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    Les gravats de la rade, ép. 3/3

    Une reprise d'études historique

    La couverture du roman Les gravats de la rade. La couverture du roman Les gravats de la rade.

    Quelques mois ont passé depuis le meurtre de Marie Le Moign et le suicide de l'ancien terroriste allemand. À Brest, Maryse Dantrec, institutrice fraîchement retraitée, est revenue veiller sur son vieux père. Elle profite de l'occasion pour reprendre ses études d'histoire, avec pour sujet : les premières actions de résistance à l'arsenal. Le début d'une longue recherche, qui l’amènera à découvrir un fait historique brestois méconnu de la Seconde Guerre mondiale. Troisième et dernier extrait du roman Les gravats de la rade.

    5 novembre 2011. Brest. 6 Rue du 2ème R.I.C.

    – Oui, Nico, il va nettement mieux. Il doit beaucoup dormir, par contre.

    – Bon ben c'est l'essentiel. Ana a eu quelques contractions, ce matin. Donc appelle-moi avant si jamais tu as besoin de moi. Je passerai samedi après-midi, à l'hôpital.

    – D'accord mon chéri. Merci pour ce que tu as fait, en tout cas, de la part de papy, lui-même, et de Viviane.

    – De rien. Et toi tu vas faire quoi ?

    Maryse Pereira-Dantec pouffa. Nicolas était, sans doute, le plus à même de saisir le rôle que représentait cette reprise universitaire.

    – Je te l'ai déjà dit, Nico. Je reprends mon master.

    – Ah oui, excuse-moi man ! Ton sujet porte sur la résistance à Brest, c'est bien ça ?

    – Toi, au moins, tu t'en souviens.

    Maryse regarda vers Recouvrance, en mangeant un morceau de far breton.

    – Ah zut ! Des soucis avec papa ?

    – Même pas. Tout comme ton frère, ça leur a fait ni chaud, ni froid, comme d'habitude.

    L'institutrice retraitée raccrocha, après les mots maternels d'usage. L'appartement se trouvait, cette fois-ci, rive gauche, dans le maelstrom brestois. Des souvenirs segmentés, comme incomplets, entrecoupés par la mère adoptive de Jean Dantec, Marie-Thérèse. Les images fragiles de jeunesse du paternel, la foire Saint-Michel, parfois.

    Saint-Denis, la banlieue rouge de son adolescence paraissaient moins mystérieuses comme si la vie militante du père, voire son existence tout court, n'avait vraiment débuté qu'à la descente du train, à Montparnasse, en 46.

    Rien à voir avec Brest dont les secrets les plus précieux paraissaient avoir disparu dans les fracas des décombres d'août 44. De Prévert à Miossec, même pour les troubadours, il fallait se contenter, sans espoir de retour, de la ville "d'avant", avant cet été de fer et de feu. C'était quoi la fin de la chanson de Montant, déjà ? Ah oui.

    – De Brest, dont il ne reste rien.

    Son esprit de contradiction de soixante-huitarde, attardée, en avait fait justement son champ d'étude, immédiat.

    Maryse avait bûché, dans le train, le bouquin de méthodologie sur le mémoire : le tout agrémenté d'une bière. Aux dires de Michel, le directeur d'études, le plus simple était d'attaquer la revue de presse relative à la période historique retenue. Maryse étala sur la table en fornica, bleu clair, les différentes notes d'ores et déjà récoltées.

    – Oui, bonjour. Je souhaiterais connaître vos horaires.

    Une voix détachée se borna à répliquer vertement.

    – C'est dans le journal ou sur internet, madame. Mais bon, je vous les donne. Du lundi au vendredi de 9 h 30 à 17 h.

    – Trop aimable, monsieur. Merci.

    Le fonctionnaire des archives départementales adoucit son ton.

    – De rien. Y a-t-il des documents, en particulier, que vous souhaitez consulter ? Je prendrai ensuite votre nom, prénom et coordonnées.

    – J'aimerais avoir accès à vos exemplaires de la "Dépêche de Brest", de 41 à fin 43.

    – Je vais voir cela, madame. Quand comptez-vous venir ?

    – Vraisemblablement, demain matin.

    – Parfait, je vous fais remonter tout cela d'ici là. Mais je vous préviens, il va vous en falloir du temps pour éplucher l'ensemble.

    – Ce n'est pas un problème. J'ai une quinzaine de jours devant moi.

