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Working Women

Monter sur scène pour mieux monter sa boîte

working women à rennes Oser parler de soi en public. Parvenir à se présenter tel que l’on est vraiment. Adopter la bonne posture. Savoir se vendre, tout simplement ; les dix créatrices d’entreprises, rassemblées par l’association rennaise Danse à tous les étages étaient naturellement confrontées à de tels enjeux. Pour acquérir le supplément de confiance qui fait souvent la différence entre les projets qui marchent et les autres, elles ont relevé le défi de la performance artistique en public.

Le projet aurait pu s’appeler Dix femmes, mais le cinéma français était déjà passé par là, ou pas loin. Ce sera finalement Working Women. Via ses partenaires socio-économiques (voir encadré), l’association rennaise Danse à tous les étages a lancé un appel aux entrepreneuses désireuses de booster leur confiance en elles. Au programme, une véritable formation professionnelle, mais pas de celles dont on repart les bras chargés de dépliants aussi effrayants que les statuts juridiques qu’ils sont censés décortiquer. Non, les dix volontaires ont embarqué pour deux mois de danse et d’expression, entourées par deux professionnels : Arnaud Stephan, metteur en scène et comédien, et Julia Cima, danseuse. En dépit de leurs profils divers, toutes se reconnaissaient dans le portrait de l’entrepreneuse parlant difficilement de soi et de son projet face à un public ou à des clients potentiels.

Lorsqu’elle s’est lancée dans la création de Picture In Picture, société de décoration photo et de programmation de courts métrages, Aurélie Napolitano, 35 ans, redoutait en effet la démarche commerciale "et surtout les négociations." Une situation qu’a connue Alice Vettoretti, 29 ans, au moment de démarrer Plumes & Sciences, une activité de vulgarisation de contenu scientifique. "Je répondais à des sollicitations, mais je n’osais pas démarcher et être véritablement force de proposition." À 50 ans, Michèle Rosset avait déjà plusieurs professions et créations d’entreprises à son actif, mais lorsqu’elle devait communiquer sur sa nouvelle activité de médiatrice en réconciliation corporelle, elle était victime de cette même "difficulté à me mettre en scène."

Entre art et entreprise, un lien naturel

La représentation de Woking Women - photo Christian Colleu La représentation de Woking Women (photo Christian Colleu)Se mettre en scène… Michèle n’a pas choisi le terme à la légère. "Comment rester soi-même tout en se mettant en scène ?" Telle est la question à laquelle ont tenté de répondre les entrepreneuses et Arnaud Stephan, pour qui le lien entre créations de spectacles et d’entreprises semble naturel : "l’art de se mettre en valeur est une problématique que nous avons en commun ; à chaque spectacle, l’artiste monte une entreprise."

Les ateliers ont duré deux mois, à raison de six heures par semaine jusqu’à la représentation en décembre dernier. Les Working Women y ont raconté des souvenirs, pris conscience de leur corps et de leur voix. Progressivement, elles ont appris à se mettre à nu dans un cadre sécurisant puisque tout le monde prenait les mêmes risques. Jusqu’à effectuer un véritable travail d’improvisation corporelle autour de textes proposés par Arnaud Stephan. "L’improvisation, c’est le questionnement, c’est l’incertitude à laquelle on est constamment confronté en tant que créateur d’entreprise. Cette incertitude n’est pas négative si l’on parvient à l‘accepter et à l’utiliser à bon escient", commente le metteur en scène. "J’ai appris à accepter que cette prise de risque fait simplement partie de la vie", acquiesce Aurélie. "Cela m’a permis de découvrir mes limites et de les dépasser."

Désormais à l’écoute de soi

L’association Danse à tous les étages

"Même en 2012, cela reste plus compliqué pour elles que pour un entrepreneur masculin", explique Arnaud Stephan pour justifier un projet qui s’adressait uniquement à des femmes. Il n’est pas étonnant qu’une telle initiative ait été proposée par Danse à tous les étages, qui prend le parti depuis 1997 de ne pas considérer la performance artistique comme une fin en soi, mais plutôt comme un levier. "Nous travaillons beaucoup avec les structures sociales et d’accompagnement de la personne : Pôle Emploi, Élan Créateur ou Fil rouge, entre autres", explique Annie Begot, directrice de l’association. "En parallèle, nous sollicitons des artistes et compagnies qui ont une vision large de leur métier. Ainsi, nous faisons en sorte que l’art puisse toucher toutes les couches de la société, qu’il soit accessible à ceux que l’on voit peu dans le monde culturel et à qui on propose rarement la pratique artistique." Des femmes, donc, mais aussi des jeunes en décrochage scolaire ou des personnes âgées : le champ d’action de Danse à tous les étages se veut aussi large que possible.

www.danseatouslesetages.asso35.fr

La représentation finale était presque anecdotique au regard des enjeux. L’essentiel était ailleurs, davantage dans le processus de fabrication que dans le produit fini. "Cette expérience a constitué bien plus qu’un déclic, pour moi", résume Michèle. "J’ai fait table rase de mon projet. J’avais besoin de recréer quelque chose qui m’appartient, qui correspond à mes envies. Aujourd’hui, il ne me reste plus qu’à choisir mon statut juridique."

Aurélie va même jusqu’à évoquer "une porte fermée depuis longtemps, et que ce projet m’a permis de rouvrir. Avant, face à l’inconnu, j’avais tendance à reculer, à me resserrer sur moi-même. Aujourd’hui, la différence se traduit même dans les postures que j’adopte." Quant au bilan dressé par Alice, la notion maîtresse est l’acceptation de soi : "Mon projet, c’est moi. Dans la manière, il est clairement différent des entreprises classiques. Mais j’accepte ma personnalité à part et surtout le fait qu’elle transparaisse pleinement dans mon activité. C’est même là que se situe ce que j’ai à apporter en tant qu’entrepreneuse."

Arnaud Stephan conclut par un constat dont pourrait s’inspirer le monde de la formation professionnelle : "lors des formations traditionnelles, on arrive avec des questions et on repart avec les réponses que l’on nous donne. Nos Working Women sont bien arrivées avec des questions, mais ce sont elles qui ont trouvé les réponses. D’autant que les difficultés rencontrées par les créateurs d’entreprise ne sont pas issues d’un manque d’imagination ou de conviction. Il faut bien comprendre que ces difficultés sont avant tout d’ordre humain..."

 

Chaque Working Woman a son histoire…

Depuis Working Women, se mettre en scène en public et de façon improvisée n’est plus un souci pour les entrepreneuses. Ici, place de la mairie à Rennes.

working women à rennes

working women à rennes

working women à rennes

Avant de se lancer, Alice enchaînait les contrats à durée déterminée. "Je n’étais pas forcément en galère. Mais comme je mettais souvent mes compétences au service de mes amis, pourquoi ne pas en faire mon activité ?". Le parcours de Michèle est jalonné de changements d’orientation ; fleuriste, secrétaire, horticultrice en plantes médicinales… "J’aime le changement et si j’ai déjà créé plusieurs entreprises, c’est parce que j’ai besoin de cette autonomie". Après les beaux-arts, puis une licence d’audiovisuel et un BTS de montage en cinéma, Aurélie songeait déjà à monter sa boîte. "J’hésitais entre la photo et la programmation. J’ai donc choisi de faire les deux !"

 

Photos : Romain Le Palud

Arnaud Roizen - Journaliste
Arnaud Roizen - Journaliste

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