Vingt-six photos accrochées aux armatures métalliques d’un vieux pont présentant des vues aériennes des territoires de l’Anjou. La scène se déroule sur le pont de Pruniers* à Bouchemaine, à l'ouest d’Angers, pendant les Journées du patrimoine.
L’initiative de cette surprenante exposition revient à la fondation Mécène & Loire, créée et soutenue par la Chambre de commerce et d’industrie du Maine-et-Loire. Elle regroupe 24 chefs d’entreprise : des industriels, un architecte, des restaurateurs, des experts comptables, des avocats, une libraire, une directrice d’un cinéma… Leur objectif : soutenir des actions innovantes et porteuses d’image pour le département dans les domaines de la culture, de la solidarité, du sport, du patrimoine, de la science et de l’environnement.
"Nos origines diverses sont un vrai moteur pour la fondation", souligne son président Stéphane Martinez, également directeur commercial de l’entreprise Marty Sports SA qui a fabriqué les buts de la dernière Coupe du monde de football. "En fait, nous avons décidé de faire ensemble ce que nous ne pourrions pas faire seuls", résume Pierre Maire, à l’origine du premier McDonald's à Angers en 1989.
L’investissement financier de chacun des entrepreneurs permet à Mécène & Loire de disposer d’un budget annuel de 160 000 €. 120 000 € sont accordés à une vingtaine de projets et une bourse de 45 000 €, l’une des plus importantes de France, est allouée tous les deux ans à un projet unique sur le thème "art, innovation et économie en Anjou".
Réinterpréter les territoires
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22 projets soutenus en 2010/2011 La fondation Mécène & Loire a soutenu 22 projets en 2010 / 2011, représentant une enveloppe totale de 137 000 €. Parmi eux : la création d’un ouvrage (livre + CD), regroupant dix contes musicaux sur le patrimoine local, réalisé par l’orchestre national des Pays de la Loire et l’auteur-illustrateur François Place ; la décoration de la nouvelle maternité du CHU d’Angers par des œuvres de l’artiste britannique Quentin Blake et le soutien à l’association l’Abri de la Providence (qui accueille des personnes sans domicile) qui a mis en place des activités sportives pour lutter contre l’exclusion. |
En 2010, c’est le photographe Jérémie Lenoir, 28 ans, qui l’a obtenue pour son projet "Entre Loire et Océane". L’installation sur le pont de Pruniers – avant l’exposition qui sera présentée à Angers du 4 novembre au 18 décembre – présentait ainsi ses vues aériennes de morceaux de paysages situés entre le fleuve et l’autoroute, deux axes de circulation incontournables pour le département, l’un historique et naturel, l’autre construit par les hommes.
"Je m’intéresse depuis toujours aux relations que l’homme tisse avec les territoires", explique le jeune photographe. "J’avais déjà réalisé un travail similaire sur les territoires, entre Tours, Poitiers et Angers. À travers mes photos, j’invite à questionner les liens politiques, culturels et historiques entre les hommes et les paysages."
Ses photographies ne cherchent pas à donner une vision objective. Elles réinterprètent le réel. On a besoin des légendes pour reconnaître les lieux photographiés : ici une immense zone commerciale en construction près d’Angers, là des champs photovoltaïques à Saumur, plus loin une carrière à Brissac-Quincé…
Prises de vues idéales
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| Photos : © Jérémie Lenoir |
"Disposer d’un tel budget, c’est une opportunité exceptionnelle pour un jeune artiste", reconnaît Jérémie Lenoir. "La bourse de Mécène & Loire m’a permis d’aller au bout de mon idée, de la prise de vue jusqu’à la scénographie." Pendant un an, il a en effet survolé la bande de terre entre la Loire et l’autoroute, d’abord pour les repérages, puis pour les prises de vue. Les photos ont été prises à bord d’un Cessna, un avion que le photographe connaît bien, étant lui-même pilote depuis l’âge de 17 ans.
Quant à l’appareil photo, il a utilisé un Hasselblad numérique, la Rolls-Royce des appareils. "C’était le plus adapté aux conditions de prises de vue - à 150 km/heure et à 500 mètres d’altitude - et au résultat attendu : obtenir la meilleure définition possible pour réaliser de grands formats."
En novembre, dans le vaste hall du Quai, à Angers, la mise en scène des photographies, réalisée par le scénographe Olivier Desportes, invitera les visiteurs à voyager au-dessus des territoires du Maine-et-Loire, comme Jérémie Lenoir dans son Cessna, et à expérimenter différents points de vue et échelles. Après le survol sur le pont de Pruniers, l’atterrissage angevin est très attendu.
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* Ce pont de la Libération, qui a permis aux forces alliées de traverser la Maine, n’est emprunté aujourd’hui que par les cyclistes et les piétons.
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Un photographe déterminé Bien qu’il ait pris ses photographies à bord d’un avion, Jérémie Lenoir n’a rien d’un personnage planant. Au contraire. Il a une vision très précise de son "objectif" et de la manière de l’atteindre. De surcroît, il sait trouver les mots pour partager sa passion et expliquer son travail. "Avant de me consacrer à l’image, j’ai d’abord suivi des études d’ingénieur à Tours", raconte-t-il. "Puis j’ai rejoint les beaux-arts d’Orléans, qui m’ont apporté une ouverture indispensable sur le monde. J’y ai réalisé mes premiers grands projets pour l’INRA et le muséum d’histoire naturelle d’Orléans. Les artistes de la Kunstakademie de Düsseldorf, les peintres américains du Pop’Art, Raymond Depardon et Thierry Girard m’ont beaucoup influencé." |
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