent de haut avec un petit sourire pincé quand elle passe devant la loge ; comme si la domestique, c'était seulement elle, la concierge.

    Hier, en début de soirée, la "gouvernante" est venue la voir.

    — Je viens vous prévenir, Mme Thallez, que M. Thélier va quitter l'immeuble. Il part en voyage, vend l'appartement et tous ses meubles.

    La concierge était tombée des nues ; ça ne ressemblait pas à ce monsieur de partir si vite en faisant le vide derrière lui… La gouvernante a précisé devant l'air incrédule de la vieille femme :

    — Je suis étonnée moi-même, mais le patron m'a dit qu'il y avait urgence. Il part pour la Suisse parce qu'il a des ennuis avec la Cour de Justice ; c'est pour ça qu'il vend tout. Il veut être tranquille et réaliser son bien.

    Quelques minutes plus tard, la locataire du premier lui a confirmé la nouvelle qu'elle tenait elle aussi de la gouvernante.

    Sortie dans la rue, la concierge a tout le loisir d'examiner l'automobile ; une grosse conduite intérieure noire avec une large malle arrière arrondie. Elle pense que c'est la voiture qui va emmener M. Thélier de l'autre côté de la frontière. Ce départ continue de l'étonner… si tôt, presque à la sauvette… mais si le rentier est mêlé à de sales histoires, on peut comprendre…

    Pendant l'occupation, n'en parlons pas, mais depuis la fin de la guerre, elle en a encore vu des affaires pas nettes, des trafics en tous genres, du marché noir et combien "d'arrangements" sur les tickets d'approvisionnement ! Tout ça, ce n'est pourtant pas le genre du rentier tranquille du troisième… C'est vrai qu'on dit qu'il a fait fortune sous les Allemands, qu'il avait des intérêts dans un garage de la rue Boursault et que, curieusement, il a tout arrêté depuis la Libération… Trafic de voitures peut-être… mais on dit tellement de choses…

    La pipelette est interrompue dans ses supputations malveillantes par le grincement bruyant et caractéristique du monte-charge. La porte de l'escalier de service s'ouvre et l'homme au pardessus apparaît. Il traîne une malle d'osier aux fermetures de laiton qui paraît très lourde. Andrée Farré, la gouvernante, chapeautée et gantée, l'aide à la faire glisser sur le sol.

    La concierge vient tenir la porte et ne peut s'empêcher de demander les raisons de ce déménagement :

    — Monsieur étant parti en voyage, je n'ai plus rien à faire ici, je m'en vais également, lui déclare la domestique. J'emporte mes affaires ; je reviendrai bientôt chercher celles qui me restent dans l'appartement.

    Avec beaucoup de difficultés, aidés par la concierge, ils installent la malle sur le fixe-au-toit du véhicule. Pendant que le chauffeur commence à ficeler l'encombrant colis, la femme se ravise :

    — Il vaut mieux la mettre dans le coffre arrière, avec le vent qu'il fait et la pluie, je ne voudrais pas qu'elle verse.

    — C'est vous qui décidez, mais elle ne tiendra pas.

    C'est vrai que la malle d'osier est volumineuse ; un homme accroupi pourrait s'y cacher. La concierge la connaît bien ; il y en a deux dans la lingerie de l'appartement du troisième. Elles contiennent habituellement des draps et du linge. Le lourd bagage est finalement chargé sur la banquette arrière et la gouvernante, après un signe rapide à la concierge, s'installe à côté du conducteur.

    Curieux départ… pense Mme Thallez. Ce qui l'étonne le plus, c'est que M. Thélier ne soit pas venu lui dire au revoir, la veille. D'ailleurs, elle ne l'a pas vu sortir hier. En novembre, quand il est parti chez ses cousins en Normandie, il lui a laissé un billet de 1 000 F, une belle somme "pour garder un œil sur l'appartement et sur la petite bonne". Quand il est revenu les renseignements n'étaient pas fameux, la jeune domestique recevait des hommes… pas tous les soirs mais souvent… M. Thélier a été obligé de s'en séparer. Il voulait quelqu'un de plus âgé, quelqu'un de confiance.

    C'est à ce moment-là, vers la fin du mois, qu'Andrée Farré, la gouvernante, est entrée à son service. La concierge suit des yeux le véhicule qui tourne à droite, avenue de Villiers. Mentalement, "au cas où", elle enregistre le numéro de la plaque minéralogique, mais réalise qu'elle n'a pas fait attention à la marque de la voiture. Rentrée dans sa loge elle note au crayon, en marge du journal qu'on vient de lui déposer : 4560 - RK 6, parce qu'on ne sait jamais… Le journal, c'est justement le Figaro de M. Thélier. Elle apprend qu'un jeune homme a tué sa mère à coup de marteau, à Aubervilliers, et que trois gangsters ont arraché pour 20 millions de francs de bijoux à Mme Denon… Quelle époque !

    En préparant son café, la concierge ignore qu'elle sera bientôt une vedette et qu'elle aussi aura son nom dans le journal, pour une bien pénible affaire…

     

    Extraits de La Malle sanglante du Puits d’Enfer, de Xavier Armange, éditions d'Orbestier, novembre 2015, 160 pages, 15 €. Achat en ligne sur le site de l'éditeur.


    Xavier Armange, auteur-éditeur globe-trotteur

    Xavier Armange, auteur-éditeur

    Xavier Armange est né à Nantes en 1947. Auteur d’une trentaine de romans, il a aussi collaboré pour la presse jeunesse. Il a créé en 1995 aux Sables d'Olonne une maison d’édition aujourd’hui gérée pas son fils, Cyril Armange, à Saint-Sébastien-sur-Loire : les Editions d'Orbestier. Xavier Armange s'intéresse à l'Asie, "surtout à l'Inde et plus particulièrement à Bénarès." Il est d'ailleurs l'auteur de l'ouvrage Bénarès, au-delà de l’éternité. Passionné de voyage, il a parcouru une soixantaine de pays dans le monde depuis quarante ans. Il vit près de Nantes et participe, comme intervenant, à divers événements et festivals, anime dans les écoles et les bibliothèques des rencontres et conférences ainsi que des ateliers de lecture et d'écriture.

    Pauline Jahan

     

    Tous les épisodes de La Malle sanglante du Puits d’Enfer

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