Les fonctionnements sont plus fidèles à l'esprit de départ dans les Amap nées par essaimage, c'est-à-dire quand une première association a pris de l'ampleur et qu'un noyau se détache pour refonder un autre groupe, sur des bases déjà connues : “ces noyaux de gens bien briefés et qui ont de l'expérience les aident souvent mieux à fonctionner que celles qui sont nées d'une simple envie d'avoir des légumes bio, pas chers, près de chez soi”, explique un producteur dans le Saumurois. Le maintien d'une agriculture paysanne, pourtant dans la définition de ces associations, est parfois dilué dans une relation commerciale de proximité. Trois expériences, trois témoignages dans l'Ouest.
Sauvé par le noyau
Antoine Rabine, producteur de fromage de chèvre à Jaillé-Yvon, Maine-et-Loire :
“J’ai démarré avec l'Amap. C'est sûr, ça donne une sécurité financière, sachant que je fournis aussi les petites épiceries de villages et que je fais les marchés. Elle représente ainsi environ 20 % de mon activité, et me permet de faire un marché de moins. Actuellement, je suis en location, et n’étant pas propriétaire, je ne peux pas être considéré comme agriculteur bio. De même, on a mis toutes nos économies dans nos 20 chèvres, alors que j’en voudrais une cinquantaine. Et selon le cahier des charges de l’agriculture biologique, il faudrait que la moitié de l’alimentation des bêtes soit produite par l’exploitation, et non achetée intégralement comme c’est le cas pour l’instant. Mais l'Amap me permet de crédibiliser le projet : avec le préachat des paniers, les revenus sont assurés à l'avance, ce qu’apprécient les banques qui se disent prêtes à nous suivre sur un achat d'exploitation.
En fait, l'idéal serait de fournir deux Amap de 50 contrats chacune. Or, celle d’ici ne compte que 15 contrats seulement. En réalité, le groupe a failli disparaître. Fin mars dernier, le maraîcher n'a pas pu fournir de légumes pendant deux ou trois semaines, et les consommateurs classiques – la moitié de l'Amap, quand même – sont partis. Sont restés les plus engagés, un noyau dur d'une dizaine, complètement mobilisés pour le maintien d'une agriculture paysanne. Ils ont redonné des règles et déménagé la distribution dans un lieu engagé, aussi, autogéré, militant, au centre d'Angers : l'Étincelle. Pas de problème, même pour donner un coup de main : le maraîcher s'est fait aider pour des ramassages de haricots, de patates, de carottes. Si je m'installe, ils seront là pour les clôtures, le foin, au printemps.
Ce qui est intéressant avec l'Amap par rapport au marché, c'est qu'il n'y a pas d’échanges d'argent lors de la distribution. Mais il y a d’autres intérêts, on parle beaucoup, par exemple… Celui qui passerait en coup de vent sans s'arrêter serait presque gêné. Ce sont des citadins à 100 %, mais qui s'intéressent au monde agricole. On sent qu'ils ont conscience de l'achat qu'ils font. Bon, c'est pas de la charité, mais ils sont clairement là pour aider un producteur.”
Quarante légumes par an
Pascal Roinson, producteur à Domagné, Ille-et-Vilaine :
“J'ai fait faire la conversion des terres en bio par mes parents. L'Amap n'a pas changé mes pratiques, Je fais aussi les marchés et la vente directe à la ferme. La contrainte, bien sûr, ce sont les exigences des Amapiens, qui veulent de la diversité dans leurs paniers toute l'année. Mais c'est pareil sur les marchés : on ne se déplacerait pas qu’avec des patates et des carottes. J'essaie donc de faire 40 légumes différents par an… Du coup, pas évident de mécaniser. Si ça ne requiert pas d'investissements importants, en revanche, c'est beaucoup de main d'œuvre et de temps. La récompense, c'est que le client soit content, qu'il revienne. Il y a une complicité qui s'installe. L'autre avantage, c'est la trésorerie, en étant payé un mois à l'avance. Les paniers à la ferme et l'Amap représentent la moitié de mon chiffre d'affaire, le reste provenant de la vente au réseau Biocoop, surtout l’été, lorsque les gens sont en vacances. Un bon équilibre pour l'instant, qui m’évite de perdre beaucoup de marchandise.