    En dépit de leurs engueulades passées sur le parti, la ligne, les erreurs, l'U.R.S.S., José accessoirement, le paternel aurait dû se réjouir de cette plongée dans les racines d'un engagement. D'où provenaient ces états d'âme subis ? Lui qui l'avait tant saoulé avec sa sacro-sainte histoire revue, corrigée.

    La déception de l'absence de fibre militante, chez ses filles, le torturait, encore, à des décennies d'écart ? Le regard malin de Maryse, comme il se laissait à la taquiner, parfois, se mit à perler : en pensant à Rose, à ces années d'explication perdues.

    – C'est parfait, dis-moi, Maryse ! Quand tu penses avoir une ébauche de plan ?

    – D'ici une dizaine de jours, j'aurai une trame.

    – OK, on fait comme ça. Bises.

    Michel, un brillant chercheur côtoyé dès sa jeunesse estudiantine à Vincennes, il avait fait du chemin, depuis. Le docteur en histoire contemporaine s'était, spontanément, porté candidat à la direction du mémoire. Un élixir de jouvence, au goût amer, qui lui rappelait les ratés de son parcours. Mais du temps restait.

    Avant d'établir le canevas de ces travaux, Maryse voulut égayer quelque peu l'intérieur désert du trois pièces. Elle se passerait, pour une fois, de la chanson engagée omniprésente dans le sérail familial. Oubliés Ferré, Brassens, Ferrat que Jean Dantec lui avait asséné dominicalement, durant tant d'années.

    La pochette du trente-trois tours attira son attention, le manche-disque beige n'avait pas bougé. Sans doute que le paternel n'avait pas eu le temps de ranger, avant son malaise. Elle posa, avec délicatesse, le microsillon. Bousculée par une mélodie sortie des limbes de la Penfeld, Maryse inspira sur sa cigarette.

    – Ah Fanny de Recouvrance, j'aimais tes yeux malins.

     

    Les gravats de la rade. Zone d'ombre sur Brest, de Marek Corbel, éditions Wartberg – Collection Zones Noires, septembre 2015, 206 pages, 10,90 €. Achat en ligne sur le site de la Fnac.

     

    Lire tous les épisodes de Les gravats de la rade

     

    L'auteur : Marek Corbel

    Citoyen masqué à la plume noire

    Daniel Chaigne

    Qui est Marek Corbel ? Sous ce pseudonyme énigmatique se cache un Breton âgé de 39 ans et originaire de Quimperlé, vivant aujourd'hui à Paris. Juriste au ministère de l'Éducation nationale le jour, écrivain la nuit, Yves Croguennec, de son vrai nom, mène en quelque sorte une double vie : d'un côté le Droit et les règles intangibles, de l'autre une aventure éditoriale mêlant fiction et engagement.

    "Passionné par les romans noirs et fidèle admirateur d'auteurs tels que James Ellroy, Frédéric H. Fajardie et Dennis Lehane, je me suis lancé dans l'écriture en 2011", explique l'intéressé. "Mes intrigues s'inscrivent toutes dans une époque, avec ses contradictions et ses forces sociales en action. Je trouve bien souvent mon inspiration dans des faits historiques."

    Au fil de ses six ouvrages, Marek Corbel distille de manière plus ou moins énoncée une critique sociale, voire politique, du monde contemporain. La Tanière du Laonnois, son premier polar, prend par exemple la forme d'une enquête sur l'extrême droite française des années 1980. Pour Il était une fois 1945, il s'inspire cette fois-ci d'une expérience personnelle pour s'attaquer aux arcanes du syndicalisme dans la police. En pur Breton, il apprécie également interroger la notion de régionalisme, comme dans Le Sanctuaire de Cargèse et Concarn' oir, qui se déroulent respectivement en Corse et en Bretagne. Plus récemment, en 2014, il a tout simplement délaissé la forme du roman policier pour écrire le premier volet de sa trilogie En proie au labyrinthe, son livre le plus politique jusqu'à maintenant.

