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La tête sur les épaules et les mains dans le nuage

Yannig Marquer, dirigeant de SymbiOSeDemain, l'informatique sera en nuage. Tous nos logiciels et données hébergés en ligne, accessibles depuis n'importe quel appareil connecté au web : c'est ce que l'on appelle le cloud computing. Les géants du web sont sur le coup, d'Amazon à Google en passant par Windows, mais quelques petites boîtes se sont aussi lancées dans l'aventure ; des start-up comme SymbiOSe qui propose aux entreprises et particuliers de travailler sur un "bureau virtuel". Le fondateur, Yannig Marquer, originaire de Vitré, a seulement 24 ans… et la tête sur les épaules.

Plus de cinq ans de travail sur un malentendu : la technologie de SymbiOSe est née d'une erreur ! Début 2006, Yannig, geek assumé, tombe sur un message dans un forum. "Une personne cherchait une méthode simple pour se connecter à un autre ordinateur et pouvoir dépanner ses parents. J'avais mal compris et je pensais que c'était pour se connecter à son propre ordi. C'était un vrai défi technique pour moi, donc j'ai cogité pendant trois jours et j'ai trouvé une première solution, mais il m'a fallu un an et demi pour parvenir à un produit fini."

Aujourd’hui, souscrire un abonnement SymbiOSe permet ainsi d'avoir accès à un bureau virtuel en ligne, et à de nombreux logiciels. Intérêt majeur : la rapidité d'exécution ne dépend plus de la puissance de l'ordinateur, mais de celle du serveur. "Beaucoup d'entreprises ne s'équipent pas ou peu en informatique à cause des coûts. Avec notre solution, le matériel de l’entreprise tient jusqu'au bout. J'ai fait tourner SymbiOSe sur une Dreamcast* !", assure Yannig Marquer.

La technologie se démarque par le fait qu'elle ne dépend pas d'applications tierces, comme Google Docs, par exemple, mais bien de "logiciels qui ont plus de 20 ans d'existence, ont été éprouvés et testés dans le cadre professionnel." Il est donc possible d'utiliser Open Office, Thunderbird, Gimp ou encore VLC. Et si besoin, des logiciels propriétaires (Word, Excel, Photoshop...) peuvent être installés sous réserve que la licence soit achetée.

Un projet cousu de fil rouge

Yannig arrête ses études en BTS, l'année suivant son bac. Sans doute parce qu'il n'était pas fait pour la mécanique, la voie qu'il avait choisie. Il passe deux ans en intérim et petit à petit, mûrit son "bureau virtuel". Remotivé par ce projet qui donne un sens aux études, il entame une formation pour adultes et passe un BTS en informatique de gestion en un an. Il s'inscrit ensuite dans un NBA (Network Business Administration) informatique, un diplôme de niveau bac +3. Son entourage est sceptique et Yannig doit faire un vrai sacrifice financier : "je suis passé de 1 500 / 2 000 € à 310 € par mois!"

Contrairement à la plupart de ses camarades de classe, il sait ce qu'il veut : cette année de formation  doit lui permettre de valider son projet et de créer son entreprise. Atout non négligeable : il est entouré de potentiels collaborateurs. "Je n'étais pas très assidu aux cours, je passais mon temps à balancer des vannes. Pendant six mois, j'ai testé les gens. J'attendais la semaine de créa." Car le principal temps fort de la formation, à l'image de ce qui se fait dans la plupart des écoles de commerce, est une semaine de travail en groupes sur des idées de fondation d'entreprise. Ceux qui ont un projet doivent alors fédérer les bonnes volontés pour le faire aboutir. "Tous les profs parient sur ceux qui vont s'affirmer en tant que leaders. Vu que je faisais le glandeur depuis six mois, personne n'a parié sur moi. J'en ai surpris plus d'un ! Après la semaine de créa, tout le monde me regardait d'un autre œil."

Le 1er mai 2010, Yannig fonde une SAS (société par actions simplifiée) basée à Rennes avec des associés recrutés parmi ses collègues : Nico, développeur web, Brice, développeur logiciel, et Rémi, commercial. Ronan, chargé de communication, est le seul à ne pas être issu de la même formation. Le fondateur possède 30 % des parts tandis que ses quatre collègues se partagent les 70 % restants pour un capital total de 4 500 €.

Le cul entre deux chaises

La jeune entreprise fonctionne de manière atypique. Parmi ces jeunes diplômés, aucun n'a les moyens d'attendre plusieurs mois avant de toucher un salaire. Ils cumulent donc deux activités : "Ça a été compliqué de trouver un poste, car dans beaucoup de boîtes, il y a des clauses de non-concurrence très larges. Je travaille à mi-temps pour une société d'informatique, Nico a fondé une autre structure en parallèle, Brice travaille dans le dépannage de matériel, Rémi est commercial dans les produits de luxe, et Ronan est encore étudiant en contrat pro."

Les associés peuvent néanmoins compter sur l'accompagnement gracieux de spécialistes : expert juridique, comptable, agent administratif... il s'agit en effet de leurs anciens professeurs, qui leur donnent un coup de main ! Une aide bienvenue, car leur profil atypique est une vraie limite. "Nous n'avons pas pu entrer dans une pépinière, car notre capital social est trop faible ! Le fait que le président ait moins de 25 ans nous a aussi posé de nombreux problèmes pour obtenir des aides."  Un vrai paradoxe dans un contexte économique morose où les initiatives de ce type pourraient représenter un vecteur de dynamisme.

L'équipe de SymbiOSe fonctionne comme un regroupement d'indépendants : chacun travaille quand il le peut et "déborde" sur la tâche des autres s'il en a le temps. Une organisation qui nécessite une vraie mobilisation. "Certains ne peuvent pas fonctionner comme des indépendants, car ils ont besoin d'être poussés. Une associée ne faisait rien lorsqu'on ne se voyait pas et on a été obligés d'aller en justice. On a aussi mis en place un système de marges pour que chacun soit incité à réaliser des ventes." Tous les échanges se font par ailleurs en ligne : "On a fait des tonnes de réunions sur Skype**, mais on n'a encore jamais pris l'apéro ensemble ! Il faudrait qu'on arrive à s'organiser ça, un jour..."

 

* La Dreamcast, sortie en 1998, est la première console de jeux permettant de se connecter au web.

** Skype est un service de téléphonie et visiophonie par internet.

 

Plus d’infos et pack d’essai gratuit de trois semaines sur http://soyezlibre.fr.

Thibaut Angelvy - Journaliste, webmaster et rédaction en chef
Thibaut Angelvy - Journaliste, webmaster et rédaction en chef

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