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    À Rennes

    Circuits courts : les Artisans du frais, commerçants sans commerce

    M. et Mme Duffy veulent une dérogation pour implanter un magasin en circuit court. M. et Mme Duffy veulent une dérogation pour implanter un magasin en circuit court.

    Dominique et Thomas Duffy ont imaginé un magasin alimentaire qui repose sur les circuits courts. Ils entendent ainsi soutenir une agriculture locale et promettent la création de 102 emplois directs sur la métropole rennaise. Mais le projet est au point mort, se heurtant à un problème de taille : les commerçants n’ont pas de terrain où implanter leur supermarché. Le couple en fait porter la responsabilité à Rennes Métropole. Celle-ci lui oppose le schéma de cohérence territoriale. Derrière la discorde, c’est la manière dont on conçoit l’avenir du commerce qui est en question.

    D’une armoire débordant de dossiers, Thomas Duffy sort le plan du magasin qu’ils ont imaginé, conçu et dessiné avec Dominique Duffy, son épouse et associée. C’est le symbole d’un combat qui dure depuis quatre ans pour le faire sortir de terre. "Mes premières ébauches étaient sur un papier kraft de 3 mètres de long sur deux mètres de hauteur," sourit-il. Il dit y avoir passé des milliers d’heures. "Ce n’est pas qu’un magasin. C’est aussi de la restauration, une cuisine centrale intégrée et une plateforme logistique pour alimenter tout ça et desservir des restaurateurs, des collectivités ou des maisons de retraite."

    C’est un projet ambitieux, dont l’investissement de départ est estimé à 10 millions d’euros. Le magasin serait situé sur un terrain de 12 à 15 000 m² pour environ 4 500 m² de bâtiments. Il serait en décor bois, avec une surface de vente de 1 600 m²* et, c’est le cœur du projet, approvisionné quasi-exclusivement par des producteurs locaux. Aucune grande marque dans les rayons : "Notre identité, c’est l’artisanat et les producteurs", insiste Dominique Duffy. Il offrirait ainsi un débouché à un millier d’agriculteurs d’Ille-et-Vilaine et des départements voisins et créerait 102 emplois directs pour faire tourner la boutique. La transformation des produits sur place implique en effet des besoins importants en personnel. Le nom est quant à lui déjà trouvé, ce sera Les Artisans du frais.

    Mais l’idée est jusqu’à aujourd’hui restée sur le papier, faute de terrain. Ils cherchent un site à proximité des axes de circulation, pour qu’il soit accessible aussi bien des fournisseurs que des clients-automobilistes. "Nous avons essayé de nous implanter à différents endroits, mais Rennes Métropole nous a toujours fermé la porte, regrette Thomas Duffy. Je ne comprends pas que l’on soit obligés de quémander à ce point-là avec tous les efforts que l’on a fait."

    Du pétrole libyen au poireau breton

    Dans l'écrin de verdure, à l'entrée du campus de Ker Lann, on distingue un hangar. Le site serait pour les époux Duffy l'endroit idéal pour implanter leur magasin. La trajectoire de Thomas Duffy détonne au regard des valeurs qu’il entend défendre. Elle commence en Libye, où il travaille dans le pétrole pour une société américaine. Après douze ans de cette vie d’expatrié, il ouvre au Rheu, dans la périphérie rennaise, un garage automobile. La vente de celui-ci, en 2007, marque une rupture : fini le pétrole et les voitures, dorénavant ce sera les poireaux, les pommes de terre et les poulets bretons. "J'avais envie de faire quelque chose de nouveau, qui ait du sens et qui soit durable." Pour son épouse, qui a longtemps œuvré dans l’épicerie familiale, c’est en revanche un retour aux sources.

    "Nous ne retrouvions plus le goût et la qualité des fruits, des légumes et des viandes. Nous nous sommes dit qu’il devait y avoir autre chose. Nous nous sommes donc intéressés au monde agricole et c’est là que nous avons découvert qu’il y avait une vraie richesse locale, mais qu’elle était dispersée." Leur projet prend forme à ce moment-là : ils veulent rassembler en un même lieu cette production pour lui donner une plus grande visibilité et la commercialiser de façon plus large.