    Parlant plus facilement de Marek Corbel que de l'homme derrière le masque, Yves Croguennec reste finalement assez prudent et discret sur sa vision du monde actuel et sa vie personnelle. Mais il est fort probable que la clé de cette énigme se trouve entre les lignes…

    Corentin Vital

    Ebook

     

    Tags : ebook, feuilleton, littérature, Brest, Finistère, Les gravats de la rade

     

    Légende photo : La couverture du roman Les gravats de la rade

     

     

    Les gravats de la rade, ép. 3/3

    Une reprise d'études historique

    Quelques mois ont passé depuis le meurtre de Marie Le Moign et le suicide de l'ancien terroriste allemand. À Brest, Maryse Dantrec, institutrice fraîchement retraitée, est revenue veiller sur son vieux père. Elle profite de l'occasion pour reprendre ses études d'histoire, avec pour sujet : les premières actions de résistance à l'arsenal. Le début d'une longue recherche, qui l’amènera à découvrir un fait historique brestois méconnu de la Seconde Guerre mondiale. Troisième et dernier extrait du roman Les gravats de la rade. [LIEN SOMMAIRE]

    5 novembre 2011. Brest. 6 Rue du 2ème R.I.C.

    – Oui, Nico, il va nettement mieux. Il doit beaucoup dormir, par contre

    – Bon ben c'est l'essentiel. Ana a eu quelques contractions, ce matin. Donc appelle-moi avant si jamais tu as besoin de moi. Je passerai samedi après-midi, à l'hôpital.

    – D'accord mon chéri. Merci pour ce que tu as fait, en tout cas, de la part de papy, lui-même, et de Viviane.

    – De rien. Et toi tu vas faire quoi ?

    Maryse Pereira-Dantec pouffa. Nicolas était, sans doute, le plus à même de saisir le rôle que représentait cette reprise universitaire.

    – Je te l'ai déjà dit, Nico. Je reprends mon master.

    – Ah oui, excuse-moi man ! Ton sujet porte sur la résistance à Brest, c'est bien ça ?

    – Toi, au moins, tu t'en souviens.

    Maryse regarda vers Recouvrance, en mangeant un morceau de far breton.

    – Ah zut ! Des soucis avec papa ?

    – Même pas. Tout comme ton frère, ça leur a fait ni chaud, ni froid, comme d'habitude.

    L'institutrice retraitée raccrocha, après les mots maternels d'usage. L'appartement se trouvait, cette fois-ci, rive gauche, dans le maelstrom brestois. Des souvenirs segmentés, comme incomplets, entrecoupés par la mère adoptive de Jean Dantec, Marie-Thérèse. Les images fragiles de jeunesse du paternel, la foire Saint-Michel, parfois.

    Saint-Denis, la banlieue rouge de son adolescence paraissaient moins mystérieuses comme si la vie militante du père, voire son existence tout court, n'avait vraiment débuté qu'à la descente du train, à Montparnasse, en 46.

    Rien à voir avec Brest dont les secrets les plus précieux paraissaient avoir disparu dans les fracas des décombres d'août 44. De Prévert à Miossec, même pour les troubadours, il fallait se contenter, sans espoir de retour, de la ville "d'avant", avant cet été de fer et de feu. C'était quoi la fin de la chanson de Montant, déjà ? Ah oui.

    – De Brest, dont il ne reste rien.

    Son esprit de contradiction de soixante-huitarde, attardée, en avait fait justement son champ d'étude, immédiat.

    Maryse avait bûché, dans le train, le bouquin de méthodologie sur le mémoire : le tout agrémenté d'une bière. Aux dires de Michel, le directeur d'études, le plus simple était d'attaquer la revue de presse relative à la période historique retenue. Maryse étala sur la table en fornica, bleu clair, les différentes notes d'ores et déjà récoltées.

    – Oui, bonjour. Je souhaiterais connaître vos horaires.

    Une voix détachée se borna à répliquer vertement.

    – C'est dans le journal ou sur internet, madame. Mais bon, je vous les donne. Du lundi au vendredi de 9 h 30 à 17 h.

    – Trop aimable, monsieur. Merci.

    Le fonctionnaire des archives départementales adoucit son ton.

    – De rien. Y a-t-il des documents, en particulier, que vous souhaitez consulter ? Je prendrai ensuite votre nom, prénom et coordonnées.

    – J'aimerais avoir accès à vos exemplaires de la "Dépêche de Brest", de 41 à fin 43.

    – Je vais voir cela, madame. Quand comptez-vous venir ?

    – Vraisemblablement, demain matin.

    – Parfait, je vous fais remonter tout cela d'ici là. Mais je vous préviens, il va vous en falloir du temps pour éplucher l'ensemble.

