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    Peau de peinture, ép. 2/3

    Un verre pour oublier le weekend galère

    Couverture du livre "Peau de peinture" Couverture du livre "Peau de peinture"

    Deuxième extrait du roman Peau de peinture, de Thierry Picquet. Après une semaine de bricolage compliquée, Paul va se remonter le moral au troquet du coin. Il y retrouve son ami Louis… qui est tout aussi dépité de son weekend !

    Louis, engoncé dans son perfecto élimé, assis au bar, les santiags en équilibre sur le repose-pieds de son tabouret, était en grande conversation avec sa pinte de Guinness. Ça m’a étonné de le voir là, car il m’avait dit qu’il devait passer quelques jours en famille à Plouhinec dans le Morbihan.

    « Et alors, déjà de retour ?

    —M’en parle pas. Suis rentré tout à l’heure.

    —C’est comme moi, m’en parle pas. »

    Quand la conversation s’engage comme ça avec Louis, je suis sûr qu’il va en sortir des choses intéres­santes.

    « Alors, ces vacances, Paul ?

    —Chantier – salle de bain – galère. Comme d’hab.

    —Et toi, Louis, ton week-end ?

    —Bretagne-famille-galère. Comme d’hab.

    —Raconte.

    —C’était mon week-end de garde, je passe cher­cher la petite chez sa mère. Au bout d’une heure, on crève sur l’autoroute. Il pleuvait des cordes. La roue de secours au fond de la malle, tous les bagages sur la bande d’arrêt d’urgence. Jusque-là, tout va bien. Myriam, la copine de Sophie que j’avais emmenée avec nous pour pas que Sophie fasse trop la tronche d’aller chez la grand-mère, avait oublié sa Nautamine, je te raconte pas, t’imagines la suite. Le lendemain dimanche, déjeuner de famille au programme, nor­mal. Mon père était parti tôt le matin avec des potes pêcher du crabe, c’était les grandes marées, sauf que sur le coup de midi, il la tenait plus, mais plus du tout, lui, la marée. Tu vois d’ici l’ambiance. On s’est cassé juste après le dessert, les mômes râlaient parce qu’elles avaient prévu d’aller à un fest-noz dans la soirée. Elles ont tiré la gueule tout le trajet du retour, vautrées sur la banquette arrière, le walkman à donf dans les oreilles. Je viens de déposer tout le monde à la maison et j’ai filé ici pour picoler un peu, histoire de me remettre d’aplomb. »

    Barrés comme on était, le moral dans les chaus­settes, avec Louis nous nous sommes épanchés encore plus vite que les Guinness dans nos gosiers. Tout y est passé : les petites crapules, appelées dans le langage pédagogique « jeunes en difficulté », que je conduisais plusieurs fois par jour chez le directeur parce qu’elles avaient traité l’un ou l’autre de leurs profs « d’enculé de bâtard ».

    « J’vous jure, j’ai rien fait moi. C’est de sa faute à l’autre bouffon. Y’m cherche ou quoi ? Y m’a pris mon portab’ pasqu’y sonnait. N’importe quoi ! Ça se fait pas de prendre un portab,’ m’sieur. La vie de ma mère, ça se fait pas ! »

    Et si par inadvertance, je leur posais la main sur l’épaule pour les inciter à avancer plus vite dans les couloirs du bahut, j’avais aussitôt droit à l’inexorable formule gravée dans le marbre de leur loi : « Touche-moi pas, toi, ou j’porte plainte ! » Tout était dit.

    Louis, lui, a raconté ses prises de tête avec son petit con de voisin et son grand con de Dogue allemand. Le clébard aboyait toute la nuit, foutait la trouille aux gosses du quartier, chiait devant chacune des portes de la rue, et quand tu faisais une réflexion au maître, il t’envoyait balader en te disant que t’aimais pas les bêtes. Louis lui avait un jour répondu qu’il aimait bien les bêtes, mais pas les cons. Depuis c’était la guerre de tranchées, et que je te gare la bagnole au raz des fenêtres pour te priver de la lumière du jour, et que je te renverse la poubelle, et que je te réveille à l’aube avec la tondeuse à gazon. Bref, l’horreur au quotidien.

     

    Extrait de Peau de peinture, de Thierry Picquet, éditions du Petit Pavé, février 2015, 174 pages, 18 €. Achat en ligne sur le site de l'éditeur.


    L'auteur : Thierry Picquet

    Poupées russes sauce Columbo

    Thierry Picquet, romancier nantais

    La silhouette fluette et énergique, la gouaille, la voix rocailleuse, le teint méditerranéen et même le long imper : Thierry Picquet a définitivement un petit air à la Columbo. Il n'a pourtant jamais été inspecteur, seulement commissaire… d'exposition.

    Né à Nantes en 1957, Thierry Picquet est avant tout professeur de lettres en filière spécialisée pour jeunes en difficultés. "Mon boulot est davantage celui d'un éducateur que d'un enseignant." Grand lecteur, fan de polars, il est progressivement passé à l'écriture en étudiant Pierre Véry, écrivain et scénariste auquel il a consacré un essai : "Je suis devenu ami avec sa famille et suis l'un des spécialistes français de cet auteur. J'ai d'ailleurs été commissaire d'une exposition sur son œuvre organisée à Paris. Mais au bout d'un moment, à force de démonter les mécanismes de l'écriture, j'ai eu envie de m'y essayer à mon tour." Il publie ainsi le recueil de nouvelles Un moment d'abandon en 2002, puis le roman Le mur de l'alimentation en 2011.

    Mais comme les poupées russes, un Thierry Picquet en cache toujours un autre. Membre de la première heure de l'association des Romanciers nantais, il s'implique depuis longtemps dans les milieux associatif et culturel, multipliant les casquettes : également scénariste pour le cinéma, il a été manager d'un groupe de rock et d'une troupe de théâtre, et participe à l'organisation d'événements artistiques. À Nantes, il prépare un festival du livre avec plusieurs petits éditeurs. Avant, il a piloté pendant cinq ans un festival de musique, cinéma et arts vivants qui détonnait dans le village aveyronnais de 400 habitants où il a acheté un petit coin de paradis. Bientôt à la retraite, il pourra allonger ses séjours à la campagne, et projette d'y organiser des résidences artistiques. Au calme, mais toujours sur un fond de rock'n'roll. "J'aime bien les oppositions, les choses qui surprennent."

    Thibaut Angelvy

     

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