    Ils prennent alors la route pour découvrir ce monde agricole qui leur est pour ainsi dire étranger. De ferme en ferme, ils rencontrent les agriculteurs, s’enquièrent de leurs manières de travailler, de leurs besoins, de leurs difficultés. Et ils se font connaître. "En moyenne, nous passons trois heures avec chaque producteur. Nous discutons avec eux et nous voyons comment ils travaillent."

    Dans leur exploration, puis dans leur projet, ils ne posent pas d’autres limites que les frontières géographiques. Ils affichent leur soutien à une "agriculture paysanne", aux "filières de qualité" et à "toute production respectueuse de l’homme et de l’animal"… sans autre garantie que leur connaissance du millier de producteurs avec lesquels ils envisagent de travailler. C’est là toute l’ambiguïté de la notion du "local", qui englobe dans un même ensemble tous les modes de production. Les Artisans du frais ne clarifient pas les choses à ce niveau. "Si nous voulons travailler du local, nous ne pouvons pas avoir que du bio, justifie Dominique Duffy. Et aujourd’hui, on trouve des producteurs très qualitatifs qui n’ont pas l’agrément bio."

    Le dialogue semble rompu

    Sur le même site, les espaces verts et le petit étang offrirait un cadre agréable pour la restauration. Le projet est néanmoins dans l’air du temps, navigant sur un créneau porteur, les circuits courts**, dans lequel s’est engouffré le monde agricole. "Nous accompagnons le mouvement qui est dans ce mode de vente, explique Bernadette Loisel, responsable des circuits courts pour la chambre d’agriculture d’Ille-et-Vilaine. Nous encourageons le collectif, parce que nous pensons que l’avenir est là. Le consommateur veut des gammes de produits, il faut donc regrouper les produits et donner du service." Les politiques aussi observent avec bienveillance l’émergence des circuits courts. En 2014, le programme de la liste Rennes créative et solidaire, menée par la future maire de Rennes, Nathalie Appéré, affirmait vouloir "favoriser et mettre en visibilité les initiatives des commerces solidaires et équitables (Amap, monnaie solidaire, groupements d’achat, circuits courts, points-relais dans les quartiers…)."

    Dans un premier temps, Dominique et Thomas Duffy reçoivent donc un accueil favorable auprès des élus et des institutionnels. Ils sont en discussion avec la Chambre d’agriculture et rencontrent les élus de Rennes Métropole à plusieurs reprises. En 2012, un voyage d’étude mène tout ce beau monde en Rhône-Alpes pour visiter des points de vente collectifs.

    Mais aujourd’hui, le dialogue semble rompu. En février, les époux Duffy mettaient directement en cause la collectivité dans une pétition lancée sur le site Change.org : Stop au lobby de la grande distribution, oui à l’économie locale. Avec la chambre d’agriculture d’Ille-et-Vilaine, les relations ne sont pas meilleures : le couple lui a intenté un procès pour rupture abusive des négociations. Celles-ci ont été stoppées en 2013. Les deux parties refuseront de s’exprimer sur la nature exacte du désaccord, étant donné la procédure en cours.

    Doublés par une enseigne nationale

    L'entrepôt abritait autrefois une entreprise de transport de colis. Il est aujourd'hui à l'abandon. Avec les élus locaux, la discorde est liée à la recherche du terrain. "Nous sommes intéressés par le projet, mais les époux Duffy n’acceptent pas les règles du Scot," explique-t-on à Rennes Métropole. Pour la collectivité, il faudrait "redimensionner le projet". Entendez : les Artisans du frais doivent revoir leurs ambitions à la baisse. En cours de révision, le Schéma de cohérence territoriale du Pays de Rennes – le Scot en question – fixe en effet des règles drastiques pour la création de nouvelles surfaces alimentaires. D’ici à 2030, il limite l’extension des surfaces dévolues au commerce alimentaire à 10 000 m² sur les 67 communes qui composent son territoire. Il privilégie également les centralités (centre-ville, cœur de quartier, centre-bourg) et refuse la captation des flux de circulation pour tout nouvel aménagement.