    – Ce n'est pas un problème. J'ai une quinzaine de jours devant moi.

    En dépit de leurs engueulades passées sur le parti, la ligne, les erreurs, l'U.R.S.S., José accessoirement, le paternel aurait dû se réjouir de cette plongée dans les racines d'un engagement. D'où provenaient ces états d'âme subis ? Lui qui l'avait tant saoulé avec sa sacro-sainte histoire revue, corrigée.

    La déception de l'absence de fibre militante, chez ses filles, le torturait, encore, à des décennies d'écart ? Le regard malin de Maryse, comme il se laissait à la taquiner, parfois, se mit à perler : en pensant à Rose, à ces années d'explication perdues.

    – C'est parfait, dis-moi, Maryse ! Quand tu penses avoir une ébauche de plan ?

    – D'ici une dizaine de jours, j'aurai une trame.

    – OK, on fait comme ça. Bises.

    Michel, un brillant chercheur côtoyé dès sa jeunesse estudiantine à Vincennes, il avait fait du chemin, depuis. Le docteur en histoire contemporaine s'était, spontanément, porté candidat à la direction du mémoire. Un élixir de jouvence, au goût amer, qui lui rappelait les ratés de son parcours. Mais du temps restait.

    Avant d'établir le canevas de ces travaux, Maryse voulut égayer quelque peu l'intérieur désert du trois pièces. Elle se passerait, pour une fois, de la chanson engagée omniprésente dans le sérail familial. Oubliés Ferré, Brassens, Ferrat que Jean Dantec lui avait asséné dominicalement, durant tant d'années.

    La pochette du trente-trois tours attira son attention, le manche-disque beige n'avait pas bougé. Sans doute que le paternel n'avait pas eu le temps de ranger, avant son malaise. Elle posa, avec délicatesse, le microsillon. Bousculée par une mélodie sortie des limbes de la Penfeld, Maryse inspira sur sa cigarette.

    – Ah Fanny de Recouvrance, j'aimais tes yeux malins.



    Les gravats de la rade. Zone d'ombre sur Brest, de Marek Corbel, éditions Wartberg – Collection Zones Noires, septembre 2015, 206 pages, 10,90 €. Achat en ligne sur le site de la Fnac.



    Lire tous les épisodes de Les gravats de la rade



    L'auteur : Marek Corbel

    Citoyen masqué à la plume noire

    Daniel Chaigne

    Qui est Marek Corbel ? Sous ce pseudonyme énigmatique se cache un Breton âgé de 39 ans et originaire de Quimperlé, vivant aujourd'hui à Paris. Juriste au ministère de l'Éducation nationale le jour, écrivain la nuit, Yves Croguennec, de son vrai nom, mène en quelque sorte une double vie : d'un côté le Droit et les règles intangibles, de l'autre une aventure éditoriale mêlant fiction et engagement.

    "Passionné par les romans noirs et fidèle admirateur d'auteurs tels que James Ellroy, Frédéric H. Fajardie et Dennis Lehane, je me suis lancé dans l'écriture en 2011", explique l'intéressé. "Mes intrigues s'inscrivent toutes dans une époque, avec ses contradictions et ses forces sociales en action. Je trouve bien souvent mon inspiration dans des faits historiques."

    Au fil de ses six ouvrages, Marek Corbel distille de manière plus ou moins énoncée une critique sociale, voire politique, du monde contemporain. La Tanière du Laonnois, son premier polar, prend par exemple la forme d'une enquête sur l'extrême droite française des années 1980. Pour Il était une fois 1945, il s'inspire cette fois-ci d'une expérience personnelle pour s'attaquer aux arcanes du syndicalisme dans la police. En pur Breton, il apprécie également interroger la notion de régionalisme, comme dans Le Sanctuaire de Cargèse et Concarn' oir, qui se déroulent respectivement en Corse et en Bretagne. Plus récemment, en 2014, il a tout simplement délaissé la forme du roman policier pour écrire le premier volet de sa trilogie En proie au labyrinthe, son livre le plus politique jusqu'à maintenant.

    Parlant plus facilement de Marek Corbel que de l'homme derrière le masque, Yves Croguennec reste finalement assez prudent et discret sur sa vision du monde actuel et sa vie personnelle. Mais il est fort probable que la clé de cette énigme se trouve entre les lignes…

    Corentin Vital



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