Côté coup de main, les permanences, les tours de rôle pour faire la distribution, tenir la feuille d'émargement, ça marche, pas de problème. En revanche, pour m’aider à la ferme, c'est moi qui ai un peu freiné. Quand j’ai posé la question des assurances, personne n'a en effet été capable de me répondre. Ceci dit, j'ai eu très peu de demandes : deux, trois personnes, pas plus. L’idée est que c'est moi le producteur, à moi donc d'assurer la production ! Et peut-être que si les gens travaillent avec moi, on va me demander de baisser les prix…
J'ai aussi l’expérience des Jardins du Cœur, une association d'insertion. Autrement dit, je connais les limites du fonctionnement associatif. L'Amap n'est pas un système parfait, loin de là. Pour ma part, j'approvisionne en priorité celle où je suis. Pour le consommateur aussi, c'est contraignant. Les gens ont parfois l'impression de ne pas être libres. Ou alors, il faut que les plus impliqués fassent bien comprendre les enjeux collectifs. Sinon, on peut vite basculer dans la simple recherche de qualité à pas cher près de chez soi, et nous, producteurs, on aura juste contribué à baisser nos prix. Certaines Amap ont d’ailleurs tendance à se limiter à un groupement d'achat. Dans notre coin, ici, à 25 km de Rennes, il y a eu un effet de mode, de nouveaux producteurs se sont installés, ça a eu tendance à diluer un peu les clients.”
Des œufs pas réglés à l'avance
Louisa Métivier, éleveuse de lapins et d'agneaux à Saint-Georges Buttavent, Mayenne :
“Je ne suis installée que depuis juillet 2009 et je ne vis pas encore de ma ferme. Le lapin bio, on est très peu à le faire en France et ce n'est pas évident d’en maîtriser la production avec toutes les difficultés de santé. J'ai aussi une trentaine de brebis et avec les naissances, j'espère monter à 40 ou 45 cette année. Heureusement, je fais aussi chambre d'hôte et table d'hôte dans une yourte.
Côté vente, j'assure un marché le samedi matin, et je travaille avec deux Amap. C'est très récent. Les abonnements pour les œufs me sont payés au mois, après coup, et non pas à l'avance pour le semestre, comme ailleurs. Ce qui ne me fait pas d'avance de trésorerie. Et pour les lapins, il n'y a pas de contrat fixe, ça dépend du poids. De fait, ce n'est pas vraiment une Amap dans l'esprit. Le maraîcher a commencé par une simple vente de paniers avant de faire des contrats, et il reste dans un système de distribution classique : il prépare chacun des 30 paniers et les gens sont plus “clients”. Il n'y a que deux personnes qui participent, ramassent les chèques.
Les deux groupes ne fonctionnent pas pareil. Avec l'autre Amap, créée il y a trois ans, l'engagement est plus évident, pour les permanences, la distribution, l'investissement de temps à la ferme. Mais de toute façon, c'est quand même très sympa, et on devient vite amis. En décembre, j'ai amené des sablés de Noël… et offert ma recette.”






















commentaires
Ce que dit Louisa Métivier est clairement exprimé comme sa parole sur ce qu'elle vit dans l'Amap. Comme dans tout groupe social, votre avis peut diverger, prendre des distances, les tenants et aboutissants n'étant pas forcément les mêmes pour tous. Il ne s'agit pas d'un article sur votre Amap en tant que telle : l'angle choisi pour ces interviews, c'est l'implication des producteurs dans les Amap et ce que ça a pu changer dans leurs pratiques. On aurait pu multiplier les interlocuteurs et offrir un pannel plus large, plus étoffé d'opinions et de vécus. On aurait pu ne s'intéresser qu'au point de vue des consommateurs, ou qu'à celui des référents impliqués dans l'organisation semaine après semaine. Il y a plein d'entrées
possibles pour envisager de rendre compte de ce que vivent les Amap qui ont des fonctionnements finalement assez variés.
Nicolas de La Casinière
Il serait bien de vérifier les sources avant de les publier publiquement
( article de Louisa Métivier)
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