    Derrière ces règles, il y a l’ambition de limiter le grignotage du foncier agricole et de rapprocher les commerces des lieux de vie. La métropole souligne que ces règles s’appliquent à tous. On notera néanmoins que si elles favorisent les centres-villes, elles profitent aussi aux enseignes déjà installées dans les grands centres commerciaux. Pour la plupart, ceux-ci ont par ailleurs gagné en attractivité ces dernières années, grâce à l’agrandissement de leur galerie marchande.

    Le SCOT cadre donc mal avec les ambitions des Artisans du frais : le projet est gourmand en terrain et cible une zone de passage plus qu’un lieu de vie. Sauf à s’installer sur un terrain déjà affecté à l’activité commerciale, ils sont dans une impasse. Or les opportunités sont rares et ils en ont vu une leur glisser entre les doigts en 2013. Alors qu’ils avaient repéré l’emplacement d’un ancien Lidl, rue de la Rigourdière, à Cesson-Sévigné, ils se sont fait doubler par une enseigne nationale spécialisée en produits frais.

    "Le meilleur endroit que j’ai pu trouver"

    En attendant un hypothétique commerce de produits locaux, c'est un lieu apprécié des graffeurs. Aujourd’hui, Dominique et Thomas Duffy fondent tous leurs espoirs sur le campus de Ker Lann, à Bruz. "C’est le meilleur endroit que j’ai pu trouver, affirme Thomas Duffy. L’aménagement routier est prêt, il y a 6 000 étudiants, dont certains dans les métiers de bouche, il y a aussi le parc des expositions avec le salon de l’agriculture, le salon des vins, etc." Mais dans le Scot, la zone est réservée à l’enseignement supérieur et à la recherche. "Il est toujours en révision, la prochaine date de clôture est prévue fin mai, indique Dominique Duffy. Ce qui nous laisse du temps pour voir avec Rennes Métropole, afin qu’ils changent leur position et qu’ils acceptent d’intégrer notre projet dans le nouveau Scot."

    Ils estiment être légitimes à demander cette dérogation. Ils entendent d’ailleurs opposer à Rennes Métropole le document d’orientation et d’objectifs du Scot***, qui fixe pour ambition de "favoriser le développement de circuits courts". Ils font également valoir qu’un garage automobile a été transféré depuis le centre-ville vers la zone, alors que, selon le Scot, ce n’est pas sa place. Rennes Métropole répond que c’est un contexte réglementaire différent, puisqu’il s’implante sur le site d’un ancien garage, qui préexistait à la création de la zone d’aménagement concertée.

    Dans ce dialogue de sourds, une troisième voix s’est fait entendre. Répondant à une requête des époux Duffy, la commission d’enquête publique concernant le projet de révision du Scot a évoqué le sujet dans son avis : "Cette implantation ne correspond aucunement aux objectifs de l’organisation commerciale du territoire. (…) La Commission d’enquête demande cependant d’examiner cette requête, susceptible de se reproduire, car elle correspond à la satisfaction de besoins courants et devrait donc pouvoir se développer en centralité." Mais alors, ce serait un autre projet.

     

    * Il s’agit donc d’un supermarché, catégorie qui regroupe les commerces de détail en libre-service dont la surface de vente est comprise entre 400 et 2 500 m². Au-dessus de cette taille, on parle d’hypermarché.

    ** Les circuits courts sont définis par le ministère de l’Agriculture comme "un mode de commercialisation des produits agricoles qui s’exerce soit par la vente directe du producteur au consommateur, soit par la vente indirecte, à condition qu’il n’y ait qu’un seul intermédiaire entre l’exploitant et le consommateur."

    *** Tous les documents du SCOT peuvent être consultés ici.

    Jean-Sébastien Moizan - Journaliste
    Jean-Sébastien Moizan - Journaliste

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