Madagascar, XVIIe siècle. Une bande de corsaires fonde l’une des premières utopies sociales, politiques et philosophiques : Libertalia. Une communauté où règne l’égalité, sans distinction d’origine. Légende ou histoire ? La question n’est pas encore tranchée. "Aujourd’hui, les pirates, c’est nous ! ", s’amuse Yann Legendre, cofondateur et coordinateur de l’agence nantaise de tourisme du même nom. Son credo ? Faire évoluer l’industrie touristique vers davantage de partage humain, d’équité économique et de respect de la nature. Et il y a du pain sur la planche ! Envolées des prix de l’immobilier, surexploitations des ressources naturelles, folklorisation… Du côté des pays destinataires, l’addition oscille parfois cruellement entre opportunité et malédiction(1). Un constat que Yann a pu mesurer sur le terrain : " j’ai travaillé pour l’un des principaux opérateurs français pendant plus de dix ans".
Tout bascule lorsqu’au détour d’un voyage, le guide agréé croise la route de trois routards de l’humanitaire qui œuvrent à Madagascar : Mickaël Morisset, François et Pierre-Marie Bioret. De cette rencontre naît un projet à la croisée du tourisme d’aventure et de la solidarité. Les Français commencent par aider des villageois malgaches à obtenir des microcrédits pour la construction de bungalows destinés à accueillir les touristes. Après plusieurs essais de voyages concluants, ils fondent officiellement Libertalia en 2004, "pour se donner les moyens de développer un projet pérenne". L’aventure prend rapidement forme grâce au soutien de l’Ates, réseau de référence du tourisme solidaire en France.
"À cette époque, nous n’avions qu’une cinquantaine de clients par an. Aujourd’hui, nous sommes à 250 et cela continue à croître malgré un contexte de crise délicat ", se réjouit Yann. L’association a diversifié son offre en direction de la Grèce, du Maroc et de la Sicile, tout en conservant des principes intangibles : respect de l’environnement, transparence sur la répartition des coûts, implication des populations… "On essaie de réinjecter un maximum dans l’économie locale et 75 % du prix du voyage restent dans le pays d’accueil", assure Yann. Pour chaque destination, Libertalia reverse en sus à une association partenaire une somme d’environ 30 € par voyageur. Autant d’actions et d’exigences qui font l’objet de contrôles réguliers de l’Ates.
Des tarifs aussi doux que la philosophie
Côté stratégie, Libertalia a fortement développé ses offres à destination des jeunes qui représentent aujourd’hui 85 % de ses clients. "Ils sont particulièrement avides de découvertes et ils sont plus ouverts sur les questions liées à l’environnement. Ils n’ont pas 40 ans d’habitudes !" Ces formules séduisent des comités d’entreprises comme la RATP ou Air France, mais aussi des associations d’éducation populaire et des mairies.
Soutenue par la Région des Pays de la Loire via des emplois-tremplins, l’association compte désormais trois salariés. "Nous privilégions avant tout l’humain, mais nous tentons aussi de développer une activité économiquement viable", précise Yann. La marge de l’association représente 20 % du coût du voyage, contre habituellement 25 à 30 %. Les prix sont par conséquent tout aussi doux que la philosophie : 1 500 euros tout compris pour 15 jours à Madagascar(2), 1 100 euros pour 8 jours en Sicile. "Globalement, on a plus de charges qu’un tour-opérateur classique et on arrive quand même à sortir des voyages moins chers. Cela démontre bien qu’il y a une exagération du côté des industries touristiques", dénonce Yann. Le coordinateur souhaite à l’avenir développer sa clientèle sur le Grand Ouest et renforcer ses offres de séjours à la carte, notamment à Madagascar. "Nous sommes sur la bonne voie".
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(1) Sur la question de l’impact du tourisme, voir Une semaine à Parajuru de José Huerta. Ce documentaire rend compte avec subtilité des conséquences dramatiques du tourisme de masse sur un petit village de pêcheurs traditionnels au nord-est du Brésil. Le film peut se commander sur internet. Il fait régulièrement l’objet de projections et de débats. Extraits et informations sur le site http://www.vagalume.fr/campagneparajuru/Accueil.html
(2) Prix pour un groupe de 10 personnes. Les tarifs varient en fonction du nombre de voyageurs et de la période.
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Site internet de Libertalia (pour rappel, l’association ne sera présente sur l’Autre Marché de Nantes que les 11 et 12 décembre)
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Repères L'Autre Marché, c'est un marché de Noël proposé par la ville de Nantes, coordonné et animé par Les Ecossolies et les acteurs locaux de l'économie sociale et solidaire avec le soutien de Nantes Métropole. Ce marché est "autre" parce que tous les cadeaux à dénicher sont créés, imaginés, transformés, commercialisés près de chez nous par des associations, des collectifs, des coopératives, des structures d'insertion... bref, par des acteurs de l'économie sociale et solidaire ! Au menu : commerce équitable, création, tourisme solidaire, solidarité internationale, agriculture paysanne, agriculture biologique, réemploi, culture de proximité, insertion par l'activité professionnelle, numérique social... Du 4 au 23 décembre (12h - 19h du lundi au vendredi et 11h - 20h le week-end), entre Commerce et Petite Hollande. www.lautremarche.net |
Carnets de voyage solidaire À l’abordage ! Du Péloponnèse au fil de l’eau, aux volcans siciliens, en passant par les vallées berbères, l’agence de tourisme solidaire Libertalia propose des séjours d’aventure hors des sentiers battus.Honneur aux jeunes : Libertalia a conçu spécifiquement pour eux "Essaouira et les couleurs de l’Atlas". Une escapade insolite de 15 jours avec surf, dromadaires, et immersion dans le mode de vie berbère (790 € hors billet d’avion). Pendant leur séjour au Maroc, les jeunes voyageurs sont incités à trier leurs déchets et à utiliser des douches solaires et des pompes filtrantes pour l’eau potable… Des petits gestes qui ont d’ores et déjà permis aux "libertaliens" d’économiser l’achat de 11 250 bouteilles en plastique ! Les rencontres humaines sont essentielles lors de ces voyages. À Madagascar, le séjour adulte "Richesse de la forêt" comporte ainsi un temps partagé avec des femmes autour d’activités traditionnelles : cuisine, vannerie, coiffure… Des formules "à la carte" permettent de personnaliser librement son voyage. Immersion dans un village malgache, massages et découverte de la pharmacopée traditionnelle, ou encore, exploration de la forêt primaire… quels que soient les choix, l’hébergement se fait en priorité chez l’habitant, en chambre d’hôte, voire en agrotourisme (chambre à la ferme). Plus d’informations sur Libertalia.fr